Le collégien de 14 ans, auteur des tirs dans un établissement d'Aubagne (Bouches-du-Rhône), a été placé en détention provisoire mercredi, conformément aux réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat). Mis en examen, l'adolescent reconnaît avoir été influencé par une mouvance fascinée par les tueries de masse, une première judiciaire en France pour ce type de profil.
Une décision conforme aux réquisitions du Pnat
Présenté mercredi au juge d'instruction à Paris, le mineur a été mis en examen et placé en détention provisoire. « Cette journée a été longue et éprouvante et s'est achevée à l'instant devant le juge des libertés et de la détention, comme on pouvait s'y attendre, avec une incarcération de mon client », a déclaré son avocat, Me Fabrice Giletta, devant la presse. Le Pnat a confirmé cette décision, indiquant que le mineur a été « mis en examen » et « placé en détention provisoire, conformément à nos réquisitions ».
Le collégien a admis « avoir été influencé » par une mouvance fascinée par les tueries de masse, a précisé le Pnat. L'examen psychologique réalisé pendant la garde à vue « ne concluait pas à l'existence d'une pathologie psychique », selon le parquet antiterroriste. Me Giletta a toutefois nuancé : « C'est trop rapidement dit », estimant que « l'instruction aura aussi pour but de creuser cet aspect des choses par le biais d'expertises ».
L'intention homicide contestée
L'adolescent conteste l'intention homicide, indiquant « qu'il avait eu soin de viser des zones qui n'étaient pas létales », selon son avocat, reprenant des éléments déjà divulgués par le Pnat. Interrogé au tribunal judiciaire de Paris, il est soupçonné de s'inscrire dans une mouvance fascinée par les tueries de masse, avec sa « probable adhésion à la True Crime Community (TCC) ». S'il « admet avoir été influencé » par cette « communauté », il dément « avoir inscrit son action au nom de la TCC », rapporte le Pnat.
Le suspect invoque plutôt une « volonté de vengeance, en raison d'un harcèlement des professeurs et ses camarades », non corroboré à ce stade des investigations. C'est la première fois que la justice antiterroriste fait le lien en France entre un passage à l'acte et ce type de profil de fans de tueries de masse, phénomène né en Amérique du Nord. Contrairement à des fuites dans la presse, l'adolescent n'a « pas exprimé de regrets » pendant sa garde à vue, a souligné une source proche du dossier à l'AFP.
Un « massacre » évité de justesse
Le jeune a pénétré lundi dans son collège Lakanal vers 9 h 20, « intégralement vêtu de noir et ganté », selon le récit des procureurs. Dans un étui à guitare, il avait dissimulé une arme à feu, une écharpe, trois cagoules, trois polaires, un keffieh et un téléphone portable. L'attaque a pris fin grâce à l'intervention du conseiller principal d'éducation, qui est parvenu à le « désarmer ». « Cela aurait pu être un massacre », a commenté une deuxième source proche du dossier. « Le jeune avait pris avec lui plusieurs munitions, dont du calibre 12, qui est utilisé pour la chasse aux sangliers par exemple, mais il a chargé au hasard son fusil et pris du plomb de chasse. »
L'enquête, initialement dirigée par le parquet de Marseille, a été reprise par la justice antiterroriste. Plusieurs éléments laissent entrevoir « une entreprise » ayant pour but de terroriser la population, comme « la préméditation » et des « tirs répétés en direction de la seule communauté éducative de façon indiscriminée », a justifié le Pnat. Les parents de l'adolescent, placés en garde à vue, ont été relâchés mardi soir, selon le parquet de Marseille. Une « procédure incidente a été ouverte pour vérifier que les armes appartenant au père soient en règle ». Le père, ancien militaire, est détenteur d'armes et munitions en tant que tireur sportif. L'adolescent, Français, a des origines éthiopiennes par sa mère et deux frères aînés. « C'est une famille qui n'a jamais fait parler d'elle », souligne une source proche du dossier.