Les maires de la communauté d'agglomération Provence verte ont profité du dernier conseil communautaire pour évoquer les mesures à prendre après les incendies estivaux. Objectif poursuivi par les élus : faire reconnaître les compétences locales, et ne plus subir les doctrines des « technocrates ». Didier Brémond, maire de Brignoles et président de l'agglomération, a lancé le débat en affirmant : « Il faut que l'État comprenne que sur les territoires, il n'y a pas que des gagas. »
Un conseil communautaire sous le signe de l'unanimité
Le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Provence verte, comme souvent, n'a pas donné lieu à des échanges enflammés… Jusqu'à l'évocation des incendies, en toute fin de séance. Avant cela, les délibérations avaient toutes été votées à l'unanimité, sans que le moindre débat ne bouleverse la belle partition jouée par les élus. Une belle entente, peut-être provoquée par les fonds de concours distribués par l'agglomération, pour différents projets communaux (près d'1,2 million d'euros pour des projets sur Bras, Châteauvert, Nans ou encore Correns).
On s'acheminait doucement vers la conclusion d'un conseil communautaire à l'ordre du jour purgé. C'est le moment choisi par Didier Brémond pour prendre la parole. S'il voulait capter l'attention, le maire de Brignoles a réussi son coup. Et le président de la Provence verte lançait par là même un débat très intéressant sur l'après-feu.
Les « gagas » contre les agences intermédiaires
Les élus se sont montrés reconnaissants du travail du préfet du Var cet été. Le feu en question, c'est celui du Gros Bessillon. Celui qui a ravagé 6 300 hectares (5 700 hectares brûlés) sur les communes de Pontevès, Correns, Cotignac, Carcès, Montfort-sur-Argens, Châteauvert et Barjols. Soit, essentiellement, en Provence verte. Et pour Didier Brémond, c'est justement en Provence verte que se trouvent les meilleurs spécialistes de la Provence verte.
« Les CCFF, les chasseurs, les agriculteurs, les communes… » Autant d'acteurs que le maire de Brignoles estime inaudibles par les services de l'État au moment, par exemple, de créer des coupe-feu. « On est là pour aider, parce que sur certains endroits, les pompiers ne pouvaient pas pénétrer dans nos collines. » Ce que confirmait ensuite Philippe Roux, maire de Vins-sur-Caramy : « Nos forêts, c'est une bombe à retardement. Et quand on veut mettre des coupe-feu, on n'y arrive pas. »
Comment gérer les sites impactés ?
Didier Brémond reprenait : « Les gens sont là pour aider, mais il faut que l'État nous laisse participer. » Cible de l'élu, l'État, donc, mais surtout par les « agences » intermédiaires qui provoquent, aux yeux du président de l'agglo, un retournement du paradigme : « On est en train de voir la transformation du monde politique. C'est le gouvernement qui dicte ce que dit le préfet, mais le gouvernement, c'est nous, nos votes. »
Dans l'assemblée, les maires des communes impactées prenaient successivement la parole, pour abonder parfois aux propos de Didier Brémond autant que pour remercier les gestes de solidarité constatés lors du sinistre. Mais le débat n'atterrissait jamais loin du terrain politique. Frank Pero, maire de Bras, s'inquiétait par exemple de la responsabilité du maire vis-à-vis des obligations légales de débroussaillement. « On est responsables, alors qu'on n'a pas de moyens… »
Partir d'une feuille blanche dans le désert noir
Et sur la gestion des travaux nécessaires sur les sites impactés, si une étude est bien menée actuellement, Nicole Rullan, maire de Correns, s'inquiétait des délais : « Nous faisons face au risque de coulée de boue désormais. » Le maire de Nans-les-Pins, Ollivier Artuphel, en charge de la compétence forêt, espérait que la Provence verte devienne une « terre d'expérimentation » sur cette gestion. « On part sur une feuille blanche, puisqu'on n'a pas à se soucier des criquets ou des chardons. »
Ce à quoi Didier Brémond répondait : « Quand on veut faire une autoroute, ça passe. Ça doit être pareil pour des pistes de défense contre l'incendie. Car au final, c'est pour sauver des vies ! » Le débat est passionnant mais loin d'être clos. « Il faudra le faire remonter », promet le maire de Brignoles. À suivre.