Le tribunal correctionnel de Béziers a condamné, ce jeudi 1er octobre, un homme de 28 ans à un an et demi de prison ferme, assorti d'un sursis probatoire de deux ans, pour un refus d'obtempérer survenu le 11 septembre dernier à Agde. Le prévenu, barman saisonnier, avait pris la fuite après un contrôle routier, semant le chaos sur son passage avant d'être interpellé près d'une zone commerciale bondée.
Une course-poursuite de 12 minutes et 11 infractions
Les faits remontent au 11 septembre. Un fonctionnaire du commissariat de police d'Agde a dû faire usage de son arme pour tenter d'arrêter le fuyard, qui refusait d'obtempérer. Interpellé peu après par d'autres collègues, l'homme a été jugé ce jeudi. La présidente du tribunal correctionnel de Béziers a souligné la gravité des faits : « On a rarement vu autant d'infractions commises par une seule personne dans le cadre d'un refus d'obtempérer. Vous avez pris tous les risques pour vous soustraire à la sommation de vous arrêter », a-t-elle déclaré, après avoir énuméré les 11 infractions reprochées au prévenu.
La course-poursuite, longue de 12 minutes, a débuté lorsque les policiers du commissariat d'Agde ont constaté que l'homme roulait sans assurance. Dès l'allumage des gyrophares, l'individu a pris la fuite. « Vous doublez très rapidement la voiture devant vous en adoptant une conduite dangereuse avec tout ce qui est possible et imaginable : dépassement dangereux, contresens, circulation sur des trottoirs ou des terres pleins », a décrit la magistrate. À plusieurs reprises, le chauffard s'est retrouvé face aux forces de l'ordre, notamment lorsqu'il a calé et qu'une policière a mis ses mains sur le capot, avant qu'il ne reparte en direction du commissariat d'Agde.
Des coups de feu et une interpellation à haut risque
Au commissariat, deux policiers ont tenté de l'interpeller. « Le commandant de police a eu très peu parce que son collègue s'est retrouvé au milieu de la route en essayant de jeter une herse pour l'arrêter », a détaillé la procureure de la République. Un fonctionnaire a témoigné : « Le chauffard m'a vu mais il m'a tout de même foncé dessus, je n'ai plus eu le choix que de faire feu pour lui faire changer sa trajectoire. D'autant qu'il y avait du monde dans la salle de sport et une sortie d'école pas loin. »
Malgré trois coups de feu dans la carrosserie et les pneus, l'homme a poursuivi sa route avant d'être finalement interpellé près de la zone commerciale, bondée à ce moment-là, après avoir été percuté par un équipage de la brigade anticriminalité. Dans sa voiture, de nombreux sachets plastiques et des pailles ont été retrouvés, et il a été testé positif à la cocaïne.
Arrivé en pleurs dans le box des prévenus, le vingtenaire a peu parlé. « Vous avez de la chance qu'il n'y ait pas eu de mort monsieur », lui a fait remarquer la présidente du tribunal, sans obtenir de réponse. « J'ai pris peur car je n'avais pas d'assurance, a-t-il seulement déclaré. Je m'en veux terriblement mais je ne sais pas pourquoi j'ai fui. » Interrogé sur son absence d'assurance, il a répondu : « Je n'ai pas eu le temps de faire les papiers quand j'ai eu ma voiture en mai. » Un assesseur a alors rétorqué : « Vous n'avez pas le temps de faire des démarches administratives mais vous en avez pour acheter de la cocaïne. » Silence dans le box.
Des réquisitions lourdes mais non suivies
Malgré quelques compositions pénales pour des conduites sous l'empire de l'alcool ou de stupéfiants, et du travail non déclaré, le casier judiciaire du prévenu est vierge. La procureure de la République a requis une peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis. « L'ensemble des policiers d'Agde étaient en émoi ce jour-là car leur mission est de protéger les autres, a-t-elle dépeint. À l'issue de ce qui pouvait être une simple contravention pour défaut d'assurance, cet homme a fait une série de mauvais choix. Il a mis en danger de mort tous les gens qu'il a croisés et ce comportement est inadmissible pour la société. »
L'avocat de la défense, Me Olivier Bance, a tenté d'atténuer ce comportement. « Il a fait une série de mauvais choix qui ont entraîné une course-poursuite longue de 12 minutes, n'a-t-il pas éludé. Lui-même ne m'a pas expliqué pourquoi il a fait ça. Il n'y aurait que deux infractions contre onze, s'il n'avait pas fait le con. C'est un comportement très désagréable qui doit être sanctionné eu égard à la gravité des faits mais aussi de la personnalité d'un homme au casier judiciaire vierge. Si vous l'envoyez 24 mois en prison, vous protégerez la société pendant ce temps-là mais vous compliquerez à vie sa réinsertion. »
Ces arguments ont partiellement convaincu le tribunal, qui n'a pas suivi les réquisitions du parquet. Le prévenu a été condamné à un an et demi de prison ferme ainsi qu'à un sursis probatoire de deux ans. Il a été maintenu en détention à l'issue de l'audience.