Ce samedi 17 octobre, la France connaît une journée de mobilisation sociale d'ampleur, à l'appel des « gilets jaunes », des syndicats lycéens et étudiants, de la CGT et de la Confédération paysanne. Environ 500 actions sont « envisagées » et plus de 90 manifestations sont « en cours de structuration » sur l'ensemble du territoire, selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, cité ce 16 octobre. Les autorités anticipent une très forte mobilisation, avec environ 150 000 manifestants attendus hors agglomération parisienne et près de 40 000 à Paris, selon une source policière. Le parcours parisien, finalement annoncé vendredi soir, partira à 14 heures de la place de la République vers la place de Clichy, mais plusieurs secteurs stratégiques de la capitale seront interdits à la manifestation.
Un parcours parisien sous tension et des secteurs interdits
Après des heures de négociations, le cortège parisien partira à 14 heures de la place de la République pour rejoindre la place de Clichy, ont annoncé la CGT, l'Union étudiante et l'Union syndicale lycéenne. Selon franceinfo, le tracé empruntera les boulevards Magenta, Barbès et Clichy. La préfecture de police de Paris, dirigée par Patrice Faure, a toutefois pris des arrêtés d'interdiction de manifester dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment autour de l'Élysée, de Matignon et sur les Champs-Élysées. Les organisations lycéennes et étudiantes, qui souhaitaient une arrivée dans le centre de la capitale, se sont vu refuser cette option et ont demandé un rendez-vous au Premier ministre.
« Les manifestations qui se dirigent vers les lieux de pouvoir sont refusées, ce n'est pas normal », a déploré Coppélia Moreau, du comité Île-de-France de l'Interfac. La préfecture de police précise que « les contrevenants seront verbalisés à hauteur de 135 euros ». En outre, les rassemblements et cortèges non déclarés seront interdits de 7 heures à 22 heures dans la capitale.
Un dispositif sécuritaire renforcé et des estimations incertaines
Le gouvernement se prépare activement à cette journée. Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise (CIC) pour samedi, au niveau des directeurs de cabinet du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur et des autres membres du gouvernement concernés, selon Matignon. Ce 16 octobre à 11 heures, Laurent Nuñez avait déjà réuni les préfets par visioconférence. Le ministre de l'Intérieur a déclaré que « les instructions [qu'il a] passées sont très claires, les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l'ensemble des armes qui sont à leur disposition », y compris les grenades assourdissantes, suspendues le 7 octobre après qu'un lycéen avait perdu la main en touchant l'une d'elles lors d'un blocus à Lens.
Les estimations du nombre de manifestants restent toutefois difficiles à affiner. « Très peu de manifestations ont été déclarées », relève une source policière, qui note la circulation sur les réseaux sociaux d'une carte interactive où chacun peut inscrire une action, « ce qui ne veut pas dire que cela se traduira effectivement samedi ». Les estimations « n'ont rien de scientifique », ajoute cette source, d'autant que le niveau de mobilisation des lycéens et des étudiants demeure incertain. Les services s'attendent à une très forte mobilisation à Paris, Toulouse, Marseille, Lyon et Nantes.
Des craintes de débordements et un appel au calme du président
L'entourage de Laurent Nuñez anticipe des « débordements dans les cortèges notamment parisiens et dans les grandes villes », pointant du doigt « la mouvance d'ultragauche constituée en bloc [qui] cherchera probablement à faire dégénérer par des actions habituelles de prise à partie des forces de l'ordre et de tentatives d'exactions sur les parcours ». Gérald Darmanin a demandé à la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) d'envoyer des instructions aux magistrats pour mettre en place une « organisation judiciaire adaptée » afin de « répondre de manière efficiente aux infractions qui seraient constatées », rapporte franceinfo.
Les revendications multiples, notamment contre la « vie chère » qui fédère gilets jaunes, agriculteurs ou chauffeurs VTC, « rejoignent » celles de la jeunesse, a estimé sur France Inter la numéro un de la CGT Sophie Binet, contestant tout « essoufflement » du mouvement lycéen avancé par le gouvernement. « Ce n'est pas juste un mouvement de gilets jaunes, ce n'est pas juste un mouvement d'étudiants et de lycéens et de lycéennes, c'est le peuple tout entier qui est en train de se lever, c'est pour ça que le pouvoir a peur », a déclaré Benjamin Ball, éditeur du site bloquons-Tout.
Emmanuel Macron a lancé vendredi, depuis Bruxelles, un appel « au calme », estimant que le « droit de manifester » doit s'accompagner du « respect » sans « insulter » ni « casser ». « Le droit de manifester pleinement respecté va avec le respect des personnes et le respect des biens, et donc de ne pas insulter et de ne pas casser. Et donc j'appelle au calme et au respect pour préserver ce droit », a déclaré le chef de l'État. Il a ajouté que la « responsabilité » de manifester « c'est d'être respectueux, d'organiser les cortèges, comme savent le faire les grandes formations politiques ou les syndicats. Le problème, c'est quand ils sont justement non organisés et qu'il y a des éléments qui sont là uniquement pour casser, pour créer du trouble. Et ça, c'est non ». Le président a par ailleurs redit son soutien à son gouvernement et aux forces de l'ordre.