Violences sexistes en plongée : un atelier à Toulon lève le voile sur un tabou
Les violences sexuelles et sexistes ne connaissent pas de frontières, pas même celles de la mer. La preuve en a été apportée lors d'un atelier organisé jeudi dernier à Toulon, dans le cadre d'une journée dédiée à la prévention des accidents de plongée. Cet événement a mis en lumière un phénomène inquiétant qui sévit dans le petit monde de la plongée sous-marine.
Des remarques sexistes banales en Méditerranée
« Mets-lui un 15 litres, elle a tendance à sucer. » « C'est une météo de fillette aujourd'hui, il n'y a pas un poil devant. » Ces propos, censés être humoristiques, ont été prononcés au sein de palanquées en Méditerranée et consignés dans une étude réalisée par le Creps d'Antibes. Ils illustrent une réalité crue : les violences sexistes irriguent tous les espaces de cohésion sociale, y compris les clubs de plongée.
La promiscuité inhérente à cette activité – entre le port du maillot de bain, le déshabillage, l'enfilage de la combinaison, l'exiguïté des bateaux et les douches – favorise les déviances. Maud Astier, inspectrice Jeunesse et Sport spécialisée dans la lutte contre ces violences, a animé l'atelier avec sa collègue Pascale Bonhomme de la division « enquête et contrôles ».
Paternalisme abusif et signalements difficiles
« Un moniteur peut profiter de sa posture hiérarchique pour toucher une participante qui s'habille », expose Maud Astier devant un groupe de moniteurs et responsables de clubs. Un participant abonde : « Il y a effectivement le côté paternaliste de l'instructeur qui profite de toute la gestuelle avec le matériel. »
L'animatrice insiste sur la vigilance : « Il y a aussi des attitudes séductrices de participantes envers leur moniteur. Bordez bien vos encadrants. Si vous avez un doute, il n'y a pas de doute, il faut faire un signalement. » Face à l'argument commercial avancé par un professionnel, elle rétorque : « Il vaut mieux avoir un mauvais avis Google qu'un prédateur sexuel dans son club. »
Témoignages édifiants et libération de la parole
Eric Frasquet, ancien moniteur d'Aventure bleue à Bormes-les-Mimosas, témoigne de son expérience. En 2010, il a signalé un moniteur qui avait « tripoté » une enfant de 12 ans. « J'ai eu beaucoup de mal à faire enregistrer le signalement, mais il le fallait car les empreintes génétiques ont révélé qu'il avait été condamné à deux reprises à Paris pour viol », raconte-t-il. Le salarié a finalement été licencié.
Eric Frasquet rapporte également un propos déplacé lors d'une préparation à la plongée avec des adolescentes : « Un accompagnant a dit : “Elle est gentille, hein ? Si tu veux, elle peut te sucer !” » Avec la libération de la parole, les signalements sont en hausse de 40 % dans le sport.
Mesures de prévention et conseils pratiques
Les formatrices de l'atelier distillent des conseils pour prévenir ces violences :
- Rédiger une charte de bonne conduite pour éviter les comportements inappropriés.
- Renforcer la vigilance lors des temps d'habillage et de douche.
- Informer les pratiquants sur l'existence de la cellule Signal Sports, qui recueille la parole des victimes.
Eric Flores, moniteur du centre de plongée du Pradet, adopte des précautions : « Quand j'ai des baptêmes de jeunes, je m'interdis de remonter moi-même la fermeture de la combinaison. Je demande à une jeune du même sexe de le faire. » Eric Frasquet cite aussi son ancienne cheffe de centre, qui a tout arrêté car « elle n'en pouvait plus des blagues sexistes et de devoir prouver ses compétences en permanence ».
Cet atelier, organisé au palais des sports de Toulon, marque un pas vers la prise de conscience d'un problème longtemps occulté dans le milieu de la plongée.



