Marine Tondelier relance le débat sur la PMA et le diagnostic préimplantatoire
Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti Les Écologistes, a annoncé sa seconde grossesse après un long et difficile parcours de procréation médicalement assistée (PMA). Cette annonce, faite dans le magazine Elle et sur les réseaux sociaux, a rapidement pris une dimension politique. La cheffe des Écologistes, qui sera l'une des rares femmes enceintes à mener une campagne présidentielle, entend utiliser son expérience personnelle pour réformer le cadre législatif bioéthique en France.
Un parcours semé d'embûches et une volonté de changement
Dans son témoignage, Marine Tondelier décrit un parcours du combattant, marqué par une succession d'échecs et une fausse couche, une réalité partagée par de nombreux couples confrontés à l'infertilité. Elle souligne que ces enjeux sont souvent invisibilisés dans le débat public. Parmi ses propositions phares, elle plaide pour l'élargissement de l'accès au diagnostic préimplantatoire (DPI), une analyse génétique des embryons avant leur implantation dans l'utérus.
Selon elle, cette mesure permettrait d'éviter l'acharnement à implanter des embryons non viables, un phénomène courant, notamment avec l'âge avancé des femmes en parcours de PMA. Elle argue que cela réduirait les délais pour obtenir une naissance viable, diminuerait le nombre de fausses couches et limiterait les transferts d'embryons inadaptés.
Le cadre légal actuel et ses limites
En France, le DPI est strictement encadré par les lois de bioéthique, dont la dernière révision date de 2021. Il n'est autorisé que pour les couples ou femmes célibataires présentant un risque élevé de transmission d'une maladie génétique grave et incurable, comme la mucoviscidose ou la chorée de Huntington. L'Agence de la biomédecine doit donner son autorisation finale, garantissant le respect des critères scientifiques et éthiques. En 2022, seulement 369 enfants sont nés suite à un DPI.
Le DPI-A (pour aneuploïdies), qui vise à détecter des anomalies chromosomiques de manière générale, n'est pas autorisé en France. Cette prudence s'explique par des craintes de dérive eugénique, comme l'avait exprimé l'ancienne ministre de la santé Agnès Buzyn en 2019, redoutant une généralisation de la PMA pour garantir un enfant sain.
Les arguments en faveur d'une évolution
Marine Tondelier n'est pas isolée dans son combat. En décembre 2023, des médecins et spécialistes de la reproduction ont signé une tribune dans Le Monde, affirmant que la PMA reste hasardeuse sans diagnostic préimplantatoire. Ils rappellent que les anomalies chromosomiques sont fréquentes, surtout avec l'âge, et que les femmes en PMA, souvent plus âgées, y sont davantage exposées. Le gynécologue obstétricien René Frydman estime que 60% des embryons réimplantés ne se développent jamais, soulignant l'importance d'une meilleure sélection.
Les partisans du DPI-A insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas de choisir des caractéristiques comme la couleur des yeux ou le sexe, ni de mener une chasse au handicap. Ils préconisent un cadre bien défini pour éviter les abus, comme la sélection genrée observée dans certains pays.
Comparaisons internationales et enjeux éthiques
Dans d'autres pays, l'accès au DPI est plus large. En Espagne et en Belgique, il est autorisé pour prévenir les maladies génétiques et les anomalies chromosomiques, sous contrôle médical. Aux États-Unis, il est même possible de sélectionner le sexe de l'enfant, ce qui soulève des questions éthiques proches de l'eugénisme, comme illustré par des publicités controversées pour une optimisation génétique.
Marine Tondelier appelle donc à une réforme pour aligner la France sur les pratiques de certains voisins européens, tout en établissant des garde-fous stricts. Son engagement personnel et politique vise à faciliter les parcours de PMA et à ouvrir un débat nécessaire sur les avancées médicales et leurs implications sociétales.



