Le roman « Piège à miel » et la série « Furious » mettent en scène une certaine rage féminine contre la domination masculine. L'occasion de se demander ce qu'est devenu l'optimisme suscité par le mouvement #MeToo à ses débuts, alors que ces œuvres de fiction explorent une réponse radicale : la vengeance.
Un roman de vengeance au cœur de Cambridge
Dans « Piège à miel » (Mercure de France), le premier roman de la Britannique Imani Thompson, l'héroïne Yrsa, une thésarde, découvre presque par hasard le pouvoir de tuer. Dans le jardin du campus de Cambridge, un directeur de mémoire, qui a pillé les recherches d'une étudiante, se trouve être allergique aux piqûres d'abeilles. Quand elle voit l'insecte se diriger vers la canette de limonade de l'indélicat, Yrsa n'intervient pas et se satisfait de regarder la « langue qui gonfle » et le visage « rouge framboise ».
La jeune femme peine sur son sujet de thèse : « Comment l'afropessimisme façonne le discours des femmes noires sur leur émancipation. » Mais elle trouve un grand soulagement à régler ses comptes avec les hommes. Ce récit, publié le 3 octobre 2026, s'inscrit dans une tendance plus large de la culture populaire.
La série « Furious » et la colère féminine
La série « Furious » suit une dynamique similaire, mettant en scène des femmes qui expriment leur colère face à la domination masculine. Ces œuvres interrogent la persistance des inégalités et la lenteur des changements promis par #MeToo. L'optimisme initial du mouvement, qui espérait une transformation rapide des rapports de force, semble aujourd'hui tempéré par une réalité plus complexe.
La fiction devient ainsi un espace d'exploration des fantasmes de vengeance, là où la réalité offre rarement des résolutions aussi nettes. Les autrices et créatrices utilisent ces récits pour donner une voix à une colère longtemps tue, tout en posant la question de son efficacité politique.
Un questionnement sur l'héritage de #MeToo
Le choix de ces fictions intervient dans un contexte où les débats sur les violences sexistes et sexuelles restent vifs. En mettant en scène des femmes qui passent à l'acte, ces œuvres poussent à réfléchir sur les limites de la justice institutionnelle et sur les alternatives imaginées par les victimes. La question posée par ce billet de BibliObs, signé Amandine Schmitt, est donc double : la vengeance est-elle une réponse crédible à la domination, et que reste-t-il de l'espoir suscité par #MeToo ?
Alors que les mouvements sociaux continuent de dénoncer les violences faites aux femmes, ces récits de fiction offrent un miroir déformant mais révélateur des frustrations contemporaines. Ils témoignent d'une exigence de justice qui ne se satisfait plus des promesses, et interrogent la possibilité d'une émancipation véritable dans un monde où les rapports de pouvoir peinent à se transformer.