Le silence pesant autour de l'argent chez les femmes
«Et toi, combien tu gagnes ?» La question reste délicate, presque gênante. Dans les espaces de travail, autour de la machine à café, les collègues abordent plus volontiers leurs enfants, une grossesse récente ou un accouchement, que le montant de leur rémunération. Comme si évoquer son salaire constituait une indiscrétion majeure, un sujet à éviter absolument.
Un tabou qui commence dès l'enfance
Cette réticence à parler d'argent ne date pas d'hier. Elle prend racine très tôt, dès l'âge de la tirelire. Les études révèlent que si les parents donnent généralement la même somme d'argent de poche aux filles et aux garçons chaque mois, un écart significatif apparaît sur l'année. Les garçons n'hésitent pas à réclamer des rallonges bien plus importantes, avec en moyenne 100 euros supplémentaires par an comparé à leurs sœurs.
Ce schéma se reproduit ensuite dans la vie professionnelle. Au moment du premier emploi, moins d'un tiers des femmes (29%) osent négocier leur salaire à l'embauche. En comparaison, un homme sur deux n'hésite pas une seconde à discuter sa rémunération. L'écart persiste lorsqu'il s'agit de demander une augmentation par la suite.
Des inégalités qui traversent toute la vie financière
Ces disparités ne concernent pas uniquement les salaires. Elles s'étendent au domaine de l'épargne et des investissements. Les femmes ne représentent que 38% des investisseurs en Bourse et seulement 26% dans les crypto-actifs. Elles sont également beaucoup plus nombreuses que les hommes à refuser toute prise de risque en matière de placement financier.
Les conséquences de ces comportements différenciés se font cruellement sentir à l'heure de la retraite. Près de 70% des femmes estiment que leur pension sera insuffisante pour vivre décemment, contre une proportion bien moindre chez les hommes.
Un combat pour l'égalité qui avance lentement
Cette situation n'est pourtant pas une fatalité. Le chemin vers l'égalité financière est long, mais des progrès législatifs permettent peu à peu de faire bouger les lignes. Il faut rappeler que les femmes n'ont obtenu le droit d'ouvrir un compte en banque et de travailler sans le consentement de leur mari qu'en 1965.
À partir du mois de juin, une nouvelle étape sera franchie avec l'obligation pour les entreprises françaises de se conformer à la directive européenne 2023/970 sur la transparence salariale. Cette mesure pourrait constituer une opportunité historique pour les femmes d'oser enfin afficher leur feuille de paie et réclamer l'égalité de rémunération avec leurs collègues masculins.
Comme tous les combats pour l'égalité, celui-ci se gagnera dans la durée. La parole doit se libérer, les tabous doivent tomber, pour que l'argent cesse d'être ce sujet si délicat entre collègues, et devienne au contraire un levier d'émancipation et d'équité.



