La Maison des Femmes de Montpellier : un refuge essentiel pour 510 victimes de violences
Maison des Femmes Montpellier : 510 victimes aidées en 20 mois

La Maison des Femmes de Montpellier : un refuge essentiel pour 510 victimes de violences

À Montpellier, la Maison des Femmes représente un véritable havre de paix pour les femmes confrontées à la violence. Chaque semaine, cette structure accueille quinze nouvelles victimes, démontrant l'ampleur du phénomène et l'importance cruciale de son existence. En seulement vingt mois d'activité, l'équipe a pris en charge 510 femmes, un chiffre qui illustre la demande croissante et l'urgence de la situation.

Un bilan impressionnant après vingt mois d'existence

Justice Barcelo, coordinatrice administrative de la Maison des Femmes, dresse un constat sans appel. "En 2025, nous avons pris en charge 510 femmes. Le flux est exponentiel : nous accueillons 15 nouvelles femmes par semaine", explique-t-elle. Les violences traitées couvrent tous les spectres : psychologiques, physiques, sexuelles et économiques, sans qu'aucune ne prédomine réellement. Cependant, la violence psychologique reste systématiquement présente, constituant souvent le premier niveau de l'engrenage violent.

Les patientes, âgées de 13 à 81 ans avec une moyenne de 36 ans, proviennent de tous les milieux sociaux, contredisant certaines idées reçues. Si certaines femmes étrangères sont accueillies, elles ne représentent pas la majorité des victimes accompagnées.

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Une collaboration pluridisciplinaire essentielle

Intégrée au CHU de Montpellier, la Maison des Femmes bénéficie d'un cadre institutionnel solide. Comme toutes les structures similaires, elle fait partie d'un hôpital désigné par le ministère de la Santé et travaille en partenariat avec une association, en l'occurrence l'association Agnès McLaren. "Le CHU déploie toute l'activité médicale et met à disposition le lieu. Tandis que l'association Agnès McLaren déploie ce que l'on appelle l'accompagnement au-delà du soin", précise Justice Barcelo.

Une trentaine de professionnels interviennent ainsi régulièrement :

  • Sage-femme et gynécologue
  • Infirmière en addictologie et dermatologue
  • Pédiatre et médecin spécialisé dans les mutilations sexuelles
  • Psychologue et assistante sociale
  • Conseillère en insertion professionnelle
  • Sophrologue et professeur de yoga

À ces professionnels s'ajoutent une vingtaine de bénévoles qui assurent un accueil chaleureux et la garde des enfants pendant les consultations, créant ainsi un environnement sécurisant et bienveillant.

Un parcours d'accompagnement personnalisé

Le premier rendez-vous, d'une durée d'environ une heure, se déroule en présence d'une sage-femme ou d'une gynécologue accompagnée d'une assistante sociale. L'objectif est double : permettre à la femme d'exprimer les raisons de sa venue, puis établir un diagnostic médico-social pour lui proposer un accompagnement sur mesure. L'auscultation médicale reste entièrement facultative, respectant ainsi le rythme et les besoins de chaque victime.

La prise en charge est gratuite, anonyme si nécessaire, et accessible ponctuellement aux mineures, même si un suivi prolongé requiert l'autorisation des deux parents. Cependant, les délais pour obtenir un premier rendez-vous peuvent atteindre deux mois, sauf en cas d'urgence définie comme une situation de violence active avec un niveau de danger élevé. Pour les autres situations, des structures comme le Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), France Victimes ou le médecin généraliste peuvent prendre le relais dans l'attente. Le 39 19, numéro national disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, reste une orientation précieuse.

Un suivi adapté à chaque parcours

Le suivi dans la durée ne répond à aucun cadre figé. Certaines femmes ne viennent qu'une seule fois, tandis que d'autres sont accompagnées depuis l'ouverture de la structure. "On parle de suivi à moyen terme, sur un à deux ans. Nous sommes une étape sur leur chemin de reconstruction", souligne Justice Barcelo. Si, après le traitement des violences, certaines souhaitent poursuivre une thérapie avec la psychologue et aller plus loin, elles sont réorientées vers l'extérieur afin de libérer des créneaux pour les nouvelles victimes.

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Des financements mixtes pour pérenniser la mission

La prise en charge reste entièrement gratuite pour les femmes, de A à Z. Du côté des financements, la structure bénéficie de soutiens publics qui couvrent l'activité médicale, notamment de l'Agence Régionale de Santé, de la Caf et de la préfecture. Cependant, pour maintenir sa mission pluridisciplinaire, elle dépend aussi du secteur privé. La Fondation Kering a soutenu le lancement, mais son aide s'arrêtera en juin 2027. "Il nous faudra trouver 180 000 euros par an à partir de cette date", alerte Justice Barcelo. Elle salue néanmoins la mobilisation des TPE et PME locales montpelliéraines, dont les chefs d'entreprise souhaitent contribuer avec le business qu'ils dégagent.

Un combat qui nécessite l'engagement de tous

En ce 8 mars, Justice Barcelo garde un optimisme mesuré. "C'est un sujet de plus en plus médiatisé, les mentalités évoluent. Mais on voit aussi des courants inverses avec un regain du masculinisme et les 'tradwife' qui rejettent toute idée d'égalité. Ça se fragmente", constate-t-elle. Pour elle, l'éducation reste la base de tout, complétée par des campagnes de sensibilisation. "Quand on grandit dans un foyer violent, on a 30 % de chances d'en subir à nouveau, ou de le faire subir", rappelle-t-elle. Et en tant que citoyens, chacun a un rôle à jouer. "La violence commence par des mots déplacés. On peut tous, dans notre entourage, se permettre de le faire remarquer. On est 66 millions de Français : si chacun joue ce rôle, ça fait un effet de masse".

Du marketing à l'engagement : le parcours de Justice Barcelo

À 29 ans, Justice Barcelo occupe les fonctions de responsable du développement et coordinatrice administrative de la Maison des Femmes depuis septembre 2024, soit seulement deux mois après l'ouverture de la structure le 27 juin 2024. Après des études à Sciences Po Lyon et à l'école de commerce EM Lyon, elle commence sa carrière dans le conseil en stratégie marketing auprès de grandes entreprises parisiennes. Au bout de quatre années, elle souhaite continuer le conseil mais dans un domaine qui lui tient à cœur : la santé. C'est ainsi qu'elle s'installe à Montpellier pour s'engager auprès des femmes victimes de violences, apportant ses compétences au service d'une cause essentielle.