Dix ans de combat féministe : un bilan en demi-teinte
Alors que la Fondation des Femmes célèbre son dixième anniversaire, sa présidente Anne-Cécile Mailfert livre un constat alarmant sur l'évolution des violences sexistes et sexuelles en France. Dans un entretien exclusif, elle révèle que les victimes ont aujourd'hui moins de chances de voir leurs agresseurs condamnés qu'avant le mouvement #MeToo, malgré une prise de conscience sociétale indéniable.
Une décennie de luttes et d'avancées fragiles
La Fondation des Femmes, créée en mars 2016, a accompagné les grandes mobilisations de ces dernières années : le mouvement #MeToo, le Grenelle des violences conjugales, la reconnaissance des féminicides. L'organisation a collecté plus de 20 millions d'euros redistribués à des associations de terrain, permettant un soutien concret aux femmes victimes de violences.
Anne-Cécile Mailfert explique les origines de la fondation : « À l'époque, je militais chez Osez le Féminisme et j'ai constaté que de nombreuses associations venant en aide aux femmes victimes de violences rencontraient d'importants problèmes financiers. Il fallait créer une structure capable de les soutenir durablement. »
Des progrès historiques mais des occasions manquées
Si la décennie écoulée a été marquée par des avancées législatives et une libération de la parole des victimes, la présidente de la Fondation des Femmes pointe également de nombreuses occasions manquées. Elle s'inquiète particulièrement de l'essor du sexisme et des théories masculinistes dans la société française contemporaine.
Le paradoxe est frappant : alors que les témoignages se multiplient et que les violences faites aux femmes sont davantage médiatisées, le taux de condamnation des agresseurs aurait baissé. Cette situation crée un sentiment d'impunité préoccupant pour l'avenir des droits des femmes en France.
Un avenir incertain face à la montée des discours réactionnaires
Anne-Cécile Mailfert dresse un bilan positif des actions menées par la fondation mais reste prudente quant aux perspectives futures. Les combats féministes doivent désormais faire face à de nouveaux défis, notamment la normalisation de discours remettant en cause les acquis des dernières décennies.
La présidente souligne l'importance de maintenir la mobilisation et le soutien aux associations de terrain, qui restent en première ligne pour accompagner les victimes. « Notre travail est loin d'être terminé », affirme-t-elle, rappelant que chaque avancée peut être fragile et réversible sans une vigilance constante.



