« En tant que personnes transgenres, notre existence même est politique » : le combat de Lou pour un sport inclusif
À l'approche des élections municipales, la jeunesse française réinvente l'engagement citoyen avec une détermination renouvelée. Parmi ces jeunes qui s'engagent comme jamais, Lou Claeyssen Fabris, 26 ans, incarne une lutte particulière : celle pour un sport véritablement inclusif pour les personnes transgenres et non binaires.
Un vestiaire improvisé sous les sapins parisiens
Du menton, Lou désigne un sapin parmi les arbres qui bordent le stade Louis-Lumière, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. « Celui-ci, c'est notre vestiaire », lance-t-il avec un rire qui ne masque pas la réalité bancale de la situation. Une main agrippée à l'écorce, l'autre tirant sur son short de football, il se change tant bien que mal dans le froid de février.
La scène pourrait sembler décourageante, mais elle n'entame en rien la bonne humeur et la détermination du jeune homme. Autour de ce « boute-en-train », comme le décrivent ses coéquipiers et coéquipières, un écran humain se forme pour préserver son intimité. Avec son combo moustache-mulet caractéristique et son maillot bleu clair floqué du numéro 7, Lou s'avance ensuite vers la pelouse avec une énergie communicative.
Quatre années de négociation pour soixante minutes de jeu
« Quatre ans que je négocie avec la Ville de Paris pour obtenir ce créneau du vendredi soir, de 21 heures à 22 heures », confie Lou. Soixante minutes gagnées à l'usure, après des années de démarches administratives et de discussions. À force de persévérance, il a appris à composer avec le manque d'infrastructures adaptées.
Ni les 7 °C affichés au thermomètre ce soir de février 2026, ni l'absence totale de vestiaires appropriés ne parviendront à le dissuader de jouer. Cette détermination trouve ses racines dans un rêve d'adolescent : « être le premier député transgenre en France ». Si le jeune homme n'a pas encore conquis l'Assemblée nationale, il a déjà fondé et préside avec succès l'association TRANSpire depuis avril 2022.
TRANSpire : un havre de sécurité sportive
En parallèle de ses études d'infirmier à l'université Paris Cité, Lou consacre son énergie à développer TRANSpire. L'association propose des entraînements réguliers de football ainsi que des initiations à divers sports comme le rugby, le volley, le ping-pong ou la course à pied.
« Pour celles et ceux qui auraient envie de se défouler mais n'ont nulle part où le faire », explique simplement le jeune président. L'objectif est clair : offrir un espace sécurisé où les personnes transgenres et non binaires peuvent pratiquer une activité physique sans craindre les jugements, les regards insistants ou les remarques transphobes qui trop souvent les éloignent des terrains de sport traditionnels.
Une existence politique par essence
« En tant que personnes transgenres, notre existence même est politique », affirme Lou avec une conviction qui transcende son jeune âge. Cette prise de conscience guide chacun de ses combats, qu'il s'agisse de négocier avec les institutions parisiennes ou d'organiser des sessions sportives inclusives.
Le parcours de Lou Claeyssen Fabris illustre parfaitement comment la jeune génération réinvente les formes d'engagement. Loin de se détourner de l'action citoyenne, ces jeunes créent de nouvelles structures, imaginent des solutions concrètes et persistent malgré les obstacles administratifs et matériels.
Son association TRANSpire représente plus qu'un simple club sportif : c'est un espace de reconnaissance, de solidarité et d'affirmation identitaire. Chaque vendredi soir, sous les sapins du stade Louis-Lumière, se joue ainsi une petite révolution silencieuse mais déterminée pour un sport véritablement ouvert à toutes et à tous.



