La loi Rixain sur la mixité atteint son premier objectif de 30%
La loi Rixain, promulguée en décembre 2021, impose désormais un quota de 30% de femmes dans les plus hautes instances dirigeantes des entreprises françaises de plus de 1 000 salariés. Cette mesure législative ambitieuse, qui doit être appliquée à compter du 1er mars, est en passe d'être réussie, avec des résultats déjà très proches des objectifs fixés par le législateur.
Une progression spectaculaire en seulement quatre ans
Selon une étude récente publiée par l'observatoire Skema de la féminisation des entreprises, les comités exécutifs et autres instances dirigeantes des groupes du CAC 40, l'indice phare de la Bourse de Paris, étaient composés à près de 29% de femmes en 2025. Cette proportion représente une augmentation impressionnante de 9,5 points par rapport à 2021, démontrant l'efficacité de la loi Rixain.
Sur l'ensemble du SBF 120, qui regroupe les 120 plus grosses capitalisations boursières françaises, la progression a été similaire et même légèrement supérieure. Les données fournies par l'Institut français des administrateurs et la société Ethics & Boards indiquent que la part des femmes dans les instances dirigeantes est passée de 22% en 2021 à exactement 30% en 2025, atteignant ainsi le seuil fixé par la loi.
Un dispositif législatif contraignant avec des sanctions significatives
La loi Rixain, du nom de la députée Marie-Pierre Rixain (EPR) qui en est à l'origine, prévoit des sanctions financières substantielles pour les entreprises qui ne respecteraient pas les quotas établis. Ces sanctions peuvent aller jusqu'à 1% de la masse salariale, avec toutefois un délai de grâce de deux ans accordé aux entreprises pour se mettre en conformité.
« Le premier jalon a été atteint », s'est félicitée Marie-Pierre Rixain. « Nous sommes désormais le 4e pays européen pour la féminisation des instances dirigeantes, et devant les États-Unis », a-t-elle ajouté, soulignant ainsi le positionnement avant-gardiste de la France en matière de législation sur la mixité.
La France, pionnière européenne en matière de mixité contraignante
Si plusieurs pays européens ont adopté des mesures pour favoriser la mixité dans les conseils d'administration, comme les Pays-Bas et l'Allemagne, ou ont misé sur des objectifs incitatifs comme le Royaume-Uni pour les comités de direction, la France se distingue par son approche contraignante. La loi Rixain est en effet la seule législation européenne qui impose des quotas avec sanctions financières, concernant environ 1 500 entreprises françaises de plus de 1 000 salariés.
Cette loi prévoit également une progression des objectifs, avec un quota de 40% de femmes dans les instances dirigeantes à atteindre d'ici 2029, démontrant ainsi la volonté politique d'inscrire cette évolution dans la durée.
Des exemples concrets de féminisation réussie
Parmi les grands groupes qui ont significativement féminisé leur instance dirigeante, la banque BNP Paribas constitue un exemple remarquable. L'établissement bancaire est passé de seulement trois femmes dans son comité exécutif en 2020 à sept aujourd'hui, pour douze hommes, soit une part féminine de 37%.
« Notre progression démontre notre volonté d'agir en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment au sein de nos instances de direction », a indiqué la banque. « Nous veillons à promouvoir cette mixité à tous les niveaux de l'entreprise », a-t-elle ajouté, précisant qu'elle s'assure systématiquement « qu'au moins une femme figure dans la sélection des candidats d'un poste à responsabilités ».
Un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'organigramme
Pour les défenseurs de la loi, la féminisation des sommets hiérarchiques a un effet vertueux sur l'ensemble de l'entreprise. « Au moment de candidater, une jeune femme va regarder l'organigramme pour voir son potentiel de progression », affirme Marie-Pierre Rixain. Cette visibilité des femmes aux postes de direction encourage ainsi les talents féminins à postuler et à envisager une carrière ascendante au sein de l'entreprise.
Une évolution structurelle plutôt qu'une simple augmentation numérique
Michel Ferrary, chercheur affilié à l'école de commerce Skema, apporte une nuance importante à cette progression. « En 2025, c'est un peu différent », explique-t-il. « Le nombre de femmes est resté stable (153), c'est le nombre d'hommes qui a diminué » (de 388 à 378). Cette observation suggère que l'évolution ne résulte pas simplement d'une augmentation du nombre de postes attribués aux femmes, mais bien d'une restructuration des instances dirigeantes.
Des secteurs traditionnellement masculins qui s'adaptent
Certains secteurs d'activité, traditionnellement masculins comme l'industrie ou le bâtiment, expriment des inquiétudes quant à la difficulté de trouver des dirigeantes qualifiées. Patrick Martin, président du Medef, alertait ainsi en janvier 2025 sur cette problématique dans les métiers « genrés ».
Cet argument est cependant contesté par Marie-Pierre Rixain, qui cite en exemple des groupes comme Veolia ou Schneider Electric, qui ont réussi à féminiser leur direction malgré leur secteur d'activité à dominante masculine. « Je ne saisis pas comment dans une entreprise de plus de 1 000 personnes, vous n'arrivez pas au bout de cinq ans à trouver une femme compétente pour votre comité de direction de dix personnes », remarque-t-elle avec insistance.
Les défis qui persistent malgré les progrès
Malgré ce « succès français indéniable », selon les termes de Denis Terrien, président de l'Institut français des administrateurs, le chemin vers une véritable parité reste long. En effet, l'accès aux postes les plus prestigieux de présidentes et/ou directrices générales demeure limité, avec seulement 23 femmes occupant ces fonctions sur 240 postes dans le SBF 120.
Cette situation s'explique en partie par le fait que « moins d'une femme sur cinq occupe un poste tremplin », tel que la direction financière, qui constitue traditionnellement un passage obligé pour accéder aux plus hautes responsabilités.
Un paysage législatif français riche en mesures pour la mixité
La loi Rixain s'inscrit dans un cadre législatif français déjà bien fourni en matière de promotion de la mixité. La loi Copé-Zimmermann, instaurée en 2011, avait déjà fixé des quotas pour les conseils d'administration, avec des résultats aujourd'hui très satisfaisants : 46% des administrateurs du CAC 40 étaient des femmes en 2025.
Le ministère du Travail, sollicité pour préciser quelle proportion des quelque 1 500 entreprises concernées par la loi Rixain respectait déjà le quota de 30%, n'était pas en mesure de fournir ces données précises. Cette situation souligne la nécessité d'un suivi rigoureux de l'application de la loi et de ses effets concrets sur le terrain.
La progression fulgurante de la féminisation des instances dirigeantes depuis l'adoption de la loi Rixain témoigne d'une évolution significative des mentalités et des pratiques dans le monde économique français. Alors que le premier objectif de 30% est en passe d'être atteint, l'attention se porte désormais sur le prochain palier de 40% fixé pour 2029, ainsi que sur la nécessaire diversification des parcours d'accès aux plus hautes fonctions pour les femmes.



