L’association Autre cercle publie ce mercredi 22 avril un baromètre sur l’inclusion des personnes LGBTQIA+ (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et non-binaires, queers, intersexes, assexuelles, et autres) dans le monde du travail. Réalisé avec l’Ifop, ce rapport fait état d’améliorations sans occulter le « durcissement alarmant » des conditions de la communauté, alerte Guillaume Savoie, vice-président national et co-responsable du pôle employeurs de L’Autre cercle.
« Insultée, rabaissée, humiliée »
La question de l’épanouissement est l’un des aspects évoqués. À peine plus d’un répondant sur deux parmi les salariés LGBTQIA+ se dit épanoui dans les entreprises et organisations qualifiées de non-inclusives, c’est-à-dire qui n’ont pas signé de charte s’engageant pour plus d’inclusion. Meghan, jeune femme transgenre, travaille dans la vente depuis 10 ans. Elle a vu une évolution et se sent « globalement épanouie avec les collègues, mais avec les clients, c’est drastiquement différent. J’ai déjà été filmée, insultée, rabaissée, et humiliée », abonde-t-elle, évoquant ce jour où une cliente d’un café où elle travaillait « s’est permis de (lui) lancer des aliments à la figure en disant : "Je mange pas de trucs servis par un travesti" ».
Ces propos LGBTphobes qui persistent contribuent au manque d’épanouissement. Les personnes trans et non-binaires seraient davantage affectées que les LGBT cisgenres, dont l’identité de genre est la même que le genre attribué à la naissance. Les personnes appartenant à la communauté LGBTQIA+ doivent composer avec toutes sortes d’agressions, qui vont de la moquerie aux attouchements voire aux agressions physiques, comme une bousculade ou une gifle.
Plus de visibilité, mais toujours de la pudeur
Jessica, femme bisexuelle qui travaille en restauration, mentionne aussi « les "petites blagues", les sous-entendus, à force, c’est extrêmement relou. C’est souvent banalisé, du coup on ne fait rien, alors que c’est pas ouf ». Il faut dire que la visibilité progresse dans le monde professionnel. Une bonne chose, sur le fond. Sept répondants LGBTQIA+ sur dix se sentent ainsi visibles dans leur organisation. Du mieux, avec 14 points de plus par rapport au baromètre paru en 2018. La visibilité culmine à 80 % chez les 30-39 ans, marque d’une « phase d’acceptation plus propice à la visibilité » malgré un « retour au placard » dès la sortie d’études. Ils ne sont que 65 % chez les 60 ans, frappés par « un contexte sociétal moins favorable durant leur carrière ».
Jessica évite quand même de parler de son orientation sexuelle « avant de se sentir en confiance. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ça pourrait changer le regard de certains ». Mais « le fait de garder une partie de moi secrète, c’est un peu pesant au quotidien, confie-t-elle dans la foulée. J’ai l’impression de devoir m’adapter à la situation ou au travail, donc de ne pas être 100 % moi ».
Un frein à l’embauche
64 % des interrogés se disent visibles auprès de leurs collègues, 56 % auprès de leurs supérieurs hiérarchiques directs. Du mieux, là encore, par rapport aux années précédentes. En parlant de supérieurs : un salarié LGBTQIA+ sur trois (36 %) a pourtant été victime de discrimination de la part de sa direction, soit 12 points de plus que le dernier baromètre, en 2024. Cela s’observe dès la recherche d’emploi : « Dès que les recruteurs voient que le M de ma carte d’identité n’a pas changé, que mon numéro de Sécu commence par 1 et non par 2, je suis sûre à 99 % de ne pas être prise », se désole Meghan. Sa transidentité joue sur les missions qu’on lui attribue. Dans un magasin de jouets, elle n’était qu’avec des filles. « Je m’entendais super bien avec tout le monde, mais quand il s’agissait de faire des tâches où il y avait besoin de force, on m’appelait "vu que tu as plus de force que nous, avec l’avantage d’être trans". Non, trans n’est pas un avantage, et avec le traitement hormonal, j’ai perdu la force que je pouvais avoir ».
Des droits qui régressent dans le monde
Enfin, les sondeurs ont interrogé la communauté LGBTQIA+ française sur le recul des droits aux États-Unis. « Voir que nos droits peuvent être remis en question, surtout dans un pays comme celui-là, il y a de quoi s’inquiéter », avoue Jessica. Meghan voit plus loin et craint l’arrivée de « l’extrême droite au pouvoir ». « Tout notre parcours administratif pourrait être révoqué, sûrement subir plus de violence LGBTQIA-phobe, physique ou verbale ». Elle « tient à finir par dire, que ce soit aux employeurs, aux collègues, ou dans la vie de tous les jours, que notre sexualité, notre identité de genre n’impacte pas notre qualité de travail, ne vous impacte pas et ne vous regarde pas. Ce n’est pas un choix, sinon nous aurions choisi la facilité, de vivre sans discrimination, sans harcèlement, sans violence physique et psychologique ». Un rappel évident, mais nécessaire.



