Expressions ado : le guide pour comprendre vos enfants
Expressions ado : le guide pour comprendre vos enfants

En ce début d'année scolaire, les adultes peinent parfois à suivre les conversations des adolescents. Entre « c'est OK », « je suis en goumin » ou encore « six seven », ces expressions venues des réseaux sociaux, des jeux vidéo et de la musique se sont installées dans les cours de récréation. Pour aider parents et enseignants à s'y retrouver, une maîtresse de conférences en lettres et langues à l'université Paul-Valéry de Montpellier, Polina Ukhova, décrypte ces termes incontournables.

Des expressions venues des réseaux sociaux

Dans les établissements scolaires, les adultes peuvent avoir l'impression de ne plus parler la même langue que les élèves. Ces expressions ne sont pas apparues par hasard : elles naissent sur les réseaux sociaux comme TikTok, voyagent à travers les jeux vidéo, la musique ou les séries, et traversent parfois les continents avant de s'installer dans le quotidien de la jeune génération. Elles racontent beaucoup de la manière dont les adolescents communiquent et construisent leur identité.

« C'est OK » est un exemple frappant. Autrefois simple accord, cette formule a pris une nouvelle dimension grâce aux réseaux sociaux, notamment dans les milieux influencés par la pédagogie Montessori. Elle est devenue une réponse efficace pour relativiser, désamorcer une tension ou rassurer. La joueuse de tennis américaine Coco Gauff, 22 ans, l'utilisait en août dernier pour répondre aux critiques avant l'US Open : « J'ai envie de leur dire que c'est OK, ils ont le droit de me critiquer », expliquait-elle à L'Équipe. Selon Polina Ukhova, ce type de réponse concise peut « produire beaucoup de sens avec relativement peu de matière verbale ». Elle ajoute : « Une forme peut devenir plus courte tout en devenant pragmatiquement plus riche ».

« Pain » et « goumin » : des mots venus d'Afrique

Sur TikTok, « une boulangerie est ouverte » signifie qu'une personne est célibataire, et « fermée » qu'elle est en couple. Dire « j'ai un pain » revient à avouer un coup de cœur, et « il ou elle est un pain » signifie que la personne est attirante. Ce terme est issu du nouchi, un argot né à Abidjan, en Côte-d'Ivoire, dans les années 1970 et 1980. « Les mots voyagent entre les langues, mais également entre les domaines et les communautés », rappelle Polina Ukhova.

Autre expression de ce même univers : « Je suis en goumin », qui signifie « Je souffre d'une peine de cœur ». Le goumin désigne le chagrin provoqué par une rupture, un amour perdu ou une déception sentimentale.

L'anglais et les jeux vidéo à l'honneur

« L'anglais bénéficie aujourd'hui d'un poids considérable parce qu'il domine une grande partie des univers culturels et numériques internationaux », observe Polina Ukhova. Des termes comme « banger » (un moment exceptionnel), « prime » (au sommet de son art) ou « matrixé » (obsédé) illustrent cette influence. Par exemple, le retour de Céline Dion sur scène à Paris a pu être qualifié de « banger » par certains fans.

Le « PNJ » (personnage non joueur) vient des jeux vidéo et désigne une personne passive, sans personnalité marquée. Pour la linguiste, cela montre l'influence croissante des jeux vidéo : « Autrefois, on puisait davantage dans d'autres domaines. Aujourd'hui, les jeux vidéo fournissent une quantité considérable de matériaux linguistiques. »

Le « six seven » et son succès social

« Six seveeeen ! » s'accompagne d'un geste des mains. L'expression vient d'un extrait du morceau Doot Doot (7 6) du rappeur américain Skrilla, qui a fuité en décembre 2024. Des montages TikTok et YouTube Shorts ont popularisé le son, notamment avec le basketteur LaMelo Ball, qui mesure exactement 6 pieds 7 pouces (environ 2,01 mètres). Selon Polina Ukhova, son succès révèle un marqueur social : « Une expression ne sert pas uniquement à désigner quelque chose. Dire “six seven” peut permettre de signaler que l'on connaît le mème, de faire rire, de provoquer une réaction, de répondre de manière absurde, de participer à un rituel collectif ou simplement de déclencher la réponse attendue chez les autres. Il y a donc très peu d'information référentielle, mais beaucoup d'information sociale. »