Un dialogue puissant sur les violences sexistes et l'emprise masculine
Au cœur du Théâtre Ouvert dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, un lieu qui place la lutte contre les violences faites aux femmes au centre de sa programmation, deux voix artistiques majeures se sont réunies pour un échange profond et nécessaire. Judith Chemla, comédienne soprano et autrice, et Flora Souchier, autrice et comédienne, ont partagé leurs réflexions sur l'emprise masculine, le processus pour en sortir et la reconstruction qui suit.
Deux parcours artistiques au service d'une même cause
Flora Souchier, âgée de 35 ans, présente son premier récit en prose intitulé « Méfiez-vous des hommes qui se disent féministes », publié aux éditions du Seuil en février 2026. L'ouvrage bénéficie d'une préface signée par Judith Chemla, créant ainsi un lien fort entre les deux artistes. Ce texte épuré et intelligent explore avec une acuité remarquable les mécanismes de l'emprise psychologique.
Judith Chemla, quant à elle, a marqué les esprits avec son livre « Notre silence nous a laissées seules », paru en janvier 2024. Dans cet ouvrage poignant, la comédienne dévoile sa vie contrôlée par deux hommes successifs qu'elle surnomme le prince et le loup. La puissance narrative de son témoignage est d'autant plus frappante qu'elle émane de l'interprète qui a incarné la Violetta de ce siècle dans « La Traviata », un personnage féminin sacrifié à la domination masculine.
La difficile prise de conscience de l'emprise
Les deux artistes, désormais amies partageant une vision commune, abordent dans leur conversation ce qu'elles qualifient de « forme de non-amour ». Elles soulignent la difficulté à reconnaître les situations d'emprise, expliquant que « on ne peut pas croire qu'il y a des gens dont le but est d'en anéantir d'autres ». Cette prise de conscience constitue souvent la première étape vers la libération.
Leur dialogue révèle comment l'emprise s'installe progressivement, souvent sous couvert de protection ou d'amour, avant de devenir un système de contrôle total. Flora Souchier analyse avec précision ces mécanismes dans son livre, tandis que Judith Chemla apporte le témoignage brut de son expérience personnelle.
Le rôle de l'art dans la dénonciation des violences
Le Théâtre Ouvert, en accueillant cette rencontre, confirme son engagement comme espace de réflexion et de parole sur les violences sexistes. Les deux artistes insistent sur l'importance de briser le silence qui entoure ces situations, un silence qui isole les victimes et perpétue les systèmes de domination.
Leur collaboration artistique, à travers ces publications et cette rencontre publique, représente une contribution significative au débat sur les violences sexistes et sexuelles. Elles démontrent comment la création artistique peut servir de vecteur pour aborder des sujets difficiles et favoriser la prise de conscience collective.
Cet entretien exclusif, initialement réservé aux abonnés, offre un éclairage précieux sur la complexité des relations d'emprise et sur le long chemin vers la reconstruction. Il rappelle l'urgence de continuer à parler, à écrire et à créer pour combattre toutes les formes de violences faites aux femmes.



