Municipales 2026 dans le Biterrois : Le défi persistant de la féminisation politique
Alors que la loi sur la parité s'étend désormais à toutes les communes françaises à partir de mars, imposant une stricte égalité femmes-hommes sur les listes municipales, la réalité du terrain dans le Biterrois révèle une résistance tenace à la féminisation des postes à responsabilité. Dans cette région de l'Hérault, les femmes restent largement minoritaires parmi les maires et pratiquement absentes des vice-présidences d'agglomération.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
Lors des dernières élections municipales de 2020, sur les quelque 150 communes de l'ouest Hérault - s'étendant du littoral de Marseillan jusqu'au Minervois et aux Hauts cantons - seulement 24 ont élu une femme comme maire. Les hommes représentent ainsi 84% des édiles, un chiffre légèrement supérieur à la moyenne nationale qui s'établit à 80%. Cette sous-représentation féminine s'accentue dans les communes les plus peuplées : les femmes ne sont plus que 6,25% des maires dans les municipalités de plus de 1 000 habitants.
Cette situation a des conséquences directes sur la composition des instances intercommunales, où les maires siègent généralement comme vice-présidents. Aucune des collectivités du département n'est présidée par une femme, et au sein de Béziers Agglomération, aucune femme n'occupe de vice-présidence. La parité numérique dans les conseils municipaux masque ainsi un plafond de verre persistant qui relègue souvent les femmes aux seconds rôles.
Le témoignage des élues : entre légitimité et autocensure
Marie-Pierre Pons, maire de Cessenon-sur-Orb et conseillère départementale, reconnaît l'utilité des lois sur la parité : "Dans l'idéal, on se passerait de tels mécanismes, mais il faut forcer le trait. La féminisation de la vie politique progresse, mais c'est lent. La loi met un coup d'accélérateur. D'ailleurs, c'est grâce aux binômes paritaires que je suis devenue conseillère départementale."
L'élue, dont le parcours politique a débuté en 1983 comme conseillère municipale, pointe un phénomène d'autocensure : "Dans l'absolu, personne ne m'a empêché de faire quoi que ce soit. Pourquoi nous, les femmes, avons-nous tendance à nous interdire des choses ? La parité m'a aidée à foncer."
Gwendoline Chaudoir, maire de Portiragnes, partage cette analyse : "J'ai mis du temps à me sentir légitime, il m'a fallu des années de politique. C'est en développant des compétences et en menant des projets que c'est venu." Elle ajoute : "Même s'il faut se battre pour prendre la parole, ça nous rend plus pugnaces, ça nous tanne le cuir. Ne pas être au même niveau d'écoute, c'est insupportable mais ça donne envie de continuer."
La persistance des stéréotypes dans la répartition des délégations
Une fois élues, les femmes doivent encore faire face à une répartition genrée des responsabilités. Elles sont globalement sous-représentées dans les délégations techniques et stratégiques comme l'économie, l'urbanisme ou les transports, tandis qu'elles sont surreprésentées dans des domaines perçus comme féminins : les affaires familiales, le social ou la culture.
Marie-Pierre Pons en a fait l'expérience concrète : "Je n'ai pas choisi les affaires sociales à la communauté de communes Sud-Hérault, c'est le président. Et même si j'ai trouvé ça intéressant, je serais plus partie sur le tourisme ou l'économie. Ce n'est pas conscient, c'est un ressort stéréotypé et on a encore beaucoup de mal à sortir de ça."
Gwendoline Chaudoir, également vice-présidente de l'Agglomération Hérault Méditerranée déléguée à l'écologie, à la GEMAPI et au littoral, insiste sur la nécessité de briser ces clichés : "Moi ce qui me plaît ce sont les travaux et l'aménagement du territoire. Je suis tout de suite allée sur le terrain pour comprendre techniquement les chantiers et j'ai trouvé une super écoute. Il ne faut surtout pas se restreindre."
Une réforme aux effets potentiellement limités
La nouvelle loi sur la parité, qui s'appliquera pour la première fois aux communes de moins de 1 000 habitants lors des municipales de 2026, représente une avancée théorique importante. Aurélia Troupel, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Montpellier et spécialiste de la parité, nuance cependant son impact potentiel.
"La réforme va permettre d'ouvrir les profils mais complexifie la constitution des listes", explique-t-elle. "Dans ces villages, le recrutement de candidats peut être difficile. La contrainte la plus forte n'est pas tant l'obligation de parité sur les listes que l'impératif de constituer la liste elle-même."
La chercheuse souligne surtout un "gros impensé de cette réforme" : "La loi de 2013 avait prévu qu'il y ait également un fléchage paritaire pour les conseils communautaires. Finalement ce n'est pas le cas, il n'y aura pas la féminisation de ces collectivités. C'est pourtant là que les budgets et les compétences sont importants !"
Alors que mécaniquement, la présence des femmes dans les conseils municipaux devrait augmenter, la véritable féminisation du pouvoir local dans le Biterrois et au-delà nécessitera encore de briser bien des barrières psychologiques et culturelles.



