Saint-Denis confrontée à une vague d'attaques racistes contre son nouveau maire
Depuis son élection le 15 mars 2026 avec 50,77% des voix, Bally Bagayoko (LFI) fait face à une multiplication d'attaques racistes qui choquent profondément les habitants de Saint-Denis. Devenu le premier maire d'origine malienne de cette ville de Seine-Saint-Denis, il est la cible de campagnes de haine relayées sur les réseaux sociaux et à la télévision.
Des appels racistes quotidiens à la mairie
Les standardistes de la mairie de Saint-Denis reçoivent désormais plusieurs appels racistes par jour, un phénomène qui n'existait pas sous la mandature précédente du maire socialiste Mathieu Hanotin. « On a franchi une étape dans les propos racistes ouvertement assumés », déplore Kelly Kidou, responsable du service accueil.
Parmi les appels reçus, certains sont particulièrement choquants : « Allô ? C'est vrai qu'il faut porter un voile pour aller à l'école ? » ou encore « C'est ici la ville des noirs et des arabes ? ». Kelly Kidou rapporte même un incident où des appelants ont simplement passé la chanson « Un dimanche à Bamako » d'Amadou et Mariam sans prononcer un mot.
Une campagne de haine relayée par l'extrême droite
Bally Bagayoko, 52 ans, né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens, a été élu dès le premier tour et dirige désormais la plus grande ville Insoumise de France avec ses 150.000 habitants représentant plus de cent nationalités. Dès son élection, il a été la cible d'une campagne de haine principalement relayée par l'extrême droite sur la plateforme X.
Le week-end dernier, des propos polémiques tenus sur CNews à son sujet ont été signalés à l'Arcom par plusieurs parlementaires et associations antiracistes. Face à cette situation, le gouvernement a annoncé étudier la possibilité de « poursuites pénales » contre les auteurs de ces attaques, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
La réaction des habitants et des associations
Dans les rues de Saint-Denis, où se tient actuellement la 54e édition de la quinzaine antiraciste et solidaire, les réactions sont vives. Mohammed Ouaddane, président de l'association franco-marocaine de Saint-Denis, exprime sa colère : « On nous rabaisse. En attaquant le maire, on attaque la population. On infantilise, on humilie les gens. C'est d'une violence hallucinante. »
Malgré cette vague de haine, certains habitants restent optimistes. Mohammed Ouaddane ajoute : « Saint-Denis est un laboratoire de cette pluralité et de cette France qui est en train de se reconstruire autrement. » Un sentiment partagé par Damien, vendeur dans la librairie indépendante La P'tite Denise : « Ça crée finalement une solidarité et un esprit de corps dans la ville qui n'aurait pas été aussi fort sans cette déferlante. »
Un rassemblement citoyen prévu samedi
Pour répondre à ces attaques, un grand rassemblement citoyen contre le racisme et les discriminations est prévu samedi sur le parvis de l'hôtel de ville, à l'appel du nouveau maire Bally Bagayoko. Cet événement vise à montrer la solidarité des habitants face aux propos haineux et à défendre les valeurs de la République.
La situation à Saint-Denis met en lumière les défis auxquels font face les élus issus de la diversité en France, et soulève des questions importantes sur la lutte contre le racisme dans l'espace public et médiatique.



