Le 3919 bat un triste record d'appels pour violences faites aux femmes en 2025
La Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF) a rendu public son rapport annuel ce jeudi, dressant un constat alarmant sur les violences faites aux femmes en France. Pour la deuxième année consécutive, le numéro d'urgence 3919-Violences Femmes Info a battu le triste record du nombre d'appels traités, avec plus de 108 000 interventions en 2025.
Une augmentation significative des appels
Mine Günbay, directrice de la FNSF, souligne que "cette augmentation significative des appels, plus de 100 000, est un indicateur important de l'état des lieux des violences faites aux femmes dans notre pays". En 2025, 127 532 appels traitables ont été recensés, dont 108 241 effectivement pris en charge par les écoutantes. Cela représente une hausse de 7,8% par rapport à l'année précédente.
La fédération, qui regroupe 83 associations spécialisées, interpelle les pouvoirs publics sur un manque de moyens structurels et pérennes. Elle estime que l'augmentation des appels illustre à la fois les besoins croissants et "la saturation de certains dispositifs locaux".
Le rajeunissement inquiétant des victimes
L'analyse des données révèle plusieurs tendances préoccupantes :
- Près d'un tiers des victimes déclarent avoir entre 30 et 39 ans
- La part des appelantes entre 20 et 29 ans victimes de violences conjugales connaît une hausse continue depuis 2023
- Entre 2023 et 2025, la proportion des appelantes de moins de 30 ans est passée de 13,8% à 20,9%
Parallèlement, l'étude des agresseurs montre une augmentation significative des violences commises par de jeunes hommes. Si 14,4% des agresseurs avaient moins de 30 ans en 2022, ils sont 18% en 2025.
Les violences conjugales en nette progression
Les chiffres concernant spécifiquement les violences conjugales sont particulièrement éloquents :
- Une hausse de 13,3% du nombre d'appels en 2025
- Plus de 7 000 appels supplémentaires par rapport à 2024
- Les violences conjugales représentent 92% des motifs d'appels au 3919
En 2025, 159 féminicides ont été recensés en France, rappelant l'urgence de la situation. Les données montrent également qu'une victime sur deux (51%) cohabitait avec l'agresseur, et que 59% des victimes de violences conjugales ont indiqué avoir au moins un enfant.
Des moyens insuffisants sur le terrain
À Alès, dans le Gard, l'association La Clède, adhérente de la FNSF, a accueilli 180 personnes victimes de violence en 2025. Vincent Meynier, directeur adjoint, explique : "Les services de l'État soutiennent les projets qu'on porte, mais on manque de moyens plus structurels, plus pérennes".
Sophie, une écoutante du 3919, témoigne : "Je constate que mes appels sont de plus en plus longs parce que je ressens profondément la nécessité de prendre davantage de temps avec les femmes qui nous appellent. Leur détresse psychologique est particulièrement forte en ce moment."
Des attaques masculinistes coordonnées
La FNSF dénonce également des attaques masculinistes de plus en plus structurées contre la ligne d'écoute. En 2025, près d'une quinzaine de questions au gouvernement demandant l'ouverture du 3919 aux hommes ont été pilotées par des membres de collectifs masculinistes.
Eda, chargée de pré-accueil, explique devoir "faire face à des appels de perturbateurs qui contactent la ligne pour nous injurier, proférer des propos orduriers, ou reprocher au 3919 d'être une ligne nationale dédiée aux femmes".
Une répartition géographique révélatrice
La répartition géographique des appels montre quelques disparités :
- L'Île-de-France et l'Auvergne-Rhône-Alpes arrivent en tête
- L'Occitanie figure en troisième position
- La part des femmes occitanes dans la population féminine nationale est de 9,2%, tandis que leur part parmi les victimes de violences conjugales est de 9,6%
Face à cette situation, la FNSF a lancé en 2026 le tchat du 3919, accessible du lundi au vendredi sur solidaritefemmes.org. La fédération appelle à une mobilisation accrue des pouvoirs publics pour prévenir ces violences et assurer une prise en charge adaptée des victimes.



