Un femmage poignant à Bordeaux pour dénoncer les féminicides en ce jour de la Saint-Valentin
Ce samedi 14 février à midi, place Pey-Berland à Bordeaux, le collectif NousToutes33 a organisé un femmage solennel et symbolique. L'événement visait à honorer les 167 victimes de féminicide recensées depuis le début de l'année 2025, en utilisant un dispositif visuel fort : 167 tombes représentées par des cordelettes déposées sur le sol.
Une date choisie pour son symbolisme et son contraste
Le choix du jour de la Saint-Valentin n'est pas anodin. Le collectif a délibérément opté pour cette date afin de créer un contraste saisissant entre les célébrations amoureuses et la réalité brutale des féminicides. Célia, une bénévole de NousToutes33, explique : « Nous voulions interpeller à la fois les autorités publiques, les responsables politiques et le grand public en ce jour particulier. »
La proximité avec un mariage célébré à quelques pas du lieu a encore accentué ce contraste, rappelant que le 14 février est traditionnellement associé à l'amour, alors que les féminicides en sont l'antithèse absolue.
Démystifier le crime passionnel et souligner le caractère systémique
L'un des messages centraux de cette action est la déconstruction du terme « crime passionnel ». Célia insiste : « C'est très important d'évincer le terme de crime passionnel. Un féminicide n'a rien à voir avec de l'amour. Tout comme le viol n'a rien à voir avec le sexe. » Cette affirmation vise à combattre une idée reçue persistante qui banalise ou excuse ces violences.
Au-delà de cette clarification sémantique, la bénévole rappelle le caractère systémique de ces crimes : « Il ne s'agit pas de faits divers mais de faits de société. Les histoires sont toutes les mêmes. » Cette perspective met en lumière les structures sociales et culturelles qui perpétuent ces violences, plutôt que de les réduire à des incidents isolés.
Une mobilisation symbolique face à l'ampleur du phénomène
L'utilisation de cordelettes pour symboliser les tombes est le résultat d'une contrainte pratique, mais aussi d'une réalité tragique. Célia précise : « Nous n'avons pas pu mobiliser 167 bénévoles » pour porter chaque symbole, ajoutant : « ce ne sont pas les bénévoles qui manquent, mais les féminicides qui sont trop nombreux. » Cette remarque souligne l'ampleur du phénomène, qui dépasse les capacités de mobilisation même d'un collectif engagé.
L'action de NousToutes33 s'inscrit dans une démarche de sensibilisation et de plaidoyer. En choisissant un lieu public et une date symbolique, le collectif cherche à rendre visible une réalité souvent occultée et à provoquer une prise de conscience collective.
Les féminicides, loin d'être des drames intimes, sont présentés comme un enjeu de société nécessitant une réponse politique et sociale urgente. Cette manifestation silencieuse mais éloquente appelle à une remise en question des normes et à une action concertée pour prévenir de nouvelles victimes.



