Un plaidoyer philosophique contre l'éducation punitive
Pierre Vesperini, chercheur au CNRS en histoire et philosophie, publie le 6 mars 2026 aux éditions Les Belles Lettres un ouvrage intitulé "Pour les enfants". Ce texte constitue une réflexion approfondie sur la place souvent négligée des enfants dans notre société contemporaine. L'historien y développe une critique argumentée des méthodes éducatives punitives, en particulier celles défendues par la psychologue Caroline Goldman.
La rencontre médiatique qui a tout déclenché
Tout a commencé lorsque Pierre Vesperini a découvert les propos de Caroline Goldman dans les médias. Cette docteure en psychologie de l'enfant, devenue célèbre pour ses critiques virulentes de l'"éducation positive", a profondément choqué le chercheur par son discours sur les enfants. "Comment peut-on parler aussi mal des enfants ?" s'interroge Vesperini, consterné par des comparaisons animalières où les adultes seraient des girafes et les enfants de simples insectes.
La nuit suivant cette découverte, Vesperini rédige une réponse passionnée qui sera publiée dans la presse. Mais cette réaction immédiate ne lui suffit pas. Convaincu que l'éducation constitue un terrain décisif pour l'avenir de la démocratie et de l'humanité, il entreprend la rédaction d'un livre complet démontrant l'urgence d'une approche bienveillante envers l'enfance.
La méthode Goldman sous la loupe critique
Au cœur de l'ouvrage, Vesperini analyse minutieusement la méthode éducative prônée par Caroline Goldman, basée principalement sur le "time out" punitif. Cette technique, qui consiste à isoler l'enfant en réponse à des comportements jugés inappropriés, est appliquée selon Goldman dès l'âge de 10 à 14 mois.
L'historien relève plusieurs problèmes fondamentaux dans cette approche :
- L'application du time out à des bébés incapables de réguler leurs comportements
- La durée excessive des punitions, pouvant atteindre une demi-heure ou plus
- La qualification de comportements normaux du développement comme des "transgressions"
- L'absence totale d'empathie dans la relation adulte-enfant
Vesperini cite l'exemple révélateur de la fête d'anniversaire où Goldman a isolé sa fille de 6 ans pendant trois minutes pour la punir d'être "pénible". Des experts consultés par l'auteur qualifient cette approche de "cruelle" et dénoncent son caractère adultocentrique.
Les fondements philosophiques du désaccord
La divergence entre Vesperini et Goldman dépasse les simples techniques éducatives pour toucher à des conceptions fondamentalement opposées de la nature humaine. Alors que Goldman s'inscrit dans une tradition psychanalytique voyant l'enfant comme un être de "violence originelle" à domestiquer, Vesperini défend une vision plus optimiste et respectueuse.
L'historien souligne comment la méthode Goldman, en privilégiant l'obéissance immédiate et la conformité, répond parfaitement aux exigences de l'ordre marchand contemporain. "Un 'enfant sage' n'est pas nécessairement un enfant qui va bien", rappelle-t-il, évoquant le phénomène de suradaptation où l'enfant se soumet par crainte plutôt que par compréhension.
Les alternatives bienveillantes
Face aux méthodes punitives, Vesperini plaide pour une éducation "intelligente, démocratique et respectueuse". Il cite les travaux de spécialistes comme Isabelle Filliozat qui expliquent les comportements infantiles par le développement naturel plutôt que par la malice.
L'approche recommandée par Vesperini et les experts qu'il cite privilégie :
- La compréhension des besoins réels de l'enfant
- L'empathie et le dialogue plutôt que la punition systématique
- Le respect du rythme de développement de chaque enfant
- La patience éducative plutôt que la recherche d'efficacité immédiate
L'ouvrage "Pour les enfants" se présente ainsi comme un manifeste pour une éducation qui prépare véritablement à la vie en démocratie, en cultivant chez l'enfant non pas la soumission, mais la capacité à penser, à ressentir et à agir avec autonomie et respect d'autrui.



