L'université Toulouse Jean-Jaurès, pionnière dans la protection des étudiants
C'est une initiative remarquable qui émerge au sein de l'université Toulouse Jean-Jaurès, communément appelée le Mirail. Un an après avoir instauré le congé menstruel sans certificat médical, une première nationale à cette échelle, l'établissement franchit une nouvelle étape historique dans la protection de sa communauté étudiante.
Un projet porté par le syndicat Le Poing Levé
Ce jeudi, lors des conseils centraux de l'université, les élus de l'organisation Le Poing Levé, première force syndicale du campus depuis cinq ans, ont présenté un dossier crucial devant la commission de formation et de vie universitaire. Ce projet, qui sera soumis au vote le 18 juin prochain, vise à créer des hébergements d'urgence au sein même des logements universitaires pour les victimes de violences conjugales ou intrafamiliales.
Le féminicide de Lison, déclencheur émotionnel
Si ce projet a été mûri pendant plus d'un an, il porte en lui une charge émotionnelle particulièrement lourde. Le dispositif est dédié à la mémoire de Lison, une étudiante du Mirail dont le destin a basculé tragiquement en décembre 2024, tuée par son ex-conjoint. « C'est un féminicide qui nous a tous particulièrement touchés et ça nous a ouvert les yeux sur la situation réelle à la fac du Mirail », confie Rozenn Lévêque, élue CFVU pour Le Poing Levé.
Pour ces militants, il ne s'agissait plus seulement de manifester leur indignation, mais de proposer une solution concrète à « la violence de ce féminicide-là », en s'attaquant à la racine du problème : l'impossibilité matérielle de fuir un environnement violent.
Briser le cercle vicieux de la précarité étudiante
L'enjeu fondamental de ces logements d'urgence est avant tout de rompre le cercle vicieux de la précarité qui enferme de nombreuses victimes. « Dans la jeunesse, les violences sexistes, sexuelles et conjugales sont énormément sous-estimées », analyse l'élue étudiante. Selon une étude de Sciences Po, 32 % des étudiantes interrogées déclarent avoir vécu des atteintes à l'intégrité physique ou sexuelle depuis le début de leurs études supérieures.
« On banalise beaucoup ce qu'on a vécu. Mais la deuxième raison du silence, c'est que nous sommes une population extrêmement précaire. Quand on vit avec une personne violente, on n'a pas forcément la possibilité de partir, on peut se retrouver à la rue sans aucune solution de repli », estime Rozenn Lévêque.
Un dispositif concret en discussion avec le Crous
Pour aider toutes ces victimes, Le Poing Levé est déjà engagé dans des discussions avancées avec le Crous de Toulouse. L'objectif ambitieux est d'obtenir au moins trois logements spécifiques pour permettre une mise à l'abri rapide avec des conditions de sécurité optimales pour les personnes en danger. Le syndicat demande également à la faculté de créer :
- Une signalétique claire et visible sur le campus
- Une communication adaptée et régulière
- Un canal dédié pour garantir une visibilité totale du dispositif
Un accompagnement professionnel par des partenaires spécialisés
Conscients de leurs limites, les étudiants porteurs du projet ne comptent pas s'improviser travailleurs sociaux. « Nous, les étudiants, on n'interférera pas dans le dispositif technique », précise Rozenn Lévêque. Pour l'aspect humain et juridique essentiel, le projet s'appuie sur un réseau solide de quatre partenaires locaux :
- France Victime 31
- La Maison des femmes 31
- Le Petit Salon
- L'association Olympe de Gouges
Ces structures spécialisées seront chargées de l'accompagnement sociopsychologique des victimes une fois mises en sécurité. Ces premiers appartements d'urgence pourraient entrer en vigueur dès la rentrée universitaire de septembre 2026, suite au vote déterminant de juin prochain.
L'UT2J, laboratoire social des universités françaises
Cette initiative constitue une nouvelle pierre à l'édifice de l'université Toulouse Jean-Jaurès, qui continue de se positionner comme le laboratoire social des universités françaises, innovant constamment dans la protection et le bien-être de sa communauté étudiante.
Rappel important : Si vous êtes victime de violences conjugales, vous pouvez joindre la ligne d'écoute nationale au 3919, disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.



