L'université française confrontée à une dérive militante préoccupante
Depuis plusieurs années, un phénomène inquiétant s'installe progressivement dans le paysage universitaire français : la tentation de transformer les établissements d'enseignement supérieur en prolongements des combats militants qui agitent la société. Ce qui était initialement marginal s'étend désormais à des disciplines entières, touche des associations étudiantes et influence parfois même certaines instances administratives universitaires.
La mission fondamentale de l'université mise en péril
Cette évolution compromet gravement la liberté académique et remet en cause les fondements mêmes de l'institution universitaire : la neutralité, la rigueur scientifique et le débat désintéressé. L'université ne constitue pas une tribune militante. Sa vocation n'est pas de prescrire des opinions, mais de construire des savoirs, de mener des recherches et d'exercer l'esprit critique pour élargir notre compréhension du monde.
L'article L.141-6 du code de l'éducation rappelle avec une clarté sans équivoque : « Le service public de l'enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique. » Ce principe constitutif de l'université républicaine ne souffre aucune exception ni compromission.
La liberté académique en danger
Confondre la salle de cours avec la tribune d'un meeting politique, transformer un enseignement en plaidoyer partisan ou sélectionner les intervenants selon leur conformité idéologique ne défend pas la liberté : c'est au contraire l'amoindrir considérablement. Lorsque la pression militante s'installe dans les amphithéâtres, c'est la liberté académique elle-même – celle des enseignants comme des étudiants – qui commence à s'effriter.
L'université doit impérativement demeurer un espace de connaissance et de débat éclairé, protégé de toute emprise extérieure. Elle doit permettre la confrontation raisonnée des idées, non leur alignement sur une orthodoxie quelle qu'elle soit. Ce n'est qu'à cette condition qu'elle peut remplir sa mission civique fondamentale : former des citoyens libres, capables d'esprit critique et de discernement.
Un appel solennel à la clarification
Il appartient aujourd'hui à l'État, en tant que garant du service public de l'enseignement supérieur, de réaffirmer avec force ce principe de neutralité indispensable. L'autonomie des établissements universitaires ne saurait signifier leur dérégulation. Elle suppose au contraire une exigence accrue de responsabilité et de vigilance de la part de toutes les parties prenantes.
Un collectif d'universitaires et de chercheurs lance un appel à une clarification ferme : l'université n'a pas à se plier aux mots d'ordre des idéologies du moment. Elle doit demeurer fidèle à ce qu'elle est depuis son origine – un lieu d'étude, de transmission et de raison, au service de la République et de la liberté intellectuelle.
Les signataires de l'appel
Parmi les universitaires signataires de cet appel figurent :
- Samuel Mayol, maître de conférences HDR à l'université Sorbonne Paris Nord
- Pascal Perrineau, professeur des universités à Sciences Po Paris
- Céline Masson, professeure des universités et psychanalyste
- Pierre-Henri Tavoillot, professeur des universités à Sorbonne-Université
- André Quaderi, professeur des universités à l'université de Nice Côte d'Azur
- Albert Doja, professeur d'anthropologie à l'université de Lille
- Renée Fregosi, directrice de recherche en science politique
- Emmanuelle Hénin, professeure de littérature comparée à Sorbonne Université
- Charles Coutel, professeur émérite
- Dominique Triaire, professeur émérite de littérature française
Cette liste comprend également de nombreux autres enseignants-chercheurs, directeurs de recherche et professeurs émérites représentant diverses disciplines et établissements à travers la France, témoignant de l'ampleur et de la gravité des préoccupations exprimées.



