L'administration Trump exige les données d'admissions de Harvard
L'administration de Donald Trump a officiellement demandé, vendredi 13 février, à la justice fédérale de contraindre l'université Harvard à lui fournir les données complètes des admissions de ses étudiants. Cette démarche vise à vérifier si l'institution continue à pratiquer des discriminations illégales sur des bases raciales, selon les termes du recours déposé devant la cour fédérale de Boston, dans le Massachusetts.
Une demande basée sur l'arrêt de la Cour suprême
Le gouvernement américain invoque explicitement l'arrêt historique de la Cour suprême, à majorité conservatrice, rendu en juin 2023. Cet arrêt a mis fin à la discrimination positive dans les admissions universitaires, jugée inconstitutionnelle car elle prenait en compte la couleur de la peau ou l'origine ethnique des candidats. "Harvard a manqué à son obligation de divulguer les données dont nous avons besoin pour nous assurer que les admissions sont exemptes de toute discrimination", a déclaré la ministre de la justice, Pam Bondi, dans un communiqué.
Elle a ajouté : "Nous continuerons à nous battre pour faire passer le mérite avant le DEI dans toute l'Amérique", faisant référence aux politiques de Diversité, Équité et Inclusion très critiquées par les conservateurs. Le gouvernement précise toutefois qu'il n'accuse pas Harvard de comportement discriminatoire à ce stade, et ne réclame pas de dommages et intérêts ni la révocation de subventions fédérales.
Harvard en première ligne de la résistance
La plus ancienne université des États-Unis s'est attiré les foudres du président Trump en prenant la tête de la résistance à sa volonté de contrôler les recrutements, le contenu des programmes et les orientations de la recherche. Donald Trump utilise le retrait de subventions fédérales comme moyen de pression sur les grandes universités, qu'il accuse de promouvoir une idéologie dite "woke", très sensible aux discriminations.
Lundi 3 février, le président avait annoncé qu'il réclamait désormais un milliard de dollars de dommages et intérêts à Harvard, après des informations du New York Times suggérant que son gouvernement aurait renoncé à faire payer des indemnités. Il accuse l'université d'antisémitisme et de biais, dans un contexte de chasse aux programmes DEI.
Un enjeu national pour l'éducation
Cette affaire s'inscrit dans un conflit plus large entre l'administration Trump et le monde universitaire américain. Les politiques DEI, visant à corriger les inégalités issues du passé ségrégationniste, sont taxées de "racisme inversé" par les milieux conservateurs. L'arrêt de 2023 a fait tomber un des grands acquis de la lutte pour les droits civiques des années 1960, relançant le débat sur l'équité dans l'éducation.
La manifestation de soutien à Harvard devant la cour fédérale de Boston en juillet 2025 illustre l'importance de ce dossier, qui dépasse le cadre judiciaire pour toucher à l'idéologie et à la gouvernance des institutions éducatives aux États-Unis.



