Stages d'observation : des drames familiaux relancent le débat sur la sécurité des élèves
Stages d'observation : drames et débat sur la sécurité des élèves

Stages d'observation : des tragédies qui secouent le système éducatif

Alors que la période des stages d'observation bat son plein pour les élèves, cette étape scolaire réveille des douleurs insupportables pour certaines familles. Arnaud Darthenay a perdu son fils Axel, âgé de 16 ans, le 17 juin 2025. En stage de seconde dans un magasin d'ameublement à Saint-Lô, dans la Manche, l'adolescent est décédé après une chute de palettes lors du déchargement d'un camion. Le parquet de Coutances a ouvert une enquête pour homicide involontaire.

Une mobilisation parentale contre les stages obligatoires

Depuis ce drame, Arnaud Darthenay se bat pour mettre fin aux stages obligatoires en seconde générale, instaurés en 2024. Il estime que ces dispositifs « n'ont aucune vertu pédagogique ». En octobre 2025, ce chef d'entreprise a lancé une pétition qui a déjà recueilli plus de 4 600 signatures. « On ne veut pas que d'autres familles vivent ce qu'on est en train de subir », confie-t-il. « Les entreprises ne sont pas des garderies et il y a des risques. »

Un autre drame similaire en Loire-Atlantique

Virginie*, 52 ans, a signé cette pétition sans hésiter. En 2022, elle a perdu son fils, également prénommé Axel, lors d'un stage d'observation de troisième en maçonnerie. L'adolescent a été emmené sur un chantier de démolition d'un garage incendié six mois plus tôt. « Quand ils ont commencé à vouloir détruire le mur, notre fils était à ras du mur et il s'est effondré sur lui », raconte-t-elle, émue. « Notre fils n'aurait pas dû se trouver là à ce moment ni même être sur ce chantier. »

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Le procès, tenu en octobre 2025, a reconnu le gérant de l'entreprise et la société responsables d'homicide involontaire. Le dirigeant a écopé d'un an de prison avec sursis, et la PME a été condamnée à une amende de 15 000 euros. Virginie déplore la lenteur de la justice : « Le procès s'est tenu trois ans et quatre mois après, c'est très, très long. C'est horrible. »

Des manquements graves à la sécurité mis en lumière

Lors de ce procès, il a été établi que de nombreux manquements à la sécurité étaient en cause. Axel n'avait ni casque ni gants ce jour-là ; seul son père lui avait fourni des chaussures de sécurité. L'équipe avait l'habitude de ne pas porter de casque, et il n'y avait aucun document rappelant les règles de sécurité ni de signalétique pour interdire l'accès au chantier.

Arnaud Darthenay insiste sur l'absence de formation des jeunes à la sécurité au travail. Il critique l'Éducation nationale pour son manque de préparation en amont des stages. « Si le stage a lieu, il faut qu'il y ait une préparation en corrélation avec le professionnel qui accueille l'enfant », explique-t-il. « Il faut voir les conditions dans lesquelles il est reçu, ce qu'il peut faire et ne pas faire, et examiner le lieu de travail. »

Un manque de données précises sur les accidents

Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, quatre mineurs sont décédés entre le 30 avril et le 4 juillet 2025 sur leur lieu de travail, qu'ils soient en stage, en alternance ou en apprentissage. Le collectif des familles stop à la mort au travail compte parmi ses membres quatre familles dont l'enfant est mort en stage.

Contacté, le ministère de l'Éducation nationale confirme qu'il n'existe pas de recensement centralisé de ces événements, qualifiés de « très rares ». Cependant, un signalement est effectué par l'inspection du travail auprès de la Direction générale du travail, comme pour tous les accidents du travail graves et mortels.

Des initiatives pour sensibiliser à la sécurité au travail

Le ministère de l'Éducation nationale, en collaboration avec le ministère du Travail, annonce que des ressources seront disponibles cette année scolaire pour sensibiliser les élèves de troisième et de seconde générale et technologique à la sécurité au travail. Ces supports s'inspirent de ceux déjà existants pour les lycéens professionnels.

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Une circulaire du 21 novembre 2025 précise que l'organisme d'accueil doit évaluer les risques professionnels pour l'élève, mettre en œuvre des actions de prévention, et qu'un rappel des points de vigilance doit être organisé dans les établissements scolaires avant les stages.

En juin, la CGT Educ'action avait dénoncé, avec « l'explosion des stages », des situations où les jeunes sont « de plus en plus exposés aux dangers sans y être préparés ». Le syndicat avait demandé à « revoir les obligations liées à ces périodes de stage, de les repenser pour mieux les encadrer et assurer la sécurité des jeunes en entreprise ».

L'Éducation nationale défend le dispositif

Dans une réponse apportée le 18 décembre au sénateur centriste de l'Eure, Hervé Maurey, le ministère a défendu ces « séquences d'observation en milieu professionnel », les présentant comme « un levier puissant » pour élargir la connaissance des métiers. L'institution considère les stages de seconde générale et technologique comme « un succès », avec 91 % des élèves satisfaits en 2025 contre 83 % en 2024.

Pour Arnaud Darthenay, cette réponse est insupportable. « Comment parler de réussite avec la mort d'un enfant et peut-être d'autres faits ? », s'indigne-t-il, vivant avec un sentiment de vide depuis la perte de son fils. Sa famille attend maintenant le procès pour tenter de trouver des réponses à la mort d'Axel.

* Le prénom a été modifié.