La révélation d'un triptyque politique dans un amphithéâtre parisien
Il y a environ trente ans, alors que j'enseignais l'histoire des idées politiques aux étudiants de Sciences Po à Paris, une main s'est levée dans l'amphithéâtre pour m'interpeller directement : « Mais vous, Monsieur, quelles sont vos idées politiques ? » Cette question ne m'a pas pris au dépourvu, car j'avais précédemment enseigné à l'université de Vincennes, institution construite après les événements de mai 1968, où il était impossible d'esquiver l'interrogation fondamentale : « D'où parlez-vous ? »
Sans hésitation, j'ai donc répondu que j'étais un socialiste - conservateur - libéral, déclenchant immédiatement les rires de l'auditoire. J'ai rapidement précisé que cette formule n'était pas de mon invention, mais que je l'empruntais au célèbre marxologue Leszek Kolakowski (1927-2009), ancien professeur de philosophie à l'Université de Varsovie expulsé de sa chaire et qui avait ensuite enseigné à Oxford.
Le pilier socialiste : la lutte contre les inégalités
Je me définis comme socialiste dans la mesure où je considère que l'un des objectifs majeurs de l'action politique doit être la réduction des inégalités entre les êtres humains. Une législation appropriée et des institutions solides doivent contribuer à cet objectif, tout en respectant scrupuleusement les règles de la démocratie représentative.
Cette position socialiste rejette le pessimisme anthropologique qui fait de l'inégalité entre les hommes un postulat inévitable. Déjà au XVIIe siècle, Pascal nous mettait en garde : « Il est nécessaire qu'il y ait de l'inégalité parmi les hommes, cela est vrai ; mais, cela étant accordé, voilà la porte ouverte, non seulement à la plus haute domination, mais à la plus haute tyrannie. »
Le pilier conservateur : la préservation de l'héritage collectif
Je suis conservateur parce que je refuse catégoriquement l'idée de refaire la société de fond en comble, comme si l'on pouvait programmer l'avenir sur une feuille blanche. Nous sommes tous les héritiers d'un passé collectif, d'une histoire commune, d'un patrimoine qui crée la variété et la singularité des peuples.
Les paysages, le patrimoine artistique et littéraire, l'héritage des bâtisseurs de cathédrales... Quelle émotion profonde ai-je ressentie, moi qui suis pourtant mécréant, lorsque Notre-Dame de Paris a été menacée de disparaître sous les flammes ! Parmi tous les trésors qu'il faut défendre contre les destructions de toute nature, notre langue occupe une place prépondérante, chaque jour déformée, appauvrie, menacée. Que deviendrons-nous lorsque nos descendants ne sauront plus lire Voltaire, Balzac ou Camus ?
Le pilier libéral : la défense des libertés fondamentales
Enfin, je me considère comme libéral, même s'il est essentiel de distinguer clairement le libéralisme politique du libéralisme économique. En matière économique, les principes fondamentaux sont la liberté d'entreprendre et l'économie de marché. Un libéralisme absolu dans ce domaine rejette toute participation et tout contrôle de l'État, faisant du profit son unique moteur, au mépris de toute démocratie sociale.
À l'inverse, le refus complet du libéralisme conduit à une économie administrée, étatisée, interdisant l'entreprise individuelle au sein d'une société fermée et soumise. Dans le premier cas, nous avons affaire au capitalisme sauvage, sans foi ni règles ; dans le second cas, à l'État totalitaire dont l'Union soviétique a constitué le modèle funeste.
La social-démocratie a historiquement proposé un compromis entre l'économie de marché et l'intervention nécessaire de l'État social ainsi que des syndicats. Ce modèle, sous la forme de l'État-providence, se trouve aujourd'hui sérieusement mis en péril par la montée du néolibéralisme.
Sur le plan politique, être libéral signifie défendre avec conviction la liberté individuelle et la liberté politique : le droit de croire ou de ne pas croire, la liberté de penser et d'écrire, la liberté syndicale et le droit de grève. Bref, tous les grands acquis des républicains depuis le début des années 1880, complétés par les lois sociétales successives dont le catalogue témoigne d'une évolution soutenue qui a transformé la France d'une société autoritaire, patriarcale et ultra-hiérarchisée en une société véritablement émancipée.



