Les réseaux d'anciens élèves, un atout décisif pour les carrières professionnelles
Il est 19 heures dans les locaux prestigieux d'Essec Alumni, situés sur l'avenue de Friedland dans le 8e arrondissement de Paris. Alors que l'Arc de Triomphe voisin commence à scintiller de ses lumières nocturnes, des jeunes professionnels élégamment vêtus affluent vers le hall de l'immeuble. L'accès à la réunion qui va débuter nécessite une vérification d'identité, témoignant de l'exclusivité de l'événement.
Un rassemblement professionnel aux allures de speed dating
La salle réunit un public diversifié : étudiants en fin de cursus, jeunes diplômés, professionnels établis dans leur entreprise, et même des personnes en reconversion professionnelle. Après une journée de travail bien remplie, tous sont venus chercher des conseils pratiques et explorer de nouvelles opportunités de carrière.
Face à eux, une dizaine d'intervenants – tous anciens élèves de l'Essec – se tiennent prêts à partager leur expérience avec les moins aguerris. Les participants se répartissent en quatre groupes thématiques où les novices écoutent attentivement les recommandations des plus expérimentés. Les conseils fusent rapidement : « Ne faites pas de stage dans une entreprise qui ne recrute pas » ou encore « Voici comment piloter votre carrière pour atteindre ce job cible ». Chaque échange ne dure qu'une vingtaine de minutes avant que les participants ne changent de table, créant une dynamique semblable à du speed dating professionnel.
Malgré la gravité des sujets abordés, l'ambiance reste détendue et conviviale. Tous les participants se sentent « comme en famille », partageant cette appartenance commune à la même école.
La valeur ajoutée des réseaux d'anciens
Hortense de Paysac, diplômée en 2021 et actuellement en reconversion vers le private equity, témoigne : « Je suis venue me faire des contacts dans mon nouveau secteur, connaître de nouveaux fonds d'investissement et les évolutions de carrière possibles. D'habitude, je contacte des professionnels via LinkedIn, mais c'est toujours bien plus facile d'échanger directement avec des anciens. »
Julie Katz, diplômée de Kedge en 2017 et directrice des plateformes chez Liora, confirme l'importance cruciale de ces réseaux : « Je suis un pur produit Kedge. Cela m'a vraiment aidée quand j'étais à l'école en recherche de mon premier emploi : les alumni recommandent à leurs entreprises de venir recruter ici. » Aujourd'hui, même si elle recrute des profils variés, elle porte une attention particulière aux diplômés de Kedge : « On fait partie d'une communauté, on a envie de la faire vivre. Sur LinkedIn, on regarde différemment les profils d'une école qu'on connaît. »
Selon elle, le réseau d'alumni doit être un critère important lors du choix d'une école : « Plus le réseau est grand, plus il y a de profils différents avec qui entrer potentiellement en contact. Cela peut aussi aider lorsqu'on s'expatrie : quand je suis arrivée à Londres, j'ai rencontré mes amis grâce au réseau des alumni. »
Un sésame unique pour la vie professionnelle
Les rencontres en présentiel apportent un véritable coup de pouce, particulièrement en période de recherche d'emploi. Hortense de Paysac explique : « Ces rendez-vous sont aussi l'occasion de se tenir au courant des évolutions du secteur. Plus les années passent, plus la valeur du réseau devient visible et prend de l'importance. Dans ces métiers de la finance ou du conseil, que l'on soit manageur ou entrepreneur, c'est essentiel. »
Ces réseaux permettent non seulement de développer des opportunités business, mais aussi de créer des liens sociaux durables. Certains alumni partagent même des conseils personnels, comme ces 500 anciens installés à Dubai qui échangent des bons plans, allant jusqu'à se recommander des baby-sitters.
Lory Jacquet-Cretides, coprésidente du club « Finance, banque et assurance » de l'Essec, souligne : « Les alumni m'avaient aidée à trouver mon premier CDI chez Deloitte. Aujourd'hui encore, pouvoir s'appuyer sur son réseau est une opportunité formidable. Faire partie de la communauté de l'Essec permet de différencier son profil, de se renseigner sur l'entreprise avant un entretien, de diversifier son réseau. C'est un sésame unique. On a partagé la même école, cela rapproche, même avec quelques décennies d'écart. »
Un engagement à vie et une reconnaissance mutuelle
Les alumni s'investissent souvent des années après l'obtention de leur diplôme, principalement pour « rendre ce qu'ils ont reçu ». Cette reconnaissance pour services rendus constitue la première motivation invoquée par tous, quel que soit leur profil ou leur ancienneté.
Paul Berthier, diplômé de Neoma en 2021 et aujourd'hui consultant senior chez Bearing Point en Guyane, reste très actif dans le réseau de son ancienne école : « Je veux aider l'école dès que cela est possible. En tant qu'étudiant, j'ai largement bénéficié des opportunités offertes. Le réseau m'a énormément aidé, et je souhaite à présent transmettre à mon tour ce que j'ai reçu. » Il reconnaît donner une attention particulière aux CV provenant d'anciens élèves.
Laurent Kleitman, diplômé de Neoma en 1988 et aujourd'hui Directeur général du Groupe Mandarin Oriental à Hongkong, témoigne d'un engagement durable : « Neoma a profondément influencé ma vie tout entière, pas seulement ma carrière. L'école m'a donné les clés du leadership. » Depuis qu'il occupe des postes à responsabilité, il essaie d'avoir une « écoute particulière » pour les diplômés de l'école : « C'est la force d'un réseau, de quelque chose qui nous unit. C'est comme une famille qu'on ne verrait pas trop souvent. »
Un investissement rentable pour les écoles
Parrain de la promotion 2026, Laurent Kleitman échange régulièrement avec les étudiants : « C'est intéressant pour eux de se projeter avec des profils précis, et cela m'aide aussi à sentir les préoccupations des étudiants d'aujourd'hui. » Malgré ses responsabilités importantes, il consacre du temps à son école en participant aux jurys, en recrutant des diplômés et en siégeant au board de la Fondation Neoma.
« Je trouve normal de contribuer financièrement à la Fondation. Ce sont des études chères, et j'ai dû emprunter à l'époque. Tout ce que l'école m'a donné, je me dois de le donner à d'autres. »
Dans toutes les écoles, les alumni participent activement aux levées de fonds, pouvant orienter leurs dons vers des projets spécifiques : rénovation des campus, bourses sociales ou d'excellence académique, recherche. Ces contributions financières s'ajoutent aux démarches individuelles, s'inspirant du modèle américain. L'an dernier, HEC a ainsi pu lever 213 millions d'euros grâce à ce système.
Les écoles déploient donc des moyens considérables pour entretenir ces précieux réseaux d'anciens, qui représentent bien plus qu'un simple outil de networking : une véritable famille professionnelle engagée dans la transmission et la solidarité intergénérationnelle.



