Le Royaume-Uni fait son retour dans le programme Erasmus
Le Royaume-Uni et l'Union européenne ont officialisé, mercredi 15 avril, la signature d'un texte actant la réintégration du pays dans le programme d'échanges universitaires Erasmus. À compter de 2027, près de 100 000 jeunes Européens pourront de nouveau franchir les portes des établissements britanniques dans le cadre de ce dispositif emblématique.
Un rêve brisé pour de nombreux étudiants
Cette annonce intervient six ans après la mise en œuvre du Brexit, impulsé par l'ancien Premier ministre Boris Johnson. Durant cette période, des milliers d'étudiants européens ont dû renoncer à poursuivre leurs études au Royaume-Uni. Léa*, aujourd'hui âgée de 23 ans, fait partie de ces déçus. « Le Royaume-Uni m'a toujours attirée. Je m'étais dit que je pourrais y faire une partie de mes études. Mais avec le Brexit, c'est devenu impossible. Quand c'est arrivé, j'étais au lycée, et cela a complètement coupé court à mes projets », confie-t-elle.
Entre 2014 et 2020, le Royaume-Uni a accueilli 83 200 étudiants français, se positionnant comme la quatrième destination la plus prisée par les élèves en Erasmus des universités françaises. « Ça a toujours été l'un des lieux les plus demandés », confirme Adam Girsault, coach en orientation et fondateur de Your Dream School.
Des frais de scolarité décuplés
Le coût exorbitant des études au Royaume-Uni constitue l'un des principaux obstacles. Adam Girsault témoigne : « Moi-même, j'avais fait mon bachelor à Londres juste après le bac. À mon époque, les frais de scolarité étaient d'environ 3 000 livres par an. Aujourd'hui, pour le même cursus, ils atteignent 30 000 livres, soit dix fois plus ». Cette explosion des coûts a directement influencé la décision de Boris Johnson de ne pas maintenir l'adhésion au programme Erasmus, préférant privilégier une stratégie tournée vers le Commonwealth et la zone Indo-Pacifique.
Les universités britanniques fragilisées
Le modèle universitaire britannique, reposant largement sur l'emprunt étudiant, a été profondément ébranlé par la sortie de l'UE. « Les universités anglaises ont beaucoup souffert de la baisse du nombre d'étudiants européens », souligne Adam Girsault. Si les établissements les plus prestigieux continuent à recruter grâce à leur réputation, de nombreuses universités de second ou troisième rang ont été sévèrement pénalisées, certaines luttant même pour leur survie.
Cette pression a modifié la sélectivité des établissements :
- Des universités autrefois très difficiles d'accès, comme Bath, Warwick ou St Andrews, le sont désormais moins
- Même King's College à Londres rencontre parfois des difficultés de recrutement
- Le système « Clearing », qui attribuait les places restantes en juillet, est désormais utilisé par des établissements réputés qui n'y participaient jamais auparavant
Un programme de remplacement peu efficace
Le Royaume-Uni avait tenté de compenser la sortie d'Erasmus avec le programme Turing, plus ouvert à l'international. « Il a permis de conclure des accords avec des pays de la zone Indo-Pacifique mais n'a pas réellement porté ses fruits », analyse Aurélien Antoine, professeur des universités et directeur de l'Observatoire du Brexit. « On constate aujourd'hui que ce n'est pas aussi simple que l'imaginaient Boris Johnson et ses équipes au moment du Brexit ».
Une phase de normalisation
La réintégration du Royaume-Uni dans Erasmus s'inscrit dans une « phase de normalisation » amorcée sous le gouvernement de Rishi Sunak. Le pays devrait investir environ 650 millions d'euros par an dans le dispositif, bénéficiant d'une réduction de 30% selon les experts. « La réintégration du Royaume-Uni dans le programme Erasmus + est une excellente nouvelle pour tous, mais cela ne signifie pas pour autant une réadhésion à l'Union européenne dans un futur proche », nuance cependant Aurélien Antoine.
Des défis persistants
Malgré ce retour dans Erasmus, le Royaume-Uni pourrait peiner à retrouver son attractivité d'antan :
- La hausse du coût de la vie au Royaume-Uni a favorisé l'essor d'autres destinations
- Les pays nordiques et d'Europe de l'Est ont largement profité du retrait britannique
- Certains programmes vers les pays du Golfe (Dubaï, Qatar, Abou Dhabi) ont gagné en popularité
« Dans le contexte international actuel, qui devrait durer, il faudra probablement privilégier des lieux plus sûrs. Et toutes les destinations européennes devraient en bénéficier », estime Aurélien Antoine. Reste à savoir si le Royaume-Uni réussira à récupérer sa part du gâteau et redevenir l'une des destinations favorites des étudiants français.
* À la demande de l'intéressée, le prénom a été modifié.



