Repas étudiant à 1 euro : le gouvernement débloque 50 millions face aux inquiétudes
Repas étudiant à 1 euro : 50 millions face aux inquiétudes

Repas à 1 euro pour tous les étudiants : le gouvernement tente de rassurer

Pendant dix jours, le cabinet de Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a multiplié les échanges avec Matignon et Bercy pour résoudre l'épineuse question du financement du repas à 1 euro pour les étudiants. "Initialement, cette mesure n'était pas la priorité du gouvernement. Maintenant qu'elle est actée, nous mettons tout en œuvre pour qu'elle s'applique le mieux possible sur le terrain", confie le ministre ce 13 février dans son bureau de la rue Descartes.

Une concession forte aux socialistes

Juste avant l'adoption du projet de loi de finances, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait fait cette concession majeure aux socialistes en annonçant la généralisation du repas à 1 euro à compter de mai prochain. Jusqu'ici, ce tarif imbattable était réservé aux boursiers et aux jeunes les plus précaires, tandis que les autres devaient débourser 3,30 euros.

Les Crous, chargés de la gestion des restaurants universitaires, avaient immédiatement exprimé leur vive inquiétude. Sans moyens financiers supplémentaires significatifs, alertaient-ils, il leur serait difficile d'absorber l'afflux attendu de nouveaux usagers.

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50 millions d'euros pour 2026

Le 12 février, lors d'un déplacement sur le campus de l'Université Sorbonne-Paris-Nord à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Philippe Baptiste a cherché à rassurer les équipes en annonçant un engagement de l'État à hauteur de 50 millions d'euros pour l'année 2026. Cette enveloppe doit servir à compenser la baisse du prix du ticket et à financer le recrutement de personnels supplémentaires.

Du côté des organisations syndicales des Crous, l'accueil reste cependant tiède. "Nous reconnaissons qu'un effort financier est consenti, mais il reste insuffisant. De nombreuses incertitudes demeurent, notamment sur le nombre de postes qui pourront être créés", réagit Raymond Rivière, responsable CFDT du Crous Amiens Picardie.

Des infrastructures déjà sous tension

Un audit réalisé en juin 2024 auprès des agents du réseau faisait déjà état d'un "stress permanent", d'une "fatigue physique" et d'une "usure mentale". "À cela s'ajoutent des infrastructures inadaptées à une nouvelle montée en charge, des cuisines et des espaces de stockage sous-dimensionnés, et un nombre de places assises trop limité", énumère le syndicaliste.

Philippe Baptiste reconnaît qu'un véritable "travail de dentelle" sera nécessaire, les situations variant considérablement d'un établissement à l'autre. "Nous allons étudier les besoins, restaurant par restaurant, mais aussi réfléchir à différents ajustements comme l'augmentation du nombre de repas servis le soir ou le recours plus systématique au click and collect", explique le ministre.

Les étudiants partagés

Sur le terrain, les réactions étudiantes sont mitigées. "Je trouve que c'est une bonne initiative de permettre à chacun d'entre nous de déjeuner pour 1 euro, même si ça risque d'allonger encore un peu plus les délais d'attente", reconnaît Théo, étudiant parisien.

Rose, inscrite en master de mathématiques, se montre beaucoup plus sceptique : "À partir de 12h45, la file est si longue que je suis obligée de doubler tout le monde si je veux rentrer. Peut-être qu'à partir de mai, il me sera même impossible d'y accéder. Or, contrairement à d'autres, je n'ai pas les moyens de me nourrir à l'extérieur".

Le risque de découragement des publics fragiles

Lamri Adoui, président de l'Université Caen-Normandie et de France Universités, exprime sa principale crainte : "que l'afflux annoncé finisse par décourager certains publics, notamment ceux qui en ont le plus besoin". L'allongement de la durée des pauses méridiennes fait partie des pistes à l'étude, au risque d'un micmac géant dans les emplois du temps des étudiants.

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Laurent Gatineau, président de CY Cergy Paris Université, prévient : "On est déjà sur un créneau 11h30-14 heures, il sera compliqué d'aller au-delà !". Son établissement a dû faire face à une très forte hausse de la fréquentation de ses restaurants universitaires ces dernières années. "On a augmenté le nombre de repas servis de 60 % depuis la période post-Covid. Sur plusieurs de nos 14 sites, on arrive aujourd'hui à saturation. Et on ne pourra pas pousser les murs".

Les organisations étudiantes globalement satisfaites mais vigilantes

Les organisations étudiantes se disaient globalement satisfaites juste après l'annonce du Premier ministre. "C'est une grande avancée qu'on attendait depuis des années", se félicitait Suzanne Nijdam, présidente de la Fage. Elle juge néanmoins les récents arbitrages budgétaires insuffisants : "L'enveloppe de 50 millions ne permettra pas de créer assez de postes dans les Crous".

Un débat politique relancé

Pour Boris Vallaud, chef de file des socialistes à l'Assemblée nationale, la mesure relancée par Sébastien Lecornu "répond à une nécessité impérieuse". "Il suffit de se rendre dans des centres de distribution alimentaire pour voir que les jeunes présents ne sont pas tous boursiers. Loin de là", insiste-t-il.

À l'inverse, Erwan Balanant, député centriste du Finistère, dénonce "une fausse bonne idée". "Le principe qui consiste à faire payer davantage ceux qui en ont les moyens, et moins - voire pas du tout - ceux qui n'en ont pas, me paraît bien plus juste", défend-il.

Le débat de fond sur l'universalité des aides

La polémique relance ce débat fondamental : faut-il continuer à prendre en compte le foyer fiscal de rattachement des jeunes pour moduler les aides, ou privilégier des dispositifs universels en accordant les mêmes avantages à tous ?

Certains syndicats comme l'Unef plaident historiquement pour cette deuxième voie à travers la demande d'une allocation d'autonomie. "Les chiffres montrent que plus de la moitié des étudiants doivent sauter des repas régulièrement. Ce qui prouve que, même ceux qui pourraient venir de milieux reconnus comme favorisés ne sont pas forcément aidés par leur famille", avance Manon Moret, secrétaire générale.

Philippe Baptiste, quant à lui, rappelle que "dans le droit français, tout parent est tenu d'assister son enfant, y compris dans la poursuite de ses études", tout en reconnaissant la nécessité d'une "remise à plat" du système d'aides actuel qu'il juge "peu efficace".

Quelques chiffres clés

  • 43,5 millions : Nombre de repas servis par les Crous en 2024
  • 54,3 % : Part des repas facturés 1 euro
  • Source : rapport d'activité des œuvres universitaires et scolaires 2024