Le rêve brisé d'une diplômée d'école de mode
Si c'était à refaire, Shaïna* ne se laisserait pas séduire par les publicités d'écoles de mode sur Instagram. Diplômée il y a trois ans du Bachelor Fashion Business de Lisaa, cette jeune femme de 26 ans rêvait de travailler dans le marketing du luxe, un univers qui l'a toujours attirée. Mais son diplôme, non reconnu comme équivalent à une licence, l'empêche de prétendre aux postes qu'elle visait et de poursuivre en master sans repartir de zéro.
Un paysage éducatif fragmenté et complexe
La situation de Shaïna illustre les pièges du système éducatif français dans les domaines de l'art, de la mode et du design. Selon un rapport de 2020 de la Cour des comptes, la France compte près de 300 écoles dans ces secteurs. Parmi elles, 45 institutions publiques placées sous la tutelle du ministère de la Culture et 80 lycées et écoles supérieures d'arts appliqués rattachés à l'Enseignement supérieur.
Ces établissements publics délivrent des diplômes nationaux (BTS, licence, diplôme national des métiers d'art et du design) reconnus par l'État et permettant de poursuivre en master grâce au système des crédits ECTS. Mais s'y ajoutent 166 écoles privées, dont certaines sont consulaires, associatives ou d'intérêt général (EESPIG), tandis que d'autres sont à but lucratif avec une qualité de formation variable.
Comment s'orienter dans ce labyrinthe éducatif ?
Pour les métiers techniques comme le modélisme, la création de prototypes ou la conception 3D, les écoles d'arts appliqués publiques accessibles via Parcoursup constituent une bonne option. Elles délivrent des diplômes reconnus par l'État. Les formations professionnalisantes de type bac+3 en alternance sont également envisageables, à condition qu'elles disposent du label Qualiopi et d'une certification inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).
Pour les métiers du marketing, de la communication ou du conseil, les diplômes traditionnels de type bac+5 reconnus par le ministère de l'Enseignement supérieur sont recommandés. « Sur le marché du travail, ils seront en concurrence avec des anciens d'écoles de commerce ou de masters universitaires », précise Mathias Ohrel, fondateur du cabinet m-O conseil spécialisé dans les industries créatives.
Les écoles prestigieuses et leur sélection impitoyable
Pour ceux qui aspirent à devenir directeurs artistiques, des formations plus artistiques, longues et sélectives sont nécessaires. Des établissements mondialement reconnus comme Central Saint Martins au Royaume-Uni, l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers ou la Parsons School à New York font partie des plus demandés. En France, l'IFM, l'École Duperré, les Arts décoratifs ou l'Ensci - Les Ateliers poursuivent cette vocation.
Mais la sélection y est extrêmement rude, avec seulement 3 à 10% des candidats admis. « Tout le monde n'est pas Demna Gvasalia. Il faut être prêt à revoir ses ambitions à la baisse, voire à compléter son parcours avec une formation plus professionnalisante pour trouver du travail », prévient Mathias Ohrel.
La classe préparatoire : une solution pour les indécis
Pour éviter les erreurs d'orientation, la classe préparatoire constitue une option judicieuse. Environ deux tiers des étudiants en première année d'école supérieure d'art publique en sont issus. Ce cursus d'un an permet d'acquérir les bases théoriques, techniques et méthodologiques communes à l'ensemble du secteur et de se préparer aux concours les plus sélectifs.
Comment identifier les bonnes écoles ?
Plusieurs stratégies permettent d'éviter les pièges :
- Contacter les experts et anciens élèves via LinkedIn pour obtenir des retours d'expérience
- Assister aux journées portes ouvertes et discuter avec les enseignants
- Visiter les ateliers et suivre les comptes des écoles sur les réseaux sociaux
- Examiner les travaux réalisés par les élèves et assister aux défilés des écoles de mode
Parmi les écoles reconnues par la profession, on trouve des établissements publics comme l'École Duperré, les Arts décoratifs ou l'École Boulle, des écoles privées non lucratives comme l'Institut français de la mode ou Les Gobelins, et certaines écoles privées à but lucratif comme Esmod ou l'Atelier Chardon Savard.
Le cas de Shaïna rappelle cruellement que dans le domaine de la mode et des arts appliqués, tous les diplômes ne se valent pas, et que le choix de l'école peut déterminer l'ensemble d'une carrière professionnelle.



