Ni définie par la loi ni véritablement encadrée, la lettre de motivation participe pourtant à l’examen des candidatures sur Parcoursup. Quelques réflexions avant le début de la phase d’admission. Cet article a été initialement publié sur The Conversation.
Une place curieuse dans Parcoursup
La lettre de motivation occupe, dans Parcoursup, une place curieuse. Elle est souvent demandée, parfois regardée comme importante, mais le Code de l’éducation ne la définit pas. L’article L. 612-3 organise l’examen des candidatures en premier cycle et impose, lorsque les candidatures excèdent les capacités d’accueil, de tenir compte de la cohérence entre le projet de formation, les acquis et compétences du candidat et les caractéristiques de la formation. La lettre n’apparaît donc pas comme un critère autonome. Elle constitue plutôt un moyen d’appréciation de cette cohérence.
Prenons quelques exemples. Pour la licence de droit de l’Université de Poitiers, les critères annoncés aux candidats sont explicites : la commission d’examen des vœux porte une attention au choix de spécialités, à la fiche Avenir et à la lettre de motivation et il est conseillé aux candidats de montrer l’adéquation du projet de formation avec la formation demandée. À l’Université de Bordeaux, il est indiqué que la lettre de motivation, personnalisée, est un élément important parce qu’elle doit faire ressortir une volonté affirmée d’étudier le droit. À l’Université Paris Cité, il est précisé que « les lettres de motivation standardisées et silencieuses sur le projet des candidats sont à proscrire ».
Dans ces trois cas, la logique est la même : la lettre n’est pas conçue comme un exercice littéraire mais comme un élément ayant pour fonction, parmi d’autres, d’objectiver l’adéquation du projet à la formation.
Entre personnalisation et anonymat
Les consignes officielles de Parcoursup confirment cette orientation. La « fiche élève » consacrée à la rédaction de la lettre de motivation indique que le candidat doit expliquer ce qui le motive pour la formation, s’appuyer sur les caractéristiques de celle-ci, ses attendus, les critères utilisés pour examiner les dossiers, ainsi que sur ses propres compétences et résultats. Elle ajoute qu’il faut adapter le contenu à chaque formation, éviter le copier-coller, faire apparaître les démarches entreprises pour mieux connaître la formation et ne jamais mentionner son identité dans la lettre.
Autrement dit, la lettre est censée être à la fois personnalisée, orientée vers une formation précise et compatible avec les exigences d’anonymisation du dossier.
À partir de là, il est possible de dégager des exigences minimales. La lettre doit être intelligible, personnelle, orientée vers la formation demandée, suffisamment concrète pour faire apparaître un lien entre le parcours, les compétences, les démarches accomplies et le projet formulé. Enfin, elle doit être anonyme.
Ces exigences ne sont pas toutes de même nature. L’anonymat relève d’un texte réglementaire, l’article D. 612-1-13 du Code de l’éducation, et garantit, plus généralement, l’égalité de traitement. La personnalisation, l’adaptation à la formation et la cohérence du propos relèvent quant à elles de standards d’appréciation, objectivables dès lors que les critères ont été publiés.
À l’inverse, la lettre défaillante n’est tout simplement pas une lettre. Il peut s’agir d’un contenu vide, manifestement hors sujet, réduit à quelques signes, ou contraire aux règles d’anonymat. On rencontre encore, dans les dossiers, des textes qui tiennent davantage de la plaisanterie que d’une véritable candidature. En revanche, une lettre convenue ou maladroite ne saurait être tenue pour inexistante. Elle peut être faible sans être juridiquement nulle.
Cette nuance est essentielle. Le juge administratif, pour sa part, ne contrôlera pas la qualité intrinsèque d’une lettre de motivation. Il ne substituera pas son appréciation à celle de la commission d’examen des vœux. En revanche, il pourra contrôler la transparence des critères et leur mise en œuvre. La lettre peut alors servir à constater qu’une candidature n’a pas été distinguée, sans que le juge ne se transforme en correcteur de style ou d’orthographe.
Entre individualisation et traitement à grande échelle
Reste un paradoxe, relevé par le Comité éthique et scientifique de Parcoursup dans son troisième rapport annuel au Parlement, publié en février 2021 :
« Dans Parcoursup, les lettres de motivation ont la réputation d’être peu lues, et d’autre part le fait qu’il y ait une lettre de motivation par vœu incite à y voir un exercice formel, où l’on se contente de placer les mots-clés que l’on suppose attendus des commissions d’examen des vœux. »
Cette observation ne suffit pas à ôter toute valeur à la lettre, mais invite à interroger son usage. Si la lettre est demandée, transmise et prise en compte dans l’examen du dossier, encore faut-il qu’elle puisse être véritablement utile à la décision. Si elle n’est qu’un rituel formel, sa capacité à justifier une différence de traitement devient plus difficile à défendre.
La difficulté est d’autant plus grande si l’on considère que l’expression des aspirations dans les projets dépend fortement des modalités d’accompagnement scolaire et du capital familial. Les lettres, même présentées comme le fruit d’une expression personnelle, restent en partie structurées par les conditions dans lesquelles les candidats ont pu être aidés, relus ou, au contraire, laissés seuls devant l’exercice.
Il ne s’agit pas ici de substituer une critique sociologique à l’analyse juridique mais de suggérer qu’un critère aussi peu normé doit être manié avec prudence, d’autant qu’il peut récompenser moins la motivation elle-même que la maîtrise des codes d’expression.
Ainsi comprise, la lettre de motivation dans Parcoursup n’est ni un simple ornement ni un instrument de sélection autonome. Elle est une pièce du dossier à valeur dérivée, dont la légitimité tient à trois conditions : être demandée, s’inscrire dans des critères publiés et contribuer effectivement à l’appréciation du projet.
Entre son faible ancrage textuel, les consignes administratives qui lui donnent forme et la pratique relevée par le Comité éthique, elle révèle surtout une tension centrale de Parcoursup : individualiser l’examen des candidatures tout en organisant ce traitement à grande échelle.



