Une transformation profonde de la formation des enseignants
La réforme de la formation initiale des professeurs entre progressivement en vigueur, marquant un tournant historique dans le système éducatif français. La mesure phare de cette refonte complète réside dans la création d'une licence professorat des écoles, une formation dédiée accessible immédiatement après l'obtention du baccalauréat.
Fin du parcours traditionnel, naissance de la LPE
Jusqu'à présent, les étudiants aspirant à devenir enseignants devaient impérativement suivre un cheminement complexe et long. Ils devaient d'abord valider une licence universitaire classique, poursuivre en master Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEEF), puis réussir les concours de recrutement à bac + 5. Ce processus exigeant décourageait parfois les vocations et allongeait considérablement le temps de formation.
Tout change radicalement dès la rentrée prochaine avec l'instauration officielle de la licence professorat des écoles (LPE). Cette formation innovante vise à former les futurs enseignants dès la sortie du lycée, avec un programme équilibré combinant enseignements disciplinaires fondamentaux (français, mathématiques, sciences), modules pédagogiques spécialisés et stages pratiques pour découvrir concrètement les réalités du métier d'enseignant.
L'expérience pionnière des Pyrénées-Atlantiques
Dans les Pyrénées-Atlantiques, l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (UPPA) et le lycée Barthou de Pau expérimentaient depuis 2021 deux parcours postbac préparatoires au professorat des écoles (PPPE), intégrés aux licences disciplinaires de mathématiques et de lettres. Cette collaboration avant-gardiste a servi de laboratoire pour la réforme nationale.
« Imaginée un peu sur le modèle des PPPE, la LPE sera une formation pluridisciplinaire à la fois cohérente et très complète », explique Bérangère Moricheau-Airaud, chargée de mission « formation des enseignants » à l'UPPA. Elle précise cependant que les étudiants n'ayant pas suivi une LPE conserveront la possibilité de se préparer aux concours dans le cadre d'une licence disciplinaire classique, préservant ainsi la diversité des parcours.
Un partenariat unique préservé
La LPE se substituera progressivement aux PPPE existants, mais le partenariat fructueux entre l'UPPA et le lycée Barthou ne disparaîtra pas pour autant. En septembre prochain, les étudiants de première année de PPPE basculeront automatiquement en deuxième année de LPE, tandis que ceux de deuxième année poursuivront leur parcours jusqu'à l'extinction complète du dispositif au printemps 2027.
À la demande des deux partenaires, le Rectorat de Bordeaux a accepté que l'établissement palois reste associé à l'université, créant une configuration exceptionnelle en France. « Nous avons l'habitude de travailler ensemble et nos étudiants de PPPE obtiennent de très bons résultats. C'eût été regrettable de mettre un terme à notre binôme », se réjouit Audrey Guitton, professeur à Barthou en charge de la mise en œuvre de la réforme.
Contrairement au reste du territoire national où la nouvelle formation restera exclusivement du ressort des universités, la LPE « made in 64 » comprendra une répartition originale :
- 50% d'enseignements assurés par l'UPPA
- 20% délivrés par des formateurs du premier degré à l'université
- 30% de cours dispensés au lycée Barthou par des enseignants du secondaire
Un calendrier des concours révolutionné
Le second bouleversement majeur concerne le calendrier des concours de recrutement. Dès le printemps 2026, les concours du premier et second degré (CRPE et CAPES), ainsi que celui de conseiller principal d'éducation, seront dorénavant accessibles à bac + 3 seulement. Cette avancée significative réduit de deux ans le délai d'accès aux épreuves de sélection.
Un nouveau master rémunéré
À la rentrée 2026, les lauréats des concours n'intégreront plus le master MEEF, qui sera supprimé, mais un nouveau master Enseignement et éducation (M2E). Cette formation innovante permettra aux étudiants d'être rémunérés dès la première année :
- 1 400 € nets par mois en M1 en tant qu'élève fonctionnaire
- 1 800 € nets par mois en M2 en tant que fonctionnaire stagiaire
Cette rémunération précoce constitue une avancée sociale majeure pour les futurs enseignants, leur permettant une autonomie financière et une reconnaissance professionnelle anticipée.
Témoignage d'une étudiante concernée
Lily-Rose Noemi, 20 ans, actuellement en troisième année de parcours préparatoire au professorat des écoles au lycée Barthou, témoigne de l'impact concret de cette réforme : « Pour moi, la réforme tombe à point nommé. Je vais pouvoir me présenter au prochain concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE) prévu en avril. Sans la réforme, j'aurais dû d'abord entrer en master MEEF, puis attendre deux ans pour passer le concours à bac + 5. »
La jeune femme poursuit avec enthousiasme : « Si je suis lauréate, je découvrirai en septembre prochain le nouveau master Enseignement et éducation de l'UPPA. Ça me permettra d'entrer dans le monde du travail et de ne plus dépendre de mes parents. Mais ça exige aussi d'être davantage responsable et de s'investir sérieusement dans les études. »
Des interrogations persistantes
Si cette réforme marque indéniablement un tournant majeur dans la formation des enseignants, des interrogations subsistent concernant les moyens alloués et les conditions pratiques de mise en œuvre. La transition entre les anciens et nouveaux dispositifs devra être gérée avec précision pour assurer la continuité pédagogique et la qualité de la formation.
La réussite de cette transformation dépendra également de la capacité des institutions à adapter leurs ressources humaines et matérielles à ce nouveau modèle, tout en maintenant l'exigence académique nécessaire à la formation des futurs enseignants de la République.



