Lecture en chute libre chez les jeunes : le CNL tire la sonnette d'alarme
Depuis plusieurs années, les études successives du Centre national du livre (CNL) pointaient une érosion progressive de la lecture. L'enquête dédiée aux jeunes, publiée ce mardi 14 avril, franchit un cap alarmant. Il ne s'agit plus d'un simple affaissement, mais d'un véritable effondrement.
Un temps de lecture réduit à peau de chagrin
Les Français âgés de 7 à 19 ans ne consacrent désormais que dix-huit minutes par jour à la lecture de romans, bandes dessinées, mangas ou albums illustrés. Ce chiffre tombe à quatorze minutes seulement pour les 16-19 ans, qui passent quant à eux cinq heures quotidiennes devant leurs écrans. Paradoxalement, la lecture de livres numériques régresse également, enregistrant une baisse de 8 points par rapport à 2024.
Un phénomène qui dépasse largement la jeunesse
Pointer uniquement du doigt les jeunes serait trop simpliste. Le décrochage de la lecture est un phénomène généralisé dans la société française. Qui peut honnêtement affirmer lire autant qu'il y a dix ans, sans être distrait par le vagabondage sur les réseaux sociaux ? Une autre enquête du CNL révèle que la part des lecteurs réguliers parmi les 50-64 ans a chuté de 13 points entre 2023 et 2025.
L'attention se fragmente considérablement : deux tiers des 16-19 ans avouent faire autre chose pendant qu'ils lisent, comme regarder des vidéos ou envoyer des messages. L'image même de la littérature se fossilise, avec la moitié des 12-19 ans ignorant que des écrivains sont encore vivants et que des œuvres contemporaines continuent d'être publiées. Pour eux, un livre représente souvent un objet du passé, dormant sur les étagères d'une bibliothèque.
Des enjeux qui transcendent la simple pratique culturelle
Les implications de cette désaffection dépassent largement le cadre des pratiques culturelles. C'est notre manière de penser, notre capacité à nous concentrer, à nous rendre disponibles dans la solitude, le silence et la durée qui sont en jeu. Notre compréhension du monde s'en trouve également affectée. Où apprend-on mieux l'ambiguïté des êtres humains ou les nuances complexes des situations que dans les grands romans ?
Des pistes de solutions fragiles mais existantes
Des réponses, bien que fragiles, existent et mériteraient un déploiement bien plus massif. Parmi elles figurent le temps de lecture partagée à l'école, les clubs de lecture ou encore les rencontres avec les auteurs. L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, évoquée jusqu'au président Emmanuel Macron, peine quant à elle à se concrétiser dans la loi.
La convention citoyenne sur les temps de l'enfant, organisée l'automne dernier, a invité à redécouvrir les vertus de l'ennui, ce « temps pour ne rien faire » devenu si rare dans nos journées saturées d'écrans et d'informations. C'est souvent dans ces moments vides, ces heures en suspens, que l'enfant se tourne spontanément vers la lecture. Le meilleur allié du livre reste l'ennui. Tous deux constituent d'extraordinaires véhicules pour la rêverie et la sensibilité, mais hélas, dans nos sociétés frénétiques, ils ont de moins en moins voix au chapitre.



