Le Cannet : L'école La Bastière au cœur d'un débat municipal houleux
Devant l'entrée de l'école La Bastière au Cannet, un cyprès solitaire pointe vers le ciel, sentinelle végétale dérisoire face aux deux imposants blocs de béton et de métal qui caractérisent ce groupe scolaire. Ces structures, symboles d'une architecture aujourd'hui considérée comme obsolète, sont au centre d'une polémique municipale : doivent-elles être rénovées ou partiellement démolies ?
Une architecture datée dans un environnement urbain dense
L'établissement scolaire est composé de deux constructions distinctes : une première structure métallique édifiée en 1969, suivie d'une extension en béton ajoutée en 1986. Daniel Segatori, directeur général des services de la Ville, constate : « En principe, dans ce genre d'établissement, le bâti représente 50 à 60 % de la superficie alors qu'ici, il s'élève à 80-90 %. Et dans ce secteur très construit, il n'y a guère de terrain disponible comme solution de remplacement. »
Cette « école à l'ancienne » s'inscrit dans un paysage urbain extrêmement dense du centre-ville du Cannet, où l'espace se fait rare. Elle fait partie des nombreux établissements scolaires que la municipalité doit réhabiliter, au même titre que les écoles primaires Pasteur, Cougoussole, Val des fées ou les maternelles des Mirandoles et Val des Pins.
Un établissement victime de son succès
La Bastière connaît une fréquentation particulièrement élevée avec 14 classes et 340 élèves, contre une moyenne de dix classes pour les autres établissements de la commune. Le rectorat de Nice a même accordé la possibilité d'ajouter une onzième classe, l'école Pasteur étant déjà saturée. Cette situation rend le chantier de réhabilitation encore plus complexe à organiser.
Dans l'immédiat, la solution envisagée consiste à alléger la structure pour mieux la ventiler. Concrètement, il s'agirait d'évacuer cinq classes pour les réimplanter dans l'ancien espace associatif Emile-Roux voisin, vidé de ses activités l'an dernier. Ce bâtiment serait transformé en petite école primaire de cinq classes avec un cursus complet du CP à la CM2.
Un débat municipal animé
Lors du dernier conseil municipal, à l'occasion de l'examen du rapport d'orientations budgétaires, l'opposante Chantal Chasseriaud a vivement critiqué le projet : « Des investissements ont été votés pour des projets qui ne sont toujours pas réalisés. Par exemple, le projet de La Bastière, qui ne me paraît pas bon. C'est une école qui a plus de 40 ans, elle a besoin d'une sérieuse rénovation. Mais le principe d'une démolition-reconstruction, avec une partie qui s'en va dans l'ancien espace Emile-Roux, ça me paraît aberrant ! »
L'élue socialiste a réclamé une nouvelle réunion sur le sujet, estimant qu'il pourrait exister d'autres solutions que celle proposée par la majorité municipale.
La réponse de la majorité municipale
Michèle Tabarot, cheffe de la majorité municipale, a répondu à ces critiques en soulignant la complexité du dossier : « Pour ce projet de réhabilitation à La Bastière, les choses se font en concertation avec l'Éducation nationale. Le principe est, d'abord, de baisser le nombre de classes à l'intérieur, pour créer une plus petite école à côté. Après, il y aura soit réhabilitation, soit reconstruction, on verra ça avec les techniciens et architectes. »
L'élue a rappelé que l'objectif principal était de « satisfaire les exigences de l'Éducation nationale et faire au mieux pour l'instruction des enfants de la commune ».
Un chantier de longue haleine
Quelle que soit la solution finalement retenue, ce chantier d'importance devrait durer de longs mois, voire un ou deux ans. Durant cette période, les élèves devront cohabiter avec les engins de chantier, mais l'objectif à terme dépasse la simple mise aux normes.
La municipalité souhaite créer un lieu éducatif moins monolithique, avec davantage de végétation et d'espaces récréatifs. L'ambition est de transformer La Bastière en un nouveau paysage scolaire où l'apprentissage puisse s'épanouir dans des conditions optimales, répondant aux normes contemporaines d'isolation thermique et de bien-être éducatif.
Le débat reste donc ouvert entre les partisans d'une rénovation complète et ceux qui prônent une démolition partielle suivie d'une reconstruction. La décision finale devra concilier contraintes techniques, exigences éducatives et réalités budgétaires, dans l'intérêt supérieur des 340 élèves qui fréquentent actuellement l'établissement.



