Le Baccalauréat : 200 ans d'histoire d'un diplôme emblématique français
Le Baccalauréat : 200 ans d'histoire d'un diplôme français

Le Baccalauréat : Deux siècles d'histoire et d'évolutions

Né officiellement le 17 mars 1808, le baccalauréat français fête plus de 200 ans d'existence. Bien plus qu'un simple diplôme, il symbolise aujourd'hui le passage à l'âge adulte, son obtention coïncidant avec l'âge légal de la majorité. Si le célèbre « sacré Charlemagne » a inventé l'école selon la chanson populaire, c'est bel et bien à Napoléon Ier que l'on doit les joies du bachotage et le stress caractéristique de cet examen national.

Étymologie et origines nobles

Le terme baccalauréat trouve ses racines dans la locution latine « bacca laurea », qui signifie littéralement « couronne de laurier ». Cette expression renvoie à la corona triumphalis, la couronne triomphale qui symbolisait la gloire de son porteur dans l'Antiquité. En latin tardif, le mot évolue vers « baccalaureatus » et prend la signification de « degré de bachelier donné dans les universités ». Quant au mot « bachelier », son origine diffère : jusqu'au XVIIe siècle, avant que sa signification ne change, le bachelier désignait le « jeune noble aspirant à devenir chevalier ».

La création napoléonienne pour former l'élite

Au lendemain de la Révolution française, le système éducatif est en crise. Avec la suppression des congrégations religieuses, les collèges ont pratiquement disparu. Lorsque Napoléon arrive au pouvoir en 1799, seules subsistent des écoles primaires, des pensionnats, et quelques écoles centrales relancées par le Directoire. L'Empereur s'intéresse particulièrement à l'enseignement secondaire, dont il estime qu'il doit apporter « les connaissances premières nécessaires à ceux qui sont appelés à remplir des fonctions publiques, à exercer des fonctions libérales ou à vivre dans les classes éclairées de la société ».

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Napoléon crée donc le lycée en 1802, avec une structure administrative qui perdure encore aujourd'hui : un proviseur, un censeur chargé de la discipline et un intendant. Par décret, il rétablit également les universités de l'Ancien Régime, restaurant les facultés de Droit, de Théologie et de Médecine, et créant celle de Sciences.

Le baccalauréat, premier grade universitaire

C'est finalement par le décret du 17 mars 1808 que Napoléon crée officiellement le baccalauréat, premier grade universitaire français. Ce diplôme innovant doit simultanément sanctionner la fin des études secondaires et permettre l'accès à l'université. À cette époque où la culture gréco-latine domine le paysage intellectuel, le baccalauréat correspond à une « maîtrise ès arts » dispensée principalement par la faculté de Lettres. Ce décret impérial marque également l'étatisation de l'éducation, jusque-là largement contrôlée par l'Église, avec pour objectif de former une élite administrative et politique au service de la nation.

Les premières sessions : 39 candidats et un grand oral

Si l'on parle beaucoup aujourd'hui du « grand oral » introduit récemment, cette épreuve n'a en réalité rien de nouveau. Pendant deux siècles d'histoire du baccalauréat, les épreuves orales ont toujours existé. Lors de la toute première session en 1809, l'examen se résumait même à un unique entretien oral de trente minutes. Les 39 candidats, tous issus de la haute bourgeoisie, étaient interrogés par un professeur de faculté sur les auteurs classiques.

C'est seulement en 1830 qu'une première épreuve écrite facultative est introduite, avant de devenir obligatoire en 1840. L'objectif était alors de rendre l'examen plus difficile pour concurrencer l'École polytechnique. Contrairement à une idée reçue répandue, le baccalauréat n'était pas plus difficile à ses débuts : les candidats étaient quasiment tous admis.

Le « brevet de la bourgeoisie »

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le baccalauréat devient progressivement une véritable distinction sociale. On le surnomme alors « le brevet de la bourgeoisie », comme l'expliquait en 2019 Claude Lelièvre, historien de l'éducation. Particularité française, le bac n'est pas seulement recherché pour son utilité dans le parcours scolaire, mais aussi pour sa valeur sociale et symbolique. Il représente bien davantage qu'un simple examen.

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Modernisation et diversification

Sous l'impulsion de la révolution industrielle, le baccalauréat se modernise progressivement au cours du XIXe siècle, malgré l'opposition de conservateurs attachés aux enseignements classiques. Les sciences gagnent en importance dans le cursus. En 1927, une avancée majeure intervient : les filles sont enfin autorisées à passer le baccalauréat !

Les chiffres illustrent cette démocratisation progressive : on compte 7 000 lauréats en 1890, puis 37 000 en 1926. Après la Seconde Guerre mondiale, le nombre de bacheliers connaît une croissance exponentielle. Sous le général de Gaulle, on passe de 32 000 bacheliers en 1960 à 170 000 en 1968, puis 237 000 en 1970.

De Gaulle crée également les différentes filières qui structureront le baccalauréat pendant des décennies :

  • Filière A (littéraire)
  • Filière B (économie)
  • Filière C (mathématiques)
  • Filière D (sciences expérimentales)
  • Filière S (industriel)
  • Filière G (tertiaire)
  • Filière H (informatique)

L'objectif était de créer des baccalauréats formant davantage aux besoins de l'économie et de l'industrie nationale.

Les grandes réformes contemporaines

À partir de 1985, un objectif ambitieux est fixé : amener 80% d'une classe d'âge au niveau baccalauréat. Cette même année, seuls 30% des étudiants obtiennent effectivement leur diplôme. Le baccalauréat professionnel est créé la même année, élargissant encore l'accès à ce diplôme.

Au fil des décennies, le baccalauréat subit plusieurs réformes majeures :

  1. Création d'une session de septembre en 1927
  2. Instauration du baccalauréat français à la fin de la première en 1969
  3. Création des baccalauréats professionnels en 1985
  4. Montée en puissance du contrôle continu au XXIe siècle

En 2021, première session après la grande réforme du baccalauréat, 715 006 candidats sont inscrits, dont 4 300 candidats libres - un chiffre équivalent au nombre total d'élèves qui passaient l'examen au milieu du XIXe siècle. Le taux de réussite actuel, autour de 87%, a renoué avec celui des débuts du baccalauréat.

En deux siècles d'existence, le baccalauréat a considérablement évolué, passant d'un examen réservé à une élite bourgeoise à un diplôme massifié. Sésame indispensable pour accéder à l'université, il reste profondément ancré dans le paysage éducatif français. Comme tout bon élève, nul doute qu'il continuera à évoluer et à progresser, s'adaptant aux transformations de la société française.