Infidélité : les stratégies de détection révélées par la psychologie évolutive
Infidélité : les stratégies de détection en psychologie

Infidélité : quand la psychologie évolutive décrypte nos stratégies de surveillance

Imaginez un instant que vous suspectiez votre partenaire d'infidélité. Peut-être vous montez-vous la tête, peut-être est-ce cette vieille tendance paranoïaque qui refait surface. Toujours est-il qu'un signal faible clignote en vous. Jusqu'où iriez-vous pour vérifier vos doutes ? Que seriez-vous prêt à faire pour découvrir si, dans votre dos, l'être aimé goûte secrètement aux plaisirs d'un autre ?

La question fondamentale posée par la recherche

C'est précisément cette interrogation qui a été soumise à des hommes et des femmes dans une étude consacrée aux stratégies de détection de l'infidélité au sein de notre espèce. Menée par les psychologues Menelaos Apostolou et Maria Ioannidou de l'université de Nicosie à Chypre, cette recherche aborde ce phénomène complexe et fascinant à la lumière des mécanismes évolutifs.

Selon ces chercheurs, sous l'effet de motivations génétiques puissantes et largement inconscientes, nous autres humains sommes écartelés entre deux élans contradictoires : sécuriser des relations amoureuses durables, ces partenariats légitimes, et céder discrètement à l'attrait de l'aventure charnelle, ces fameuses relations extraconjugales.

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Les racines évolutives de la tentation

Pour comprendre cette perspective, il faut dépasser les réflexes moralisateurs et religieux, remonter bien avant l'époque où serpents bavards et pommes défendues n'étaient encore que des fictions luxuriantes. Des dizaines de milliers d'années en arrière, rappellent les auteurs, la présence de deux parents investis augmentait considérablement les chances qu'un enfant atteigne l'âge de la maturité sexuelle.

S'engager dans une relation durable procurait de nombreux bénéfices : mutualisation des ressources, protection, soutien, soins réciproques, élévation du statut social. Mais la monogamie présente aussi un coût évolutif, comparable à placer tous ses actifs dans une seule banque : on renonce aux opportunités qu'offrirait un portefeuille génétique diversifié.

Pourquoi l'adultère peut être « payant » évolutivement

Quand on sait que la latence éjaculatoire moyenne des hommes tourne autour de cinq minutes, qu'ils ne sont ni immobilisés des mois par une grossesse, ni sollicités pendant des années par un nourrisson, on comprend que l'aventure sexuelle clandestine ait pu représenter, pour eux, une tentation évolutivement avantageuse.

Les femmes ne sont pas dépourvues de mobiles darwiniens non plus. L'infidélité peut leur ouvrir l'accès à des ressources supplémentaires, voire à une solution de repli si leur conjoint faillit ou disparaît. Elle peut aussi améliorer la qualité génétique de leur descendance si une femme officiellement monogame est secrètement fécondée par un homme doté de gènes supérieurs.

La course aux armements cognitifs

Apostolou et Ioannidou avancent l'hypothèse qu'une véritable course aux armements cognitifs se serait instaurée au fil des millénaires : d'un côté, ceux qui s'évertuent à débusquer l'infidélité ; de l'autre, ceux qui redoublent d'ingéniosité pour dissimuler leurs aventures.

Les chiffres donnent le vertige. En France, 33 % des femmes déclarent avoir été infidèles au cours d'une relation longue. Aux États-Unis, environ 30 % des hommes mariés et 20 % des femmes mariées reconnaissent avoir eu une liaison. Une autre étude avance même que jusqu'à 70 % des couples non mariés rapportent au moins un épisode d'infidélité.

L'arsenal des soupçonneux : six catégories de détection

Dans leur première étude, les chercheurs ont invité des participants à indiquer les moyens qu'ils seraient prêts à employer pour vérifier la fidélité de leur partenaire. Le résultat : pas moins de quarante-sept comportements distincts ont été recensés.

Ces items ont ensuite été soumis à près de mille hommes et femmes, majoritairement trentenaires. L'analyse statistique a permis de regrouper ces conduites en six grands ensembles cohérents, présentés ici de la plus plébiscitée à la moins approuvée :

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  1. Observer les changements de comportement (78 % des répondants)
    Exemples : noter des modifications dans la vie sexuelle, remarquer des élans d'affection inhabituels, observer un soin soudain de l'apparence.
  2. Poser des questions et scruter les réactions (67 %)
    Exemples : laisser entendre qu'on sait déjà, évoquer l'infidélité d'un proche pour observer les réactions.
  3. Contrôler les allées et venues (61 %)
    Exemples : passer à l'improviste sur le lieu de travail, rentrer à des heures inhabituelles.
  4. Fouiller dans les affaires personnelles (42 %)
    Exemples : accéder aux comptes sur les réseaux sociaux, consulter le téléphone portable, examiner les relevés bancaires.
  5. Faire appel à des tiers (22 %)
    Exemples : obtenir des informations auprès d'amis communs, demander à quelqu'un de séduire le partenaire pour tester sa réaction.
  6. Rassembler des preuves matérielles (17 %)
    Exemples : installer des caméras dissimulées, faire semblant de partir en déplacement tout en restant pour observer, utiliser des micros cachés.

Les risques des stratégies intrusives

Certaines de ces stratégies sont évidemment plus intrusives que d'autres, et loin d'être sans danger. Solliciter des amis peut se retourner contre vous : ils pourraient éventer vos soupçons, et voilà que d'autres apprennent qu'il y a de l'orage au paradis. Quand les rumeurs s'emballent, le statut social vacille.

Fouiller dans les messages privés peut certes mettre au jour une liaison embarrassante, mais si vous êtes pris la main dans le sac, votre propre indiscrétion pourra être vécue comme une trahison, sabordant la relation même si les échanges incriminés étaient en réalité anodins.

L'amour à l'heure de la surveillance généralisée

Le désespoir pousse souvent à l'excès. De fait, la majorité des participants se disaient prêts à mobiliser plusieurs stratégies à la fois : près de 60 % affirmaient qu'ils en utiliseraient trois ou davantage.

Une minorité – 11 % – affirmait ne rien faire du tout. Ces répondants ne voyaient peut-être aucun inconvénient à être trompés, ou considéraient que cela ne les regardait pas. Les unions ouvertes et le polyamour ont peut-être le vent en poupe, mais une indifférence aussi placide semble difficilement compatible avec une logique adaptative, estiment les auteurs.

Les contre-mesures des infidèles

Dans une étude ultérieure, Apostolou a inversé la perspective et s'est placé du côté des infidèles. On a demandé aux participants d'imaginer la situation suivante : « Vous entretenez une relation extraconjugale. Indiquez ce que vous feriez pour la garder secrète. »

Les stratégies évoquées pour dissimuler l'adultère constituaient, pour l'essentiel, des contre-mesures aux techniques de détection recensées dans l'étude précédente. La stratégie la plus fréquemment approuvée – plébiscitée par 94 % des répondants – consistait tout simplement à faire preuve de discrétion.

Machiavels sous la couette

Sans surprise, les individus présentant un fort trait machiavélien – enclins à un cynisme moral assumé et plus disposés à mentir, tromper ou manipuler – étaient ceux qui déclaraient mobiliser le plus largement l'éventail des techniques de dissimulation.

Mais prudence. Vouloir le beurre et l'argent du beurre peut, sur le papier, relever d'une stratégie adaptative. Reste que, pour les infidèles démasqués, la facture évolutive est sans doute plus lourde que pour ceux qui échouent à détecter une tromperie.

La souffrance concrète derrière la théorie

Comme l'écrit Apostolou, même si la liaison se poursuit après sa découverte, « le partenaire principal devient généralement bien plus vigilant, ce qui complique toute nouvelle escapade. Surtout, la révélation peut déclencher des représailles pouvant aller jusqu'à la violence physique, voire l'homicide. »

Il est aisé de théoriser, à distance, sur l'évolution de la trahison et des passions. Mais cette souffrance-là n'a rien d'abstrait. Employer ce langage clinique n'est pas seulement un exercice académique. C'est aussi, peut-être, une manière de mettre de l'ordre dans le chaos, de rendre la douleur plus intelligible, plus humaine, et qui sait, un peu plus supportable.