La génération Z est-elle vraiment moins intelligente ? Décryptage d'une polémique virale
Génération Z moins intelligente ? Décryptage d'une polémique virale

Un post viral sur X déclenche une polémique sur l'intelligence de la génération Z

Sur la plateforme X, un pamphlet alarmiste a cumulé plus de 1,6 million de vues en affirmant que la génération Z possède le QI moyen le plus bas de toutes les générations. Le texte cite des propos attribués au Dr Jared Cooney Horvath, neuroscientifique américain reconnu, pour étayer cette thèse controversée.

Les affirmations choc du post viral

Le message viral déclare sans ambages : « La génération Z [née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010] a le QI moyen le plus bas de toutes les générations. De récentes recherches indiquent une baisse notable des scores moyens aux tests de QI chez les Z par rapport aux milléniaux [la génération précédente]. »

Le post poursuit en citant le Dr Horvath : « C'est la première génération de l'Histoire moderne à obtenir des scores inférieurs à la précédente aux tests académiques standardisés. Leurs performances sont inférieures aux attentes dans pratiquement tous les domaines cognitifs, de l'attention de base à la mémoire en passant par la lecture, le calcul, les fonctions exécutives et le QI général. »

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La conclusion du message est particulièrement alarmante : « en tant qu'espèce, nous régressons à cause de ceux qui sont au pouvoir. Tout cela est intentionnel. »

Vérification des sources : le Dr Horvath a-t-il vraiment tenu ces propos ?

Première vérification essentielle : le Dr Jared Cooney Horvath est effectivement un spécialiste américain reconnu des neurosciences cognitives et de l'éducation. Et oui, il a bien tenu des propos similaires auprès du New York Post et du Congrès américain. Cependant, le contexte et les nuances apportées par le chercheur diffèrent sensiblement de la présentation alarmiste du post viral.

L'effet Flynn : comprendre les variations historiques du QI

Pour analyser correctement ces affirmations, il faut d'abord comprendre le phénomène connu sous le nom d'effet Flynn, du nom du chercheur James R. Flynn. Son constat fondamental : entre le début des mesures au début du XXe siècle et les années 1990, le QI a augmenté en moyenne de trois points par décennie dans les pays industrialisés.

Cette progression historique est corrélée à une amélioration générale des conditions de vie : meilleure nutrition, accès élargi à l'éducation, progrès sanitaires et développement économique. Cependant, depuis une trentaine d'années, plusieurs études rapportent un ralentissement ou même une inversion de l'effet Flynn dans certains pays développés.

Les nuances essentielles que le post viral oublie

Première nuance cruciale : il est impossible d'affirmer que la génération Z a le QI le plus bas des temps modernes. Même avec une légère baisse récente par rapport aux milléniaux, les jeunes d'aujourd'hui obtiennent des scores bien supérieurs à ceux de leurs arrière-grands-parents il y a un siècle.

Deuxième nuance : l'effet Flynn, par définition mécanique, devait nécessairement atteindre un palier. Le QI ne peut progresser indéfiniment sans transformations biologiques fondamentales. La question de savoir si ce palier peut rester stable ou fluctuer entre générations reste ouverte, faute de recul historique suffisant.

Un phénomène mondial ou local ?

Le post viral suggère un déclin de l'intelligence « en tant qu'espèce », mais cette affirmation ne résiste pas à l'examen des données internationales. Une méta-analyse de 2023 montre qu'à l'échelle planétaire, l'effet Flynn se maintient avec un gain moyen d'environ 0,22 point de QI par an.

La différence fondamentale : cette progression s'est déplacée vers les pays émergents, qui connaissent aujourd'hui des évolutions comparables à celles des nations développées au siècle dernier. De même, les résultats des tests de lecture et de calcul varient considérablement selon les pays :

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  • Si les Z font moins bien que les milléniaux aux États-Unis ou en France
  • C'est l'inverse en Chine ou en Pologne

Les évolutions sont donc davantage locales que mondiales, liées à des contextes nationaux spécifiques plutôt qu'à un déclin généralisé de l'espèce humaine.

Les causes potentielles : écrans, éducation ou autres facteurs ?

Le post viral conclut hâtivement à un complot des « élites », mais Jared Cooney Horvath n'a jamais évoqué une quelconque intentionnalité dans ce phénomène. Pour le chercheur, la cause principale serait plutôt l'omniprésence des écrans dans la vie des jeunes générations.

Cependant, établir un lien de causalité direct entre écrans et baisse des performances cognitives reste complexe :

  1. Dans plusieurs pays où l'on observe un effet Flynn « inversé », le phénomène précède l'avènement du numérique, remontant parfois aux années 1960 ou 1970
  2. Si certaines études suggèrent que les écrans nuisent au développement cognitif des enfants, on manque encore de preuves solides pour transformer ces corrélations en causalités établies
  3. De nombreuses autres hypothèses (environnementales, socioculturelles, éducatives, migratoires) ont été proposées sans qu'aucune ne s'impose définitivement

Une intelligence qui évolue plutôt qu'elle ne décline ?

Certains chercheurs proposent une perspective différente : les compétences cognitives n'auraient pas disparu mais évolué. Nous assisterions à une transition d'une « intelligence de stockage » vers une « intelligence de flux ».

Dans un monde où l'information est externalisée sur Internet, les jeunes générations développeraient des capacités différentes :

  • Mémorisation rapide non pas des données elles-mêmes, mais des méthodes pour y accéder
  • Amélioration du raisonnement spatial chez les jeunes Américains
  • Adaptation à des environnements informationnels complexes et changeants

L'arrivée des intelligences artificielles rebat encore les cartes de cette évolution cognitive, préoccupant déjà la communauté scientifique quant à ses impacts futurs.

Le biais de la « juvenoia » : chaque génération critique la suivante

Enfin, il est essentiel de rappeler un biais cognitif bien documenté : la « juvenoia », cette tendance qu'ont les générations plus âgées à considérer la suivante comme inférieure. Depuis la Grèce antique, chaque époque a produit des discours alarmistes sur le déclin des jeunes générations.

Si ces affirmations étaient systématiquement vraies, nous serions aujourd'hui considérablement moins intelligents que nos ancêtres les plus lointains, ce que contredisent évidemment les progrès scientifiques et technologiques accumulés au fil des siècles.

La réalité est donc bien plus nuancée que ne le suggère le post viral : s'il existe effectivement des variations dans certaines mesures cognitives entre générations, ces évolutions sont complexes, multifactorielles et loin de constituer le déclin catastrophique annoncé.