Dordogne : La nouvelle carte scolaire validée malgré la colère des parents et élus
La nouvelle carte scolaire de la Dordogne, applicable à la rentrée de septembre, a été officiellement validée ce vendredi 3 avril. Cette décision a immédiatement suscité une vive réaction de la part des acteurs locaux de l'éducation.
Une mobilisation significative devant la préfecture
Parents d'élèves, élus ceints de leur écharpe tricolore, enseignants et représentants syndicaux : une quarantaine de personnes ont manifesté leur mécontentement ce vendredi 3 avril en début de matinée devant la préfecture de la Dordogne à Périgueux. Chaque année à la même époque, les menaces de fermetures de classes jettent ainsi dans la rue ceux qui se sentent directement concernés par ces décisions administratives.
À 10 heures précises, les représentants syndicaux ont pénétré dans le bâtiment pour participer au conseil départemental de l'Éducation nationale, l'instance officielle qui entérine les fermetures et les ouvertures de postes d'enseignement. Sur le trottoir, l'ambiance était tendue et les visages marqués par l'inquiétude.
Le cas emblématique de Hautefort et Cherveix-Cubas
Jean-Louis Pujols, maire de Hautefort, n'était pas très optimiste. Présent avec son adjoint Florent Tournaire (également père d'élève), son homologue de Cherveix-Cubas Stéphanie Coustillas, l'adjointe de cette dernière Béatrice Rougé, et les directrices de leurs deux écoles qui fonctionnent en regroupement pédagogique intercommunal (RPI), il exprimait son amertume.
« C'est injuste, soupire Jean-Louis Pujols. On investit dans les écoles, on essaie de faire vivre nos communes du milieu rural et on nous punit. Quand une classe ferme, on sait qu'il n'y aura pas de réouverture avant longtemps, même si on nous dit le contraire. »
L'une des six classes du RPI est menacée de fermeture, malgré une population hautefortaise en hausse et la construction prochaine de neuf logements à Cherveix-Cubas. C'est le poste occupé depuis trois ans consécutifs par un professeur des écoles en formation, à la suite d'un départ à la retraite, qui se trouve sur la sellette. « On sent bien que la fermeture se préparait », estime la directrice de Cherveix-Cubas.
Château-l'Évêque : une mobilisation déterminée
De l'autre côté de la rue, les défenseurs de l'école de Château-l'Évêque mobilisés depuis trois semaines continuaient leur action. Deux mamans tenaient à bout de bras un grand drap blanc transformé en banderole revendicative. « Nos enfants ne sont pas des chiffres », lançait Marie Rolland-Vallot, mère de deux écoliers et présidente de l'association des parents d'élèves.
« Sans cette fermeture, on aurait l'occasion d'avoir un super nombre d'enfants par classe. » Une délégation de Château-l'Évêque était présente, de même que les syndicats enseignants.
Coralie Juge, première adjointe chargée des affaires scolaires, exprimait sa colère : « On a déjà perdu une classe il y a deux ans. Il nous en reste neuf, avec 182 enfants prévus à la rentrée. Il y a six enfants porteurs de handicap, avec seulement deux AESH [accompagnants d'élèves en situation de handicap]. Et on nous parle d'inclusion… Un poste en moins, ce n'est pas entendable. » La pétition lancée par les parents de Château-l'Évêque a recueilli plus de 900 signatures.
Solidarité enseignante et inquiétudes pédagogiques
Marion Chatelain et Sandrine Decressat, enseignantes à Port-Sainte-Foy, ont tenu à être présentes malgré le fait que leur école ait été supprimée de la liste des fermetures. « Notre école a été supprimée de la liste des fermetures », dit la première avec soulagement, avant d'ajouter : « On a tenu à être là par solidarité avec les collègues d'ici et de toute la France. »
« On a besoin de travailler en petits groupes pour les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage, et des problèmes de comportement et de concentration. Cela leur permet de mieux apprendre, et c'est bénéfique pour les autres. »
Le verdict final : 19 fermetures contre 4 ouvertures
Deux heures plus tard, le verdict est tombé : ce sera finalement 19 fermetures et seulement quatre ouvertures de classes dans le département. Les syndicats se sont déclarés « forcément mécontents » de cette décision.
« On est forcément mécontents », lâche Hélène Maleterre, secrétaire départementale du syndicat SE-Unsa, à l'issue de la réunion qui a validé la carte scolaire. « En premier lieu à cause de la politique nationale qui ne met pas de budget sur l'éducation. » Si elle salue la création de cinq pôles d'appui à la scolarité (PAS), Hélène Maleterre regrette que ce ne soit pas « avec une enveloppe dédiée ».
Même remarque du côté d'Alain Chabrillangeas, de la FSU. Lui, parle de « carte scolaire minimaliste pour un département pauvre. Il n'y a aucune ambition éducative. Rien pour le remplacement, rien pour l'éducation spécialisée ». Concernant les PAS, il estime qu'il s'agit de « pansements qui ne changeront pas grand-chose. Il faut des aides dans les écoles pour les élèves en difficulté. »
Cette validation de la carte scolaire en Dordogne illustre les tensions récurrentes entre les besoins éducatifs locaux et les contraintes budgétaires nationales, particulièrement sensibles dans les zones rurales où chaque fermeture de classe représente un coup dur pour la vitalité des communes.



