Écrire à la main reste essentiel pour l'apprentissage selon une linguiste
Écrire à la main essentiel pour l'apprentissage

Écrire à la main reste essentiel pour l'apprentissage selon une linguiste

Si savoir écrire au clavier est devenu indispensable dans notre société numérique, renoncer à l'écriture manuscrite constituerait une grave erreur pédagogique, affirme Atheena Johnson, docteure en linguistique appliquée à l'université Paris Nanterre. Au fil des décennies, des dispositifs technologiques ont été progressivement intégrés à l'apprentissage des langues, comme récemment avec l'intelligence artificielle générative. La sophistication croissante de ces outils condamne-t-elle à terme le recours aux crayons et aux stylos ? Ou les usages numériques peuvent-ils se combiner harmonieusement à l'écriture manuelle ? En quoi cette dernière conserve-t-elle sa valeur fondamentale pour l'être humain ?

Stylo ou clavier : un impact significatif sur la mémorisation des connaissances

L'écriture à la main a longtemps été associée à la mémoire et aux apprentissages. C'est en 1829 que la frappe au clavier est apparue, devenant courante en 1867 grâce à la première machine à écrire manuelle. Si les élèves d'autrefois apprenaient à écrire exclusivement à la main, les élèves d'aujourd'hui alternent constamment entre écrans et papier. Or, les recherches scientifiques démontrent que ces modalités n'ont pas les mêmes effets sur l'acquisition des connaissances. Dans une étude de 2014, on a observé que les élèves réussissent mieux à répondre aux questions analytiques s'ils prennent leurs notes à la main. Une étude de 2017 a établi que les étudiants âgés de 20 à 25 ans retiennent plus longtemps les informations qu'ils écrivent à la main par rapport à celles qu'ils tapent sur un clavier.

Par ailleurs, on a découvert que les étudiants qui utilisaient l'intelligence artificielle depuis leurs premières rédactions se souvenaient très peu de ce qui était réellement écrit lorsqu'ils étaient testés sur leur capacité à citer un texte, contrairement à ceux qui avaient composé eux-mêmes leurs textes. Trouver un équilibre judicieux entre production écrite traditionnelle et outils numériques est dès lors primordial pour optimiser les apprentissages.

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Une richesse lexicale moindre dans les productions numériques

Dans une expérimentation menée en 2019, avant le boom des IA génératives que nous connaissons aujourd'hui, nous avons comparé les productions manuscrites et dactylographiées d'étudiants en anglais. Nous avons constaté une moindre richesse lexicale dans les productions dactylographiées, ce qui confirme les tendances évoquées plus haut. L'objectif de l'étude était de déterminer s'il existait des différences linguistiques en fonction du mode de production. Nous nous sommes intéressés aux aspects stylistiques, tels que la valeur informationnelle des textes, à l'organisation des textes ainsi qu'aux aspects lexicaux.

Il y avait 58 participants à l'étude, chacun produisant un texte dactylographié et un texte manuscrit à un intervalle d'une semaine. L'expérience a eu lieu dans le cadre de la préparation d'une évaluation finale. Les participants ne pouvaient pas avoir recours à des ressources pendant la production, pas de dictionnaire, pas d'outils d'autocorrection. La majorité des textes ont témoigné d'une valeur informationnelle et d'une organisation textuelle statistiquement similaires dans les deux cas. Cela induit que le mode de production n'a pas eu d'influence sur les approches stylistiques utilisées.

Concernant la diversité lexicale, il n'en est pas de même. La richesse lexicale était bien plus importante dans la majorité des productions manuscrites. Les productions dactylographiées présentaient des faiblesses qui n'étaient pas présentes dans les productions manuscrites des mêmes participants. Ces résultats peuvent avoir des implications importantes pour l'enseignement de l'anglais et la manière dont les étudiants sont encouragés à produire des textes écrits.

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Écrire sur écran, ça s'apprend

Depuis que la transition numérique a remisé les stylos au placard, plusieurs pays se sont penchés sur les incidences des usages numériques sur les compétences écrites : l'Espagne, les États-Unis ou encore la France. Or, des études récentes soulignent l'importance de stratégies spécifiques d'écriture pour la progression des élèves, telles que la planification ou la relecture. Si la production manuscrite développe des capacités que le clavier ne développe pas, la maîtrise du clavier reste une compétence incontournable mais exigeante.

Les difficultés à écrire relevées aujourd'hui tiennent d'abord à leur place de moins en moins prioritaire dans les programmes scolaires en Europe, aux États-Unis ou encore en Chine. Par ailleurs, les modes de production sont fondamentalement différents à trois niveaux. D'abord, la saisie et l'écriture se déroulent dans des cadres spatiaux distincts. L'écriture se produit dans un espace unifié tandis que la saisie se déroule dans deux espaces séparés. Ensuite, la manière dont l'individu compose avec les différences spatiales lors de la planification, de la transcription et de la révision d'un texte est également nettement différente. Enfin, la perception et les usages des étudiants varient selon les modes de production.

C'est pourquoi il est important de continuer à insister sur les bénéfices cognitifs de l'écriture manuscrite à l'école et ailleurs, tout en prenant conscience de l'apprentissage que suppose l'écriture numérique pour que les élèves arrivent au même niveau de fluidité sur écran que sur papier. En classe, il s'agit de réfléchir aux options proposées en termes d'outils de rédaction. Reste à suivre les prochaines évolutions : quels seront les impacts du recours croissant aux IA sur la production écrite ? Cet article est réalisé par The Conversation et hébergé par 20 Minutes.