Pablo Votadoro analyse la contagion des violences adolescentes en milieu scolaire
Contagion des violences adolescentes : analyse d'un pédopsychiatre

La contagion des violences adolescentes en milieu scolaire décryptée par un expert

Pablo Votadoro, pédopsychiatre à l'Institut mutualiste Montsouris de Paris, s'exprime après la récente attaque au couteau dans un collège du Var début février. L'auteur de plusieurs tribunes sur les comportements dangereux des adolescents analyse ce qu'il qualifie de phénomène de « contagion » préoccupant.

Une série d'attaques qui interroge

Les attaques au couteau dirigées contre des enseignants se sont multipliées ces dernières années, créant une sinistre répétition. En octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, est décapité en rentrant chez lui. Février 2023 voit Agnès Lassalle, professeure d'espagnol, poignardée par un élève de 16 ans dans son lycée de Saint-Jean-de-Luz. Octobre 2023 marque l'assassinat de Dominique Bernard, professeur de lettres, à Arras par un ancien lycéen armé d'un couteau.

En juin 2025, Mélanie, une surveillante, est tuée à l'arme blanche par un élève de 14 ans devant le collège Dolto de Nogent. Début février, une professeure de Sanary dans le Var subit également une attaque au couteau par un élève dans son établissement. Cette accumulation d'actes violents pose une question cruciale : relève-t-elle du simple fait divers ou traduit-elle un problème sociétal plus profond ?

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Le mécanisme de contagion expliqué

« Plus les médias s'emparent de ce sujet, le commentent, en font le récit, plus ça crée un modèle », explique Pablo Votadoro. « Le modèle peut être incitatif et produire des effets contagieux visibles dans plusieurs formes de violences. » Le pédopsychiatre évoque l'effet Werther, ce phénomène où certains comportements se propagent par imitation, particulièrement chez les adolescents.

Les jeunes sont par essence influençables, à un âge de construction identitaire où le besoin de se différencier des parents les rend vulnérables aux influences extérieures. « Cette influence n'est pas un problème, sauf quand l'adolescent est en souffrance », précise le spécialiste. « Là, il peut être attiré par des comportements dangereux vis-à-vis de lui ou des autres. »

Médiatisation et identification dangereuse

La médiatisation intensive de ces événements pourrait-elle être néfaste ? Pablo Votadoro répond par l'affirmative : « La société peut promouvoir des modèles de conduites délictuelles sans le vouloir, à travers les médias, le cinéma, les séries, les jeux vidéo. » Il cite l'exemple américain des school shootings, dont la fréquence s'est accélérée après la tuerie de Columbine en 1999.

En France, des expressions inquiétantes circulent dans les établissements scolaires, comme « Je vais te faire une Samuel Paty ». L'identification fonctionne d'autant plus que notre société s'américanise, selon le pédopsychiatre, avec une conjonction d'éléments favorisant ces passages à l'acte.

Facteurs aggravants et pression scolaire

La période post-Covid a vu une augmentation notable de la dépression et de l'anxiété chez les adolescents, touchant près de 30% des jeunes selon les données épidémiologiques. Pablo Votadoro pointe également le lien entre compétition scolaire et harcèlement.

« Parcoursup n'y est pas étranger et provoque une pression terrible chez les jeunes et leurs parents », analyse-t-il. « Cette course aux résultats génère un malaise des jeunes entre eux et vis-à-vis de leurs parents. » Le système éducatif français, de plus en plus compétitif, créerait ainsi un terrain propice aux violences.

Des solutions thérapeutiques en crise

Face à cette situation alarmante, quelles solutions envisager ? Le pédopsychiatre déplore la déliquescence de la pédopsychiatrie française, pourtant pionnière dans ce domaine. « On essaie de faire basculer les prises en charge vers le médico-social, on propose des inclusions, on prescrit beaucoup de médicaments », constate-t-il.

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De nombreux enfants et adolescents se retrouvent diagnostiqués TDAH (trouble du déficit de l'attention) et sous traitement médicamenteux, souvent pour améliorer leurs résultats scolaires. « Mais qui soigne la souffrance, l'origine du mal, l'intime ? », interroge Pablo Votadoro.

La psychanalyse comme outil de prévention

Le spécialiste défend le rôle crucial de la psychanalyse, « attaquée alors même qu'elle est le tronc sur lequel s'est appuyée la pédopsychiatrie ». Il rappelle l'apport fondamental de Françoise Dolto dans l'écoute des enfants et adolescents.

« Aujourd'hui, lorsqu'on repère un adolescent qui a formulé un désir de passage à l'acte, on peut certes le diagnostiquer, mais on peut surtout le rencontrer, lui parler pour le soigner », insiste-t-il. La prévention doit devenir une priorité absolue pour éviter l'emballement de ce phénomène contagieux qui menace la sécurité des établissements scolaires français.