Classes dédoublées en REP : un premier bilan contrasté après huit ans de mise en œuvre
La limitation du nombre d'élèves à douze, puis finalement quinze, dans les classes de CP et de CE1 des écoles en réseau d'éducation prioritaire (REP) a constitué l'une des mesures emblématiques du premier quinquennat d'Emmanuel Macron et du passage de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle. Confrontés aux difficultés persistantes des élèves issus des quartiers populaires, tant en français qu'en mathématiques, les pouvoirs publics ont cherché à leur offrir des conditions d'apprentissage nettement améliorées et potentiellement plus profitables.
Le déploiement progressif de cette réforme a débuté à la rentrée 2017 pour s'étendre, en 2020, à l'ensemble des enfants scolarisés en REP et REP+ de la grande section de maternelle au CE1. En ce mois de février 2026, la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l'Éducation nationale publie une note dressant un premier bilan dont les conclusions apparaissent nuancées, particulièrement au regard des moyens financiers substantiels engagés, évalués initialement à cinq milliards d'euros.
Des avancées à court terme qui ne résistent pas au temps
Une étude menée en 2021 sur la première cohorte ayant intégré ces classes réduites en 2017, spécifiquement en REP+, avait mis en lumière les effets positifs immédiats de la diminution des effectifs. « En fin de CE1, soit après deux années complètes de scolarisation en classe dédoublée, les élèves de REP+ obtiennent, en français comme en mathématiques, des résultats significativement supérieurs à ceux des élèves scolarisés dans des écoles de REP aux caractéristiques similaires mais n'ayant pas bénéficié de la mesure », affirmait alors la Depp, validant ainsi le potentiel de ce dispositif comme outil de réduction des inégalités sociales à l'école. Les progrès les plus marqués étaient observés en CP et persistaient visiblement en CE1.
La nouvelle note de la Depp, s'appuyant sur l'analyse des cohortes suivantes, confirme dans les grandes lignes une progression plus soutenue des élèves scolarisés en éducation prioritaire. Cependant, les données révèlent une tendance préoccupante : les bénéfices constatés à court terme, de la fin du CP jusqu'à la fin du CE1, s'estompent complètement à l'entrée en classe de sixième, tant en français qu'en mathématiques. Une exception notable concerne les départements et régions d'outre-mer, où les effets semblent plus résilients.
Par conséquent, bien que ce constat doive être consolidé par les études futures sur les cohortes ultérieures, il ne semble pas exister d'effets durables de la réforme pour ces élèves qui réintègrent, à partir du CE2, des classes aux effectifs classiques, avoisinant en moyenne vingt-deux élèves en REP et REP+.
La formation des enseignants, un levier essentiel encore sous-exploité
Comment interpréter cette disparition des progrès ? Plusieurs facteurs explicatifs sont avancés. Premièrement, les cohortes étudiées ont été fortement impactées par les fermetures d'écoles durant la crise sanitaire du Covid-19, notamment pendant les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021, sachant que les populations socialement défavorisées en ont subi les conséquences de manière disproportionnée. L'évaluation définitive de l'incidence de ce paramètre exigera donc l'analyse des prochaines études prévues.
Deuxièmement, lorsque les élèves retournent dans des classes non dédoublées, ils peuvent se retrouver dans des environnements parfois peu propices aux apprentissages. La présence d'élèves en grande difficulté, voire en souffrance, devient plus complexe à gérer avec un effectif complet et pénalise inévitablement les élèves de REP+ qui requièrent une attention soutenue et individualisée.
En outre, si les enseignants exerçant en éducation prioritaire voient leurs conditions de travail s'améliorer en grande section, CP et CE1, « de manière générale, l'étude des pratiques enseignantes en classe réduite […] ne fait pas apparaître de changement très net ». Autrement dit, bien que le climat de classe soit moins perturbé et que le sentiment d'efficacité personnelle des professeurs soit renforcé, et malgré quelques avancées observées en matière de différenciation pédagogique, de pédagogie active ou de stimulation cognitive, les pratiques pédagogiques n'ont pas connu de transformations majeures, une réalité qui s'applique également aux classes non dédoublées.
Ainsi, la formation des enseignants à des approches pédagogiques renouvelées et adaptées apparaît comme une nécessité absolue pour optimiser les bénéfices, dans toutes les classes, qu'elles soient dédoublées ou non. La réforme du recrutement à bac + 3, conduisant à deux années d'alternance entre enseignement et formation, devrait théoriquement permettre d'acculturer les nouveaux professeurs à ces pratiques innovantes.
Mais l'expérience terrain reste cruciale. Recourir à des enseignants chevronnés – alors que ce sont souvent les jeunes professeurs qui sont mutés en REP et REP+ – constitue une autre piste, à condition d'engager une réflexion approfondie sur le système de mutation et de rémunération des enseignants, ce qui s'avère déjà plus complexe politiquement et administrativement.
Vers une approche systémique pour lutter durablement contre les inégalités
Par ailleurs, les élèves présentant des troubles d'apprentissage, proportionnellement plus nombreux en REP et REP+, devraient pouvoir bénéficier d'une prise en charge individuelle, précoce et sur le long terme. C'est précisément le rôle des Rased (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), dont les effectifs, après une chute vertigineuse à partir de 2007, n'ont jamais retrouvé leur niveau initial, avec une diminution d'environ un tiers des postes.
En réalité, pour pérenniser dans le temps les progrès des élèves permis par la réforme Blanquer, la note de la Depp invite l'Éducation nationale à initier une réflexion globale. L'objectif est que les réformes futures s'inscrivent dans une approche véritablement systémique, seule capable d'œuvrer efficacement contre les inégalités scolaires et sociales que l'école peine encore, aujourd'hui, à réduire significativement.
Iannis Roder, directeur de l'Observatoire de l'éducation de la Fondation Jean Jaurès.



