Alternance en école de commerce : un modèle sous pression
« C’est un véritable yo-yo. Nous devons sans cesse nous adapter à de nouvelles règles », résume Mohamed Afennich, directeur de Montpellier Business School (MBS). Le modèle de l’alternance est mis à mal en raison d’une nouvelle réduction des aides de l’État et des taxes supplémentaires aux entreprises. Pourtant, ce dispositif a longtemps été considéré comme une voie royale pour les étudiants en école de commerce. Il permet de mieux s’insérer sur le marché de l’emploi, de financer son année et ouvre les portes de formations payantes à des étudiants à faibles revenus.
À MBS, l’alternance fait partie de l’ADN de l’école depuis près de 30 ans et concerne aujourd’hui près de 60 % des effectifs. Mohamed Afennich, son directeur, livre cinq conseils aux étudiants en école de commerce pour décrocher plus facilement ce sésame.
Construire un projet professionnel réaliste
« La première étape est la construction d’un projet professionnel clair, cohérent et réaliste », explique le directeur de MBS. Chercher une alternance ne s’improvise pas : il s’agit d’un véritable engagement qui suppose une réflexion approfondie sur son orientation, ses compétences et ses aspirations.
Avant même d’envoyer un CV, l’étudiant doit analyser le marché : secteurs qui recrutent, types de postes accessibles, attentes des entreprises, taille des structures. « Ce n’est pas parce que je veux faire du marketing que je dois m’y limiter, explique-t-il. Il faut parfois s’ouvrir à la communication, au digital, aux études consommateur ou à l’analyse de data. »
La mobilité géographique est également un facteur clé. De plus en plus d’alternants n’étudient pas dans la même ville que leur entreprise. Les étudiants sont invités à élargir leurs recherches et à ne pas se brider. « Grâce aux retours d’expérience des anciens étudiants, il existe aujourd’hui de nombreuses solutions : colocation, covoiturage, logements temporaires. C’est contraignant, mais souvent très formateur », explique Mohamed Afennich.
Certains secteurs sont enfin à éviter. À terme, les plus petites entreprises ou celles à moindre budget (associations, secteur public, start-up…) n’auront plus les moyens de recruter des étudiants d’écoles aux frais de scolarité très élevés. Trouver une alternance demande donc davantage de maturité, de lucidité et de flexibilité.
Valoriser les expériences et compétences qui font la différence
Les recruteurs ont d’abord besoin d’être rassurés. « Les entreprises attendent des profils capables de comprendre rapidement le fonctionnement d’une organisation et d’être efficaces », renchérit Mohamed Afennich. Les étudiants doivent donc adapter leurs CV aux offres, en valorisant leurs expériences passées les plus pertinentes.
Mais au-delà de l’opérationnel, les recruteurs veulent aussi embaucher des jeunes dotées des fameuses soft skills (compétences douces). « Motivation, capacité d’adaptation, esprit critique, autonomie, polyvalence… À l’ère de l’intelligence artificielle, ces compétences humaines font souvent la différence », confie-t-il. Des compétences que les candidats ont intérêt à valoriser pendant leurs entretiens.
Anticiper au maximum sa candidature
Pour une rentrée en septembre, les écoles conseillent de commencer les recherches dès janvier. Une vision à long terme permet à l’étudiant de mûrir son projet professionnel et à l’entreprise de trouver le profil le plus adapté.
Mohamed Afennich avertit ses élèves : « Un étudiant à la recherche d’une alternance peut envoyer 100 à 150 CV pour avoir peut-être 10 retours maximum. » Trouver une alternance demande de la persévérance et beaucoup d’organisation. La bonne idée ? Un tableau Excel pour suivre rigoureusement l’avancée de ses candidatures.
Exploiter les ressources proposées par l’école
Dans les grandes écoles, les équipes des career centers sont dédiées à l’accompagnement des étudiants en recherche d’alternance. « Elles organisent des événements comme des job dating, du coaching individuel, des ateliers CV et entretiens », énumère Mohamed Afennich.
Le plus souvent, les offres d’alternance sont publiées en interne grâce à des groupes WhatsApp, Facebook et des boucles de mails. « Pourtant, beaucoup d’étudiants n’exploitent pas suffisamment ces ressources. Il faut être opportuniste, proactif et visible », insiste Mohamed Afennich.
Activer et entretenir son réseau
Enfin, la puissance du réseau fait toujours la différence. Le directeur encourage les étudiants à solliciter les professeurs, les intervenants et, bien sûr, le réseau alumni de leur école. « Certains alumni occupent aujourd’hui des postes de cadres dirigeants. Leur accompagnement et leurs conseils sont extrêmement précieux », souligne le directeur. Des annuaires sont souvent à disposition des étudiants pour contacter les anciens de l’école.
Mais LinkedIn reste l’outil le plus puissant et le plus direct, précise-t-il. « La marque grande école est un atout fort, à condition de l’utiliser intelligemment », ajoute-t-il. Et puisque toutes les offres d’emploi ne sont pas publiées, les écoles encouragent enfin les étudiants à oser les candidatures spontanées. « Dans un marché très concurrentiel, l’audace, la constance et la qualité de la démarche finissent toujours par payer », conclut-il.
L’intérêt d’une grande école est d’offrir un suivi sur la durée et adapté aux différents profils. Si au bout de trois mois l’étudiant n’a pas trouvé d’alternance, les écoles proposent de rejoindre la formation initiale. Et d’autres solutions existent : horaires aménagés pour des jobs étudiants, bourses, prêts à faibles taux ou stages alternés…



