Brigitte Lahaie se confie : du porno à la radio, le parcours d'une femme libre
Brigitte Lahaie : du porno à la radio, une femme libre se raconte

Brigitte Lahaie se dévoile : un parcours de liberté et d'acceptation

Initialement prévue dans sa maison de campagne en région parisienne, la rencontre s'est finalement tenue dans le petit appartement parisien que Brigitte Lahaie occupe en semaine, situé dans un immeuble discret du XVIe arrondissement. Vêtue d'une robe de laine noire et d'une veste cintrée rouge vif, l'ancienne actrice pornographique devenue animatrice radio nous reçoit avec simplicité, un élégant lévrier à ses pieds. L'objet de cet entretien dans la lumière douce d'un après-midi ensoleillé ? Évoquer le parcours singulier de celle qui, depuis ses débuts dans le cinéma pornographique à la fin des années 1970, a su naviguer sa vie au gré d'un vent de liberté constant.

Un nouveau livre de confidences

Sur la table repose Lahaie par Brigitte (Éditions Pulse), le livre de confidences publié en 2024 dans lequel elle se raconte sans fard, enrichi de nombreuses photographies. D'emblée, notre hôtesse, habituée aux conversations intimes avec les auditeurs de Sud Radio, se montre rassurante : elle répondra à toutes les questions avec franchise et sans détour. Une fois installée confortablement sur le canapé, sa chienne assoupie à portée de main, la conversation peut commencer d'une voix basse, propice aux confidences.

Le Point : En 1987, vous vous livriez déjà dans le best-seller Moi, la scandaleuse. Pourquoi avoir écrit ce nouveau livre de confidences ?

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Brigitte Lahaie : C'est l'éditeur Guillaume Le Disez qui, après le succès de Brigitte Lahaie, Les films de culte, a eu l'idée de ce livre plus personnel. Souvent, des auditrices me demandent comment j'en suis arrivée où je suis aujourd'hui. J'ai donc décidé de raconter les moments de ma vie qui expliquent celle que je suis devenue, et d'où me vient cette force de caractère. Si cela n'avait tenu qu'à moi, j'aurais choisi des photos de mes animaux, et peut-être une seule photo de moi à poil ! Mais j'ai aussi la lucidité de savoir ce que je représente, et ce qu'on peut attendre d'un livre de photos qui porte mon nom.

Regard sur le passé et acceptation

Quel regard portez-vous sur ces images, aujourd'hui ?

Une amie psychanalyste me disait récemment qu'il était encore plus dur de vieillir quand on avait été belle. Moi, je crois que j'ai tellement de photos de cette période que j'ai pu en faire le deuil, ce qui me permet d'accepter plus facilement d'avoir été et de ne plus être. C'est quand même une chance d'être reconnue comme une des femmes ayant eu les plus beaux seins du monde. Et même si je ne me trouvais pas très belle à l'époque, je crois qu'il est plus facile de vieillir quand on a été adulé pour sa beauté. Beaucoup de comédiennes se plaignent de leur âge, mais je pense que c'est parce qu'elles ne font pas de travail sur elles-mêmes. Si on le fait, vieillir devient normalement plus facile.

Vous l'avez fait ce travail, vous ?

Je l'ai fait, même si je n'ai pas fait d'analyse traditionnelle. Cependant, j'ai eu un très bon ami psychanalyste qui m'a sûrement aidée, et j'ai beaucoup étudié la psychanalyse. Comme j'ai étudié l'astrologie, la spiritualité... Ma vie, depuis mes 30 ans, est une sorte d'autoanalyse permanente. Il a fallu que je comprenne pourquoi j'avais fait du porno, pourquoi aussi on m'a, à la fois, détestée et adulée. Sans ce travail sur moi-même, je n'aurais pas tenu... Parce que tout ça paraît simple aujourd'hui, mais ça ne l'était pas tant que ça.

Les débuts dans le cinéma pornographique

Qu'est-ce qui vous a amenée à vous lancer dans le cinéma pornographique ?

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Quand j'ai quitté Lyon pour Paris avec ma sœur, j'ai commencé par vendre des chaussures. Je me disais : « Je ne veux pas de cette vie-là. Métro-boulot-dodo, ce n'est pas moi ». Alors quand on m'a proposé ce truc-là, j'ai trouvé ça super. Mais quand j'y réfléchis, il faut être un peu fou pour le faire. Et si je suis une femme libre aujourd'hui, à l'époque j'étais surtout téméraire ! Il fallait quand même oser se lancer dans le porno quand on venait du petit milieu bourgeois qui était le mien. Quand j'ai tourné ma première séquence, je n'avais eu que deux hommes dans ma vie, j'étais très prude. Mais j'étais prête à tout pour vivre mes pulsions...

Comment cela a-t-il été reçu par votre entourage ?

Mon père l'a très bien accepté. Ma mère, ça a été plus compliqué. En même temps, c'est ma lignée maternelle qui m'a amenée au porno. Et peut-être qu'au fond d'elle-même, elle aurait aimé en faire aussi. Je ne sais pas, je n'ai jamais abordé ce sujet avec elle, trop brûlant. Ma grand-mère maternelle a subi l'opprobre de par sa liberté sensuelle, et ma mère, qui n'a pas connu son géniteur, en a beaucoup souffert. Je suis donc allée à l'opposé de tout ça : j'ai choisi de montrer qu'une femme pouvait utiliser sa sexualité comme elle en avait envie et que la société n'avait pas à la juger pour ce choix. J'ai assumé, et j'ai même pris du plaisir à être scandaleuse.

Regard sur le féminisme et la liberté

Vous considérez-vous comme féministe ?

À ma manière, oui. Pour moi, le féminisme c'est aider les femmes à connaître leurs désirs, à se réaliser, à se créer – et pas seulement procréer. Mais tout cela est compliqué. Et le féminisme actuel ne parle pas de ce paramètre important qui veut que beaucoup d'entre elles – et d'êtres humains en général – ne soient pas toujours prêtes à être libres. Parce qu'être libre implique d'être responsable, d'assumer ses choix. Et ce n'est pas si simple ! Parce qu'être libre implique aussi de dépasser le besoin d'être aimée, d'être désirée. Et ce n'est pas simple non plus !

La liberté est exigeante. Elle a aussi un coût, quel a-t-il été pour vous ?

Je ne sais pas, c'est tellement ma nature... Sans doute, parce que j'ai vu ma mère souffrir du manque de liberté et des sacrifices qu'elle a pu faire. J'ai quitté le premier homme avec qui j'étais – un homme extraordinaire avec qui j'ai été très heureuse – au bout de trois ans, parce que je sentais qu'il serait un frein à la vie que je voulais vivre. Il avait beaucoup d'argent et ça a, ensuite, été plus difficile. Souvent, la liberté a un coût financier. L'autre coût revient à devoir assumer la culpabilité qu'on peut ressentir à faire du mal. Bien que j'aie la chance de ne pas être trop ravagée par ce sentiment... Enfin, pour ma liberté, j'ai décidé de ne pas avoir d'enfant. Je ne le regrette pas.

Un destin extraordinaire

Vous racontez dans votre livre que la religieuse qui a accouché votre mère vous a prédit « un destin extraordinaire ». Elle a dit vrai ?

Bien sûr, j'ai eu une vie extraordinaire. Pas toujours facile, certes. Mais j'ai eu beaucoup de chance : j'ai fait des rencontres magnifiques, j'ai voyagé, j'ai aimé, je suis à l'abri du besoin. Et puis, je suis très heureuse de vivre et je n'ai pas envie que ça s'arrête, mais si je partais demain, je me dirais que j'aurais bien vécu. Surtout, à 70 ans, j'ai le sentiment de ne plus rien avoir à prouver. C'est assez récent, et c'est une satisfaction extraordinaire.

Vous écrivez dans votre livre que vous voyez la vie comme un roman. Quel titre porterait le vôtre ?

Ce qui me définit le plus, je crois : Une femme libre.