Bien-être animal : le logo de LDC attaqué par les ONG
Bien-être animal : le logo de LDC attaqué par les ONG

Depuis le 14 septembre, un nouveau logo bleu et blanc avec un cœur rouge, portant les mentions « bien-être animal » et « filière agricole engagée », apparaît sur les paquets de poulet des marques Loué, Le Gaulois et Maître Coq. Cette initiative, portée par LDC, leader français de la volaille, et le collectif « Filière agricole engagée pour élever le bien-être animal », vise à valoriser les efforts des éleveurs sur les 85 % de la consommation française non concernés par les filières plein air, comme le Label Rouge ou le bio. Cependant, quatre ONG (CIWF, LFDA, OABA et WELFARM) ont saisi la DGCCRF pour « pratique commerciale trompeuse », estimant que ce logo fait de l'ombre aux démarches vertueuses et contrôlées par l'État.

Une initiative saluée par la ministre, critiquée par les associations

Annie Genevard, ministre de l'agriculture, a salué la démarche sur X (anciennement Twitter) le 18 septembre : « Apposé sur les produits, il permet aux consommateurs d'identifier en un coup d'œil des poulets 100 % français, élevés selon des exigences qui vont au-delà de la réglementation. » Le collectif revendique plus de 1 300 éleveurs engagés, ce qui représente près de deux poulets sur dix en France, selon Reporterre.

Mais les associations rappellent que ce logo n'est reconnu ni par les pouvoirs publics ni par l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité). Anaïs Gonzalez, de la CIWF, dénonce une « concurrence déloyale » : « Il fait de l'ombre et concurrence de manière déloyale les démarches réellement vertueuses et contrôlées par l'État, telles que le Label Rouge ou le Bio, dont les coûts de production sont plus élevés. »

Des garanties jugées insuffisantes au regard des recommandations scientifiques

Le logo impose cinq « garanties de bien-être animal » : lumière naturelle dans le poulailler, 10 % d'espace en plus, aménagements (perchoirs, paille, objets à picorer), contrôles sanitaires et personnel formé à la protection des animaux. Cependant, les ONG estiment que l'appellation « bien-être animal » est trompeuse au regard des recommandations de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

La réglementation européenne fixe à 33 kg/m² la densité maximale de base pour les poulets. En France, des dérogations permettent d'atteindre 39, voire 42 kg/m², si l'éleveur garantit de bonnes conditions d'élevage. La charte du logo fixe son maximum à 38 kg/m² et promet « 10 % d'espace en plus ». Agathe Gignoux, de la CIWF, souligne que ces 10 % sont calculés à partir du seuil français de 42 kg/m², et non de la limite européenne de 33 kg/m². « Or, la science montre qu'au-delà de 30 kg/m², les poulets souffrent et ne peuvent plus exprimer leurs comportements naturels, comme battre des ailes pour réguler leur chaleur. »

Des souches à croissance rapide et une étiquette déjà existante

Le cahier des charges autorise également des souches à croissance rapide, comme la Ross 308. Selon la CIWF, « ces poulets, sélectionnés pour grossir très vite, développent des problèmes cardiaques, musculaires et articulaires ». L'éleveur breton Guillaume d'Hueppe, membre du collectif, se défend : « Pour des enjeux économiques, on est obligé de les utiliser. » Il estime que le bien-être dépend surtout des conditions d'élevage. « Si demain le consommateur a les moyens d'acheter des souches à croissance plus lente comme l'European Chicken Commitment (ECC), on y va. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. »

Les ONG rappellent qu'il existe déjà une étiquette « bien-être animal » indépendante, classant les produits de A à E. Selon la CIWF, seuls les niveaux A, B et C garantissent un réel bien-être animal. Elles reprochent au collectif d'avoir créé son propre logo plutôt que d'« assumer » les notes de ses produits. « Carrefour a joué le jeu de la transparence en affichant la note E sur son poulet premier prix », affirme la chargée des relations agroalimentaires de la CIWF.

Une alerte à la DGCCRF et une possible action en référé

Les quatre ONG ont saisi la DGCCRF pour « pratique commerciale trompeuse », sur le fondement des articles L. 121-1 et L. 121-2 du Code de la consommation. Elles demandent que le logo soit « jugé illégal et retiré des packagings ». Pour l'instant, il s'agit d'une alerte auprès de l'État, mais les associations n'excluent pas un recours en référé pour faire cesser son usage. Guillaume d'Hueppe, de son côté, se dit prêt à ouvrir les portes de son élevage et invite les ONG à rejoindre l'initiative. « On n'a rien à cacher », affirme-t-il.