Montpellier : le bilan contrasté de Michaël Delafosse à 140 jours de la fin de son mandat
Bilan Delafosse à Montpellier : transports gratuits, sécurité et dette

Un compteur pour marquer les derniers jours du mandat

Dans son bureau, un compteur égrène les jours : 140 avant la fin du mandat municipal. Le maire socialiste de Montpellier, Michaël Delafosse, se félicite d'avoir redonné à sa ville « un nouveau souffle », du nom de son programme de 2020. « Le but de ce compteur, souligne l'édile, c'est de veiller à respecter mes engagements. Mais c'est aussi une lutte contre l'inertie de l'époque. L'inertie, c'est de la perte d'argent public. Et bien utiliser l'argent du contribuable, c'est aller vite. »

Transports : la gratuité au cœur des polémiques

Le 18 octobre, danseurs, acrobates et feu d'artifice ont célébré l'arrivée de la ligne 1 à la gare Sud-de-France. « Un tramway nommé Désir », a rappelé Michaël Delafosse. Ce chantier de 50 millions d'euros est presque une goutte d'eau au regard des 1,133 milliard d'euros investis dans les transports. La ligne 5, qui sera inaugurée le 20 décembre, aura englouti à elle seule 440 millions d'euros. « Pas une métropole en France, à l'exception du Grand Paris, n'a autant augmenté son offre de transports », se félicite le maire.

Critiques sur la gratuité

Mais c'est la gratuité des transports publics, mise en œuvre fin 2023, qui concentre les critiques. Une mesure « ni anticipée ni planifiée », selon la candidate LFI Nathalie Oziol. « Si on se prive de 50 millions de recettes par an, on se prive d'un transport de qualité », déplore la candidate d'Aimer Montpellier, Isabelle Perrein. Tous se réfèrent au rapport de la Cour des comptes, publié en septembre, très critique envers cette mesure quant à son coût et à ses effets sur les modes de déplacement.

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« La Cour a réalisé son enquête au pire moment, quand le réseau était coupé pour travaux », rétorque la vice-présidente déléguée au transport, Julie Frêche. Surtout, le bilan des magistrats contraste avec l'étude de Mobility Metrix que la métropole publiera prochainement et qui atteste d'une baisse importante de l'usage de l'automobile depuis la mise en place de la gratuité. Quant au coût, il est, selon le maire, de « 30 millions d'euros par an, intégralement couverts par le versement mobilité et les économies réalisées sur la billetterie ».

Sécurité : un budget plus que doublé

Le maire PS, qui assume d'avoir « bousculé les codes » dans ce domaine, se targue d'être un « maire qui protège ». « Nous avons plus que doublé le budget consacré à la sécurité », confirme l'adjoint chargé du sujet, Sébastien Cote. Le nombre de policiers municipaux est passé de 182 à 240, sans compter les 40 agents privés recrutés pour assurer la « tranquillité résidentielle » des habitants du parc HLM, et les 40 agents de la nouvelle police métropolitaine des transports. En parallèle, les caméras de vidéosurveillance sont passées de 310 à 510.

Résultats contestés

Plus de moyens pour quel résultat ? « Avec 86,2 crimes et délits pour 1 000 habitants, Montpellier reste la sixième ville la plus criminogène de France », affirme Isabelle Perrein, citant un classement du site L'Internaute. Des chiffres démentis par Sébastien Cote et qui sont à manipuler avec prudence, puisqu'ils reflètent avant tout l'activité policière et les dépôts de plainte. À gauche, Alenka Doulain (Cause Commune) reproche sans surprise à l'équipe sortante « une stratégie de police cow-boy avec des opérations coups de poing qui sont des échecs ».

« Nous assumons de faire de la répression, mais nous faisons aussi de la prévention », rétorque Sébastien Cote, qui met en avant la création de postes de médiateurs dans le quartier de la Mosson, la mise en place d'une procédure de rappel à l'ordre et l'organisation d'un conseil pour les droits et devoirs des familles en partenariat avec le procureur de la République.

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Déchets : la grande fracture

Pour en finir avec les 110 000 tonnes de déchets encore exportées chaque année, Michaël Delafosse assume son choix de construire une chaudière CSR (combustibles solides de récupération) en 2030 dans l'usine Amétyst. Sur ce sujet, le maire est soutenu par René Revol, vice-président chargé du sujet à la métropole et élu LFI. « Ce centre de tri interviendra à la fin de la chaîne de recyclage, il fonctionnera avec des galets caloriques brûlés dans la chaudière avec les filtrations les plus modernes et il créera une source de chaleur qui alimentera 20 000 foyers », défend le maire de Grabels.

Opposition unanime

Hormis LFI, l'ensemble de l'opposition, Jean-Louis Roumégas en tête, dénonce ce projet. Y compris à droite : « C'est irresponsable d'implanter ce four à plastique aux Grisettes, en pleine zone habitée », s'insurge Isabelle Perrein. Même prudence chez Thierry Tsagalos, responsable du RN à Montpellier : « Nous n'avons aucun recul sur les microparticules émises. »

Urbanisme : bétonisation ou végétalisation

Le débat revient en boucle depuis que l'écologiste Coralie Mantion, colistière de Jean-Louis Roumégas, a claqué la porte de la majorité. Et le Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Climat voté en juillet n'a pas fait taire les critiques, bien qu'il prévoie moitié moins d'artificialisation d'ici à 2031. La municipalité vient de renoncer à construire des logements sur la ZAC du Coteau à Malbosc, mais ses adversaires lui reprochent toujours les deux immeubles prévus sur les terrains maraîchers de la Cité Bergère, aux Beaux-Arts.

Critiques écologistes

« Michaël Delafosse reste accroché au projet urbain lancé par Georges Frêche avec un coup de peinture verte : une mégalopole qui s'étale jusqu'à la mer », estime le candidat écologiste. Même pique du côté de Nathalie Oziol, qui reproche au maire « d'urbaniser à outrance sans plan global » et qui réclame « des logements abordables ». La majorité met en avant le fait d'être « la seule commune de plus de 100 000 habitants à respecter la loi SRU » et vante la reconstruction du quartier de la Mosson, « l'un des plus beaux projets de réinvestissement urbain », estime Laurent Nison, adjoint aux grands travaux.

Culture : un échec, des succès

Les succès du festival Montpellier Danse, cet été (+ 15 % de billets vendus), de l'exposition de JR, « Adventice », au Carré Sainte-Anne et de la rétrospective Soulages au musée Fabre ont fait oublier le projet avorté de Capitale européenne de la culture pour 2028. « Un fiasco, tacle Isabelle Perrein, avec 700 000 € gaspillés pour un dossier hors sujet. » Corinne Poléri, adjointe à la culture à la mairie de Lunel, l'une des 154 communes associées, salue au contraire « une dynamique collective bénéfique, qui perdure via l'association Montpellier 2028 ».

Soutien à la création locale

Pour faire face aux coupes budgétaires de l'État et du département, le maire a débloqué 250 000 € de fonds d'urgence pour « sanctuariser la culture ». Pour autant, l'opposition conteste un manque de soutien à la création locale. « On achète Les Nuits du Peyrou pour passer à la télé, tandis que les jeunes artistes n'ont pas de lieux pour créer », fustige Jean-Louis Roumégas.

Écoles : un projet hors norme

« Il a fait de l'éducation une priorité absolue », assure Véronique Brunet, première adjointe chargée de l'éducation, rappelant les 400 millions d'euros engagés pour le Plan école voulu par Michaël Delafosse. Symbole de cette ambition, l'école Hypatie, à la lisière de la Mosson et de Malbosc, qui a accueilli 110 élèves cette rentrée – 300 à terme. Premier établissement de l'académie à obtenir le label Mixité d'excellence, elle mêle maternelle et primaire, tout en affichant une conception écologique « sans climatisation » et des classes à effectif réduit.

Critiques de l'opposition

Une « école-usine décidée sans concertation », estiment les représentants de Cause commune, Alenka Doulain et Soufyane Heutte. Retards de rénovation, écoles vétustes mal isolées, canicules mal vécues… L'opposition dénonce une vitrine plus qu'une politique. « M. Delafosse n'a pas eu le sens des priorités, tranche Isabelle Perrein. On dépense sans compter sur des projets emblématiques alors qu'il manque des écoles. Certaines fratries sont séparées, faute de places. »

Finances : bataille de chiffres sur la dette

« Les finances sont dans un état alarmant et catastrophique. » À la tête de la commission des finances de la ville et de la métropole, Salim Jawhari n'y va pas par quatre chemins. Pour ce proche de Mohed Altrad, « le poids de la dette est tel qu'on ne pourra plus emprunter au prochain mandat ou alors à des taux d'intérêt très élevés. Le quoi qu'il en coûte a un prix. »

Défense de la majorité

Qu'en est-il vraiment ? Côté ville, l'endettement est de 6,7 années sur le dernier compte administratif et de 9,4 sur le budget 2025, soit bien en deçà du seuil d'alerte de 12 ans. « Nous avons dû réaliser des investissements nécessaires, comme le plan de 400 millions pour les écoles, explique l'adjoint aux finances, Michel Aslanian. Mais notre endettement reste à un niveau extrêmement soutenable. » À la métropole, en revanche, « nous sommes à 12 ans et le budget 2025 est à 14,9 ans », affirme Salim Jawhari.

« Nous ne sommes absolument pas dans le rouge », dément le vice-président de la métropole délégué aux finances, Renaud Calvat. Si le maire de Jacou reconnaît que la dette a augmenté de 400 millions d'euros pendant la durée du mandat, pour s'établir à 1,24 milliard, c'était, selon lui, nécessaire : « Nous avons investi 2 milliards d'euros, notamment pour réaliser des équipements structurants. » Tout en renonçant, souligne-t-il, à certains projets, telle la rénovation du musée Fabre.

Michaël Delafosse l'admet : il s'agira de moins investir dans le prochain mandat, « parce qu'il faudra se désendetter ». Et le maire sortant de prévenir : « Ceux qui défendraient une sixième ligne de tramway mettraient l'équilibre financier de la métropole en danger. »