La Corniche basque : un géologue retraité contredit les rapports officiels sur l'érosion
Un géologue contredit les rapports sur l'érosion de la Corniche basque

Un collectif de riverains de la Corniche basque conteste l'érosion invoquée pour supprimer la RD 912

Depuis plusieurs années, un collectif de riverains de la majestueuse Corniche basque s'oppose fermement à l'ampleur de l'érosion côtière, argument principal des autorités pour justifier la disparition programmée de la route départementale 912. Grâce aux recherches minutieuses d'un ancien géologue, Christian Chappey, ces habitants espèrent enfin être pris au sérieux par les décideurs locaux et régionaux.

Une mobilisation face à l'indifférence

Les retours étaient particulièrement décourageants pour les membres de l'Association de défense des habitants de la Corniche basque (ADHCB). En mai 2024, profitant de la fermeture expérimentale de la RD 912, le collectif a investi le rond-point de la bretelle d'autoroute à Urrugne pour manifester son profond désaccord concernant l'avenir programmé du tronçon reliant Ciboure à Hendaye. « Les gens nous disaient : 'Mais pourquoi vous vous battez, la route va disparaître ?' », confie Daniel Bona, membre actif du collectif de riverains.

Ce groupe de frondeurs a toujours été intuitivement persuadé du contraire, mais sans pouvoir étayer scientifiquement ses affirmations. La situation a radicalement changé avec l'arrivée d'une arme pacifique pour questionner la version officielle : Christian Chappey, géologue de formation âgé de 74 ans, résident de la bande littorale et adhérent de l'ADHCB.

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Le travail minutieux d'un géologue retraité

Ce spécialiste des couches terrestres, ayant travaillé pour de grands groupes français de l'uranium et du pétrole, est sorti de sa retraite pour éplucher méticuleusement le dossier ayant conduit au verdict implacable des autorités. L'Agglomération Pays basque a synthétisé sa position en décembre 2024 : « À l'horizon 2043, le recul du trait de côte aura en grande partie emporté la RD 912 dans son tracé actuel. »

Les décideurs locaux, appuyés par l'État, se fondent principalement sur deux rapports successifs du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) datés de 2011 puis 2014. Christian Chappey analyse avec pédagogie ces documents : « Le premier rapport de 2011 est une étude à l'échelle de tout le littoral de la Nouvelle-Aquitaine. Elle part de l'historique sur la période 1954-2009 pour faire une projection à dix ans du recul du trait de côte. »

Des projections qui divergent radicalement

Le résultat pour la Corniche basque selon cette première étude est de 0,10 cm par an en moyenne, avec une bande de sécurité de 10 mètres correspondant à la possibilité d'un affaissement majeur. Ce scénario donne un recul du trait de côte de 11 mètres en 2020 et 13 mètres en 2040, permettant théoriquement le maintien de la RD 912, à l'exception de six reculs ponctuels et modérés prévus à plus ou moins court terme.

La situation se complique avec le deuxième rapport de 2014, plus régional cette fois, couvrant le secteur d'Anglet à Hendaye. Christian Chappey s'interroge : « Est-ce qu'ils ont eu des états d'âme ? Toujours est-il qu'en 2014, le BRGM a décidé que 10 mètres, ce n'était pas assez. » Le calcul du risque projeté sur la Corniche prend alors 25 mètres à l'échéance 2043, tenant compte de « la possibilité que surviennent deux à trois événements majeurs sur ces trente ans ».

Une méthodologie remise en question

Le nouveau script, prévoyant un recul global de 28 mètres en 2043, anéantirait cette fois complètement la RD 912. L'ancien spécialiste des couches terrestres n'est pas convaincu par cette approche : « Ce modèle régional est appliqué à un sous-secteur beaucoup plus limité, la Corniche. Il faut regarder sa validité en le confrontant à l'historique des lieux. Cette étape-là n'a pas été faite. » Christian Chappey suggère que la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) aurait dû demander ces précisions avant de transmettre le dossier aux responsables politiques.

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L'historique contredit les projections

Le géologue retraité a décidé de réaliser lui-même ce travail de fourmi méticuleux. Pendant un an et demi, il a superposé toutes les images de la base IGN de 1938 à 2011, puis est allé vérifier personnellement au pied des falaises. Son objectif : recenser le nombre d'événements majeurs survenus par le passé sur cette bande côtière de plus de 4 kilomètres.

« En soixante-treize ans, le plus gros affaissement de toute la Corniche s'est produit en 2011, sur la falaise du blockhaus, et il a fait perdre 7,5 mètres. Tous les autres ont été moins importants et on n'a jamais vu un événement se reproduire deux fois au même endroit sur cette période », révèle-t-il avec précision.

Des bases scientifiques supplémentaires

Christian Chappey se dit conforté dans ses recherches par l'éclairage de deux thèses universitaires, bases scientifiques majeures publiées après les rapports du BRGM, par Mélody Prémaillon (2018) et Lucie Guillen (2024). Il en conclut que les projections du scénario de 2014 sont « très difficiles à retenir » et préconise que serve de référence pour l'avenir de la route le rapport de 2011. Ce faisant, « une viabilité nouvelle de plus de cinquante ans sera mise en place sur ce tronçon ».

Une contre-étude présentée aux élus

Jean-Philippe Michelena, président de l'ADHCB, compte désormais soumettre cette contre-étude approfondie aux élus de l'Agglomération et du Département, ainsi qu'aux maires concernés : « On leur envoie régulièrement des courriers qui restent sans réponse. Le comité de pilotage ne nous a jamais reçus. On espère être pris au sérieux maintenant. L'étude de Christian rejoint parfaitement notre expérience sur le terrain. »

Cette mobilisation citoyenne, soutenue par une expertise géologique solide, ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur l'avenir de la Corniche basque, remettant en question les certitudes officielles et appelant à un réexamen approfondi des données scientifiques disponibles.