Les étangs bleus de Guizengeard face au défi de leur succès
Les célèbres étangs bleus de Guizengeard, situés dans le département de la Charente, ont récemment inauguré d'importants aménagements destinés à répondre à un paradoxe contemporain : comment préserver un site naturel protégé tout en accueillant un public toujours plus nombreux ? Cet investissement de 233 000 euros illustre la volonté des autorités locales de trouver un équilibre délicat entre ouverture au tourisme et protection environnementale.
Un succès devenu problématique
Ces paysages aux eaux turquoise, hérités de l'ancienne exploitation d'argile, ont connu un engouement spectaculaire suite au confinement de 2020. « Le site a été victime de son succès », confirme la sénatrice Nicole Bonnefoy, soulignant l'afflux massif de visiteurs attirés par ces « Maldives charentaises ». Cette fréquentation exponentielle a rapidement fragilisé des milieux naturels déjà sensibles, posant des questions cruciales sur l'avenir du site.
Pourtant, la fermeture n'a jamais été envisagée. « L'ouverture au public reste primordiale », insiste Maryse Lavie-Cambot, administratrice du Conservatoire d'espaces naturels qui gère le lieu. Le véritable défi consistait donc à accueillir sans dégrader, une équation complexe nécessitant des solutions innovantes et durables.
Un programme d'aménagement ambitieux
Le projet, soutenu financièrement par l'État (à hauteur de 35%) et le Département, a permis de repenser entièrement les parcours de visite. Des installations similaires ont également été réalisées aux étangs bleus de Touvérac, créant une cohérence territoriale. Les nouveaux équipements comprennent :
- Des ganivelles pour délimiter les zones accessibles
- Des pontons et caillebotis pour sécuriser la circulation
- Des panneaux pédagogiques pour sensibiliser les visiteurs
- Des parkings non artificialisés pour limiter l'impact environnemental
Ces aménagements visent trois objectifs principaux : canaliser les flux touristiques, sécuriser les abords de falaises instables, et protéger une biodiversité remarquable comptant pas moins de 260 espèces différentes.
Réglementation et sensibilisation
Depuis 2021, des arrêtés de protection encadrent strictement les usages sur le site. Les principales mesures incluent :
- L'obligation de tenir les chiens en laisse
- L'interdiction de sortir des sentiers balisés
- La prohibition du camping sauvage
Des contrôles réguliers sont assurés conjointement par l'Office français de la biodiversité et la gendarmerie nationale. « La répression comme la sensibilisation commencent à payer », observe avec satisfaction Aurélien Gadrat, le maire de Guizengeard.
Une fréquentation qui reste soutenue
Malgré ces mesures, les chiffres de fréquentation témoignent d'une attractivité intacte. Le site a enregistré 40 000 passages en 2025, avec un pic record de 1 200 visiteurs lors du seul jeudi de l'Ascension. « Guizengeard est la commune la plus visitée de la Charente rapportée à sa population », souligne Carole Violon, représentante du Conservatoire d'espaces naturels.
Pour Jacques Chabot, de la Communauté des communes des 4B, ces aménagements marquent « un tournant » dans la gestion du site. Ils incarnent surtout une ambition partagée par tous les acteurs : transformer ces anciens sites industriels en modèles d'équilibre entre attractivité touristique et préservation environnementale, créant ainsi un précédent pour d'autres territoires confrontés à des défis similaires.



