La source thermale oubliée de Dordogne : une histoire rocambolesque
Contrairement à d'autres départements de la Nouvelle-Aquitaine comme les Landes ou la Charente-Maritime, réputés pour leurs établissements thermaux, la Dordogne ne compte aucune station thermale. Pourtant, il s'en est fallu de peu pour qu'une station ouvre à Castels-et-Bézenac, aux portes de Saint-Cyprien, au début des années 2000. Cette histoire méconnue mérite d'être racontée.
Une source sulfureuse au cœur de la vallée
À quelques centaines de mètres de la rivière Dordogne, l'eau sulfureuse jaillit par un puits artésien de 250 mètres avec un débit impressionnant de 85 m³/heure, à la température constante de 22 degrés. La source de Font-Chaude, également appelée fontaine de Panassou, se trouve à cet endroit précis et cache une aventure extraordinaire.
La rencontre fortuite qui a tout changé
En 1998, le maire de la commune, Henri Bouchard, prend un avion à Brive pour rallier Paris. Dans ce petit aéronef de 15 places, il est assis à côté d'un homme d'environ 80 ans qui a envie de parler. Ce passager n'est autre qu'Adrien Barthélémy, fils de paysans aveyronnais et autodidacte talentueux à qui l'on doit la redécouverte du thermalisme en France.
Adrien Barthélémy a fondé après-guerre la Chaîne thermale du Soleil, devenue le premier groupe français avec une vingtaine d'établissements. Durant le vol, il raconte au maire s'être promené aux abords d'une source avec un vieil homme « qui marchait avec deux cannes » - qui s'est avéré être le père d'Henri Bouchard.
Un projet ambitieux prend forme
L'année suivante, en 1999, Adrien Barthélémy dépêche son directeur financier dans la vallée de la Dordogne pour étudier la faisabilité d'un projet thermal, quelques années après l'achèvement de celui de Jonzac en Charente-Maritime.
Le directeur financier avait pu admirer la vaste plaine de la Dordogne « un matin de juin, alors que la brume se levait », se remémore Henri Bouchard. Un accord avait été trouvé avec la famille propriétaire de la source et avec les propriétaires australiens du château d'Argentonesse, distant de 700 à 800 mètres.
Les promesses économiques du projet
Le projet thermal aurait été ouvert huit mois sur douze, en dehors de la saison touristique, et aurait entraîné dans son sillage la création d'hôtels-restaurants. Avec à la clef, une centaine d'emplois attendus. Restait à s'assurer le versement de subventions, attendues à hauteur de 50%.
Le château d'Argentonesse, dont la partie haute de style Renaissance érigée au XIXe siècle repose sur les voûtes d'un ancien château du XIVe siècle, aurait donné de l'allure à l'établissement thermal.
Le coup d'arrêt brutal
Patatras. Le décès d'Adrien Barthélémy en 2001 sonne le glas du projet. « Sa fille Christine m'a appelé pour me dire qu'elle renonçait », explique Henri Bouchard. Une héritière qui était l'épouse de l'emblématique chef 3 étoiles Michel Guérard, installé à Eugénie-les-Bains dans les Landes.
Une longue histoire thermale
L'histoire de Font-Chaude remonte bien plus loin que cette tentative avortée. Selon les sources historiques :
- L'usage des eaux de la source est connu dès l'époque gallo-romaine
- Son essor remonterait à 1840 et au baron Bordelais de Carbonnières, seigneur de Panassou
- La guérison de ses rhumatismes entraîna une mode locale des bains de boue
- On estimait à 300 malades par an à la fin de l'Ancien Régime
En 1802, le secrétaire général de la préfecture avait rapporté dans « L'annuaire de la Dordogne » que l'analyse de ces eaux indiquait qu'elles étaient riches en carbonate de magnésie et de chaux. En 1807, le préfet avait confirmé qu'il s'agissait de l'unique source minérale connue dans le département.
Une tradition curative ancienne
Bien que dépourvue d'installations, le site était réputé pour des curistes qui venaient s'adonner à des bains de boue sur place ou qui étaient enduits de limon transporté à Bézenac. Ils logeaient chez des particuliers pour traiter de manière empirique rhumatismes et affections de la peau comme les dartres ou la gale.
Un médecin de Montignac les avait évalués entre 100 et 150 en 1812. La fin du Premier Empire avait clos tout dessein d'aménagement à cette époque.
Un quart de siècle plus tard
Un quart de siècle après l'abandon du projet, Henri Bouchard garde le sourire en ne manquant jamais l'occasion de rappeler que sa commune est baignée par plusieurs eaux : celles de la Dordogne, de la source thermale et... par l'eau bénite. En 1814, la Vierge Marie serait apparue à une jeune bergère près d'une autre fontaine, dans le vallon de Redon-Espic.
Pour l'anecdote, en 1988, le satellite Spot (premier programme européen dédié à l'observation de la Terre) avait balayé « les points chauds du canton susceptibles de servir au chauffage ou au thermalisme », comme le relatait le journal « Sud Ouest ».



