Soorts-Hossegor : l'union contrastée d'un bourg et de son quartier balnéaire
Soorts-Hossegor représente bien plus qu'une simple association de noms. C'est l'histoire fascinante d'un trait d'union entre le bourg ancestral de Soorts et son extension maritime, Hossegor. Depuis une décennie, cette commune connaît une attractivité croissante, avec des records de fréquentation touristique qui transforment profondément son paysage humain et immobilier.
Le privilège des levers de soleil sur le lac
Assister à un lever de soleil sur le lac d'Hossegor depuis sa fenêtre constitue un privilège d'une rare beauté, réservé aux propriétaires ou occupants des villas intemporelles qui bordent ce vestige de l'Adour. Les sportifs matinaux sont également récompensés par ce spectacle naturel exceptionnel.
Jean-Pierre Lafargue, architecte de métier et artiste-peintre à la retraite, domine ce panorama depuis les hauteurs de Super Hossegor, l'un des quartiers les plus prisés mais aussi les plus discrets : « Le nom du quartier est prétentieux, c'est un lotissement créé dans les années 1940. Nous avons acheté un terrain il y a trente-cinq ans avec ma femme, terrain dont le prix a probablement été multiplié par dix depuis ».
Son parcours de vie incarne à lui seul les paradoxes et les liens persistants entre Soorts d'un côté, et son extension marine d'Hossegor de l'autre. Le centre-bourg de Soorts, avec ses maisons en pierre, s'oppose architecturalement au style basco-landais caractéristique d'Hossegor.
Les racines paysannes souvent oubliées
Il ne faut pas s'y tromper : si le nom d'Hossegor a acquis une renommée mondiale grâce au surf, il s'agit à l'origine d'un simple quartier de Soorts. « Il y a un endroit qui me plaît beaucoup à Soorts, c'est la ferme de Bielle, située non loin de l'église paroissiale. Avant d'accompagner Hossegor dans son aventure balnéaire, Soorts fut une terre de paysans, et on a tendance à l'oublier », constate l'artiste, lui-même né à Josse.
Des paysans, des bûcherons, des résiniers, des éleveurs de moutons peuplaient ces terres bien avant qu'une poignée d'écrivains et d'artistes n'en décide autrement en s'installant sous les pins d'une bande de terre océane au début du siècle dernier. « Je suis fils de paysan, et pour moi, les paysages de Soorts-Hossegor que je peins sont une continuité, du bourg à la plage. D'un point de vue culturel, urbanistique, touristique, ce n'est pas la même chose, d'accord. J'ai fait mon métier d'architecte, j'ai construit quelques belles villas, je ne dénigre pas ce qu'est devenu Hossegor, puisque j'en ai vécu ».
La cité-jardin préservée face aux défis immobiliers
Hossegor incarne la cité-jardin idéale, et sur ce plan, la réussite semble totale. Le classement de plusieurs quartiers en Site patrimonial remarquable impose aux propriétaires des contraintes destinées à garantir la préservation d'une identité visuelle unique. Certes, quelques demeures modernes se sont invitées dans le paysage, mais ce sont encore les arbres qui dominent, à condition de prendre un peu de hauteur.
Les Amis du lac d'Hossegor, association active depuis vingt-trois ans, défend dans son bulletin « Par Lac et lande » une certaine idée de ce qu'a été Hossegor. Son président Éric Gildard rappelait lors du centenaire de la commune en 2023 : « De l'arrivée d'une poignée d'écrivains en 1901 : Rosny Jeune, Maxime Leroy, Paul Margueritte, dont beaucoup semblent avoir oublié le nom, ils ont beaucoup travaillé sur l'état d'esprit, ils ont acheté des maisons, ils ont réuni autour d'eux une kyrielle d'écrivains et d'artistes », accusant tantôt les surfeurs, tantôt les élus, d'avoir dénaturé la ville.
L'envers de ce décor idyllique se manifeste surtout par la flambée immobilière, les prix déraisonnables et l'impossibilité pour de nombreux jeunes de se loger, même si quelques projets doivent voir le jour à Soorts dans les années à venir. Alors que l'Observatoire des inégalités a identifié la commune comme étant celle de la région où le niveau de vie des 10% les plus riches est le plus élevé, des ménages aisés ne se contentent plus de venir quelques jours dans l'année dans leurs résidences secondaires, mais s'installent durablement.
Changement de rythme et nouvelles dynamiques
Ce mouvement ne s'accompagne pas pour l'instant d'une hausse significative de la population. Mais depuis une dizaine d'années, Hossegor a cessé d'hiberner, contrairement à de nombreuses communes voisines du littoral.
Valentin Houssier, patron d'établissements comme le Bistro balnéaire ou Tante Jeanne, témoigne de ce changement de tempo : « Mon père a acheté la maison en pierre de Bidache, dans le bourg de Soorts, j'ai passé ma jeunesse ici. Aujourd'hui, on parle de moins en moins d'une saison, du point de vue de l'attractivité, et de plus en plus de commerces sont ouverts à l'année ».
Il poursuit : « L'été, il y a toujours ce contraste entre les surfeurs, qui sont de plus en plus nombreux, et cette clientèle aisée, bourgeoise, qui vient en villégiature, qui fait des travaux dans la villa familiale, qui joue au golf, mais que l'on voit assez peu sur la station, finalement ».
La nouveauté réside aussi dans l'installation durable : « Aujourd'hui, on a signé des CDI, on a fixé des familles à l'année. On espère une migration vers les côtes dans les prochaines années, la demande est là. Mais se loger reste difficile. Moi, en tant que patron de plusieurs affaires, j'ai toutes les difficultés du monde à loger mes employés, par exemple ».
Une attractivité qui se renouvelle
Qu'on ne s'y trompe pas, Soorts-Hossegor continue d'attirer les estivants des quatre coins de l'Hexagone. Le phénomène TikTok de l'été 2021, vécu comme un cauchemar pour les uns et comme une bénédiction pour les autres, était symptomatique d'une nouvelle popularité.
Valentin Houssier nuance : « J'ai trouvé ça plutôt sympa d'accueillir tous ces jeunes. La moyenne d'âge ici est de 65 ans, donc je pense que c'est une bonne chose. On peut vouloir garder le caractère "village" qu'on trouve ici et apprécier que la population rajeunisse ».
Ainsi, Soorts-Hossegor navigue entre préservation de son patrimoine paysan et architectural, adaptation aux nouvelles dynamiques touristiques, et gestion des tensions immobilières qui menacent son équilibre social. Cette commune du littoral landais incarne les défis contemporains de nombreuses stations balnéaires françaises, tiraillées entre leur histoire et leur attractivité grandissante.



