Mario Draghi et les experts sonnent l'alarme pour les outre-mer français
Draghi et experts alertent sur la situation des outre-mer

Un appel pressant à l'action pour les territoires ultramarins

« Quand vous me demandez ce qu'il faut faire en priorité, je n'en ai aucune idée, mais faites quelque chose. » Cette déclaration percutante de l'ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, prononcée devant le Parlement européen, résonne particulièrement en France. Elle intervient quelques mois après la publication en 2024 de son rapport sur la compétitivité, dont seulement 14% des propositions ont été mises en œuvre à ce jour.

La situation critique des outre-mer français

En janvier 2025, deux experts ont remis au président de la République un rapport approfondi sur les outre-mer français, à l'exception de la Nouvelle-Calédonie. Cette mission, commandée par Emmanuel Macron, visait à proposer des pistes concrètes pour clarifier le partage des compétences entre les collectivités d'outre-mer et l'État, simplifier et adapter les normes, faire évoluer les institutions et développer l'économie ainsi que l'insertion régionale.

Après des déplacements dans cinq territoires et plus de 130 auditions, les experts ont formulé 71 propositions ambitieuses. Le constat est sans appel : malgré d'importants efforts nationaux, les outre-mer stagnent dramatiquement. Ces territoires cumulent des difficultés structurelles majeures :

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram
  • Une pauvreté persistante et généralisée
  • Un chômage endémique qui frappe particulièrement les jeunes
  • Des dysfonctionnements quotidiens dans les services essentiels

La responsabilité de l'État et les revendications d'autonomie

L'État est largement tenu pour responsable de ces crises multiples, ce qui nourrit des revendications croissantes d'autonomie. Cependant, ces aspirations se heurtent à un obstacle majeur : la dépendance économique des territoires ultramarins vis-à-vis des transferts financiers de l'État français et de l'Union européenne.

Les experts soulignent que la fracture grandissante entre les outre-mer et l'Hexagone provient avant tout d'inégalités sociales profondes et de déséquilibres économiques structurels. Ils insistent sur l'urgence de traiter ces problèmes à la source, plutôt que de tenter d'en atténuer les symptômes par des mesures palliatives souvent inefficaces.

La nécessité de rompre avec l'économie de comptoir

Avant d'envisager des solutions financières ou d'accorder une autonomie qui pourrait s'avérer illusoire à des territoires pratiquement incapables de l'exercer, les experts préconisent une transformation radicale du modèle économique. Ils appellent à mettre fin à l'économie de comptoir qui caractérise les outre-mer.

Pour caricaturer cette situation : on exporte des bananes et du sucre lourdement subventionnés, souvent au détriment de productions agricoles vivrières locales, tandis qu'on importe la quasi-totalité des autres biens de consommation. Cette dépendance économique extrême limite considérablement le développement autonome des territoires.

Priorité à l'efficacité des politiques publiques

Les questions de compétences et de statuts des collectivités ultramarines ne constituent pas une fin en soi, sauf pour les territoires qui revendiquent explicitement l'indépendance. L'enjeu central est avant tout celui de l'efficacité dans la conduite des politiques économiques et des politiques publiques, ainsi que de leur adaptation aux spécificités de la France d'outre-mer.

Le rapport souligne la nécessité d'une approche pragmatique qui tienne compte des réalités locales tout en garantissant une meilleure coordination entre les différents niveaux de gouvernance. Les 71 propositions formulées visent à créer les conditions d'un développement économique durable et inclusif pour les 2,8 millions de citoyens français d'outre-mer qui attendent des actions concrètes et efficaces.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale