Occitanie : vers une autonomie alimentaire face au changement climatique
Comment faire face au réchauffement climatique en matière de résilience et de souveraineté alimentaire ? Cette question cruciale a été au cœur d'une table ronde organisée par Midi Libre au Salon de l'Agriculture, ce mardi 24 février 2026. Divers acteurs institutionnels et syndicaux du monde agricole ont été invités à échanger sur les leviers et les freins à désamorcer pour aller vers plus d'autonomie dans un contexte de réchauffement climatique.
Une région agricole majeure face aux défis climatiques
En tant que première région agricole française en nombre d'exploitations et avec une grande diversité de ses surfaces agricoles — céréales, élevage, vin, maraîchage, arboriculture — l'Occitanie possède un potentiel immense pour s'imposer comme l'un des territoires les plus autonomes en matière de souveraineté alimentaire. Cependant, cette ambition nécessite une adaptation aux changements de demain.
Jean-Louis Cazaubon, vice-président à la souveraineté alimentaire au conseil régional d'Occitanie, a souligné l'urgence : "En France, un constat global de baisse de production est observé dans tous les secteurs agricoles. Il y a urgence à produire et reprendre la main, et c'est ce que nous avons voulu faire en Occitanie."
Le Pacte pour la Souveraineté Alimentaire : soutien financier et création de valeur
Avec son Pacte pour la Souveraineté Alimentaire, la région prévoit de soutenir financièrement les agriculteurs afin de préserver leurs outils de production et de transformation. Michel Garcia, vice-président de Sète Agglopôle délégué aux activités agricoles, salue cette démarche : "L'indépendance doit se faire via l'économie. Les agriculteurs doivent s'emparer de la commercialisation et transformer leur produit afin de créer de la valeur ajoutée. Cette diversification leur permettra de s'assurer un revenu."
L'accès à l'eau : un enjeu central pour l'adaptation
La question de l'accès à l'eau est au cœur des débats. Yvon Pellet, vice-président du conseil départemental de l'Hérault délégué à l'économie agricole, insiste sur la simplification des normes : "La simplification des normes est dans l'intérêt général pour l'économie d'un territoire." Jérôme Despey, président de la Chambre d'agriculture de l'Hérault et du Salon international de l'Agriculture, abonde : "Cela relève du pragmatisme. Par exemple, aujourd'hui pour réaliser un projet hydraulique, il y a trop de procédures à faire."
Michel Garcia ajoute : "Avec ce qui est tombé en 11 minutes en décembre, si on avait eu des capacités de stockage d'eau, on aurait pu irriguer 800 hectares. Avec la spécificité de notre climat méditerranéen, on devrait pouvoir capter l'eau lors des excès et la redistribuer quand c'est nécessaire."
Investissements pour la résilience agricole de demain
Jean-Louis Cazaubon plaide pour une approche cohérente : "L'enjeu de la souveraineté alimentaire, c'est aussi de protéger nos territoires de la déprise agricole. Pour cela, il nous faut préserver notre potentiel de production avec notamment un pilotage de l'eau cohérent."
Afin de sécuriser durablement l'approvisionnement du Gard et de l'Hérault et, d'ici une décennie, des Pyrénées-Orientales, la région a investi dans le projet hydraulique d'extension d'Aqua Domitia. À l'heure où le dérèglement climatique accentue les tensions sur les ressources et fragilise les rendements, l'Occitanie entend transformer ses vulnérabilités en leviers d'action.
Une course contre la montre pour l'autonomie alimentaire
Entre adaptation hydraulique, structuration économique des filières et préservation du foncier agricole, la région joue une course contre la montre. Derrière les débats techniques et institutionnels, l'enjeu est de taille : garantir, demain, la capacité du territoire à nourrir sa population. L'Occitanie, avec sa diversité agricole et ses initiatives, se positionne comme un laboratoire pour la souveraineté alimentaire face aux défis climatiques.



